‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 112 sur 180 · M™ DE LONGUEVILLE A MUNSTER · texte numérisé non relu

M™ DE LONGUEVILLE A MUNSTER

a de tous costés entre ces personnes-là et nous autres bonnes gens ne me raettoient pas à couvert. Vous savez que l'éloquence de Balzac ne fait pas d'impression sur l'esprit d'un paysan. Non, non, je n'ai point de peur. Il seroit étrange que dans une assemblée de paix je n'eusse pas assez de la foy publique pour ma conservation , et qu'avec les passeports de l'Empereur et du roy d'Espagne Munster ne fût pas un lieu de sûreté pour moy. . . Je regarde pourtant , je ne m'arrache point les yeux. Je vois de la beauté plus que je n'en vis jamais ; je vois tout ce qu'on peut voir ensemble de grâces et de charmes , et ce je ne say quoy qui n'est nulle part ailleurs, ce me semble, avec tant de majesté :

Video igné micantes , Sideribus similes oculos, video oscula, sed quae Est vidisse satis.

J'admire avec vous cette bonté , cette générosité et ces aimables qualités que nous louerons toujours à l'envi et que nous ne louerons jamais, assez. La justesse de cet esprit, sa force et son étendue me donnent aussi de l'étonnement et me font quelquefois rentrer en moi-même avec dépit , car cela est tout à fait extraordinaire et trop au-dessus de l'âge et du sexe. Néanmoins toutes ces belles choses ne gastent point mon imagination. Supposons que je fusse d'une matière aussi combustible que vous1 , qui vous plaignez

Page 1