NOUVELLE INÉDITE DU XVII» SIÈCLE
Elle l'aimait comme un des compagnons de son enfance, comme un des camarades de son frère,, comme un gentilhomme presque de son rang dont elle n'avait aucune raison de repousser les hommages, et qui lui plaisait par une tendresse persévérante et dévouée. Elle lui permettait de soupirer pour elle et de se déclarer son chevalier à la manière espagnole , selon les principes de Mme de Sablé et des précieuses de l'hôtel de Rambouillet , qui ne défendaient pas aux hommes de les servir et de les adorer, mais de la façon la plus respectueuse. Telles étaient les mœurs de cette époque. Un gentilhomme ne passait pas pour honnête homme s'il n'avait pas une maîtresse, c'est-à-dire une dame à laquelle il adressait de particuliers hommages et dont il portait les couleurs dans les fêtes de la paix et sur les champs de bataille. Il n'y avait pas une beauté , si vertueuse qu'elle fût, qui n'eût des amants, c'est-à-dire des soupirants en tout bien et en tout honneur. La duchesse d'Aiguillon , présentant son jeune neveu , le duc de Richelieu, à Ml,e Du Vigean l'aînée, la priait d'en faire un honnête homme, et pour cela elle exhortait le plus sérieusement du monde le jeune duc à devenir amoureux de la belle dame T. Mmc de Longueville souffrait ainsi les empressements de Coligny. Sa coquetterie en était flattée , sa vertu ni même