‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 111 sur 180 · Voyez plus haut, chap. u, p · texte numérisé non relu

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éclat de celle qu'il avait vue autrefois et admirée toute jeune dans les fêtes de Ruel. Voici dans quels termes Bois-Robert raconte à Esprit sa visite et lui peint Mme de Longueville. Les vers sont médiocres, mais il faut nous les passer, car ils tiennent la place d'une infinité d'autres vers, qu'à la rigueur nous pourrions citer, sur la même personne et de cette même époque, et qui sont plus mauvais encore :

« Elle ' avoit pris le bain tout freschement ;

Ses bras du lict sortoient négligemment,

Et jettant l'œil sur ce vivant albastre

Je t'advouray que j'en fus idolâtre.

Là, les zéphirs enjouez volettoient

Sur ses cheveux, qui par ondes flottoient,

Et sur sa gorge , et sur son teint de roses

De qui l'éclat surpassoit toutes choses,

Et faisoit honte aux plus vives couleurs

Qui brilloient lors sur les nouvelles fleurs.

De ses beaux doigts , tels que ceux de l'Aurore ,

Frottant ses yeux qui s'éveilloient encore,

Elle laissoit tout à coup éclairer

Ces deux soleils qu'il fallut adorer

Les yeux baissés, car ma foible paupière

N'en put jamais soutenir la lumière.

Là s'assembloit, comme en un vif tableau,

Ce que le monde eut jamais de plus beau ;

Mais le corail de sa bouche vermeille

Remplit surtout mon ame de merveille,

Lorsqu'aux appas muets que j'admirois,

Elle ajousta le charme de la voix , etc. »

1. Les Êpistres en vers et autres œuvres poétiques de M. de Bois- Robert Metel, conseiller d' Estât ordinaire, abbé de Châtillon-sur-Seine, Paris, 1659, in-8°, p. 11 : A monsieur Esprit : il l'entretient des beautés de Mm* la duchesse de Longueville et de l'accueil favorable qu'il avait reçu d'elle à son départ.

Mœe DE LONGUEVILLE A MUNSTER. 345

Mme de Longueville quitta Paris le 20 juin 1646, accompagnée de sa belle-fille, avec une escorte nombreuse, sous la conduite de Montigny, lieutenant des gardes de M. de Longueville. Tout le voyage de Paris à Munster lui* fut une fête et une ovation continuelle. On la peut suivre jour par jour et de ville en ville, grâce à la relation détaillée de Claude Joly. Belges, Hollandais, Espagnols, Impériaux, tout le monde se piqua de galanterie envers la belle ambassadrice. Les gouverneurs de place sortaient pour la recevoir à la tête de leurs garnisons. On venait lui offrir les clefs des villes. Elle avait des escortes de cavalerie. Le duc de Longueville alla jusqu'à Wesel à sa rencontre. Turenne, qui commandait alors sur le Rhin , lui donna le spectacle d'une armée rangée en bataille et qu'il fit manœuvrer devant elle. Est-ce là que le grand capitaine, bien connu pour avoir toujours été sensible à la beauté, reçut l'impression passionnée qui se renouvela à Stenay en 1650 , et qui , prudemment ménagée par Mnie de Longueville, demeura toujours entre eux un tendre et intime lien '?

1 . Lettres et mémoires de M. de Turenne, par Grimoard, in-fol., 1782, t. I«r. 1646 , 20 juillet: «Ma chère sœur, je vous écrivis d'auprès de Cologne, il y a quatre ou cinq jours, et passai hier le Rhin à Vésel. Mme de Longueville y était arrivée le même jour, et s'en vient aujourd'hui voir l'armée. De là nous marcherons en même temps qu'elle, une journée ou deux. Je vous avoue qu'il n'y a rien au monde de plus surprenant. M. de Longueville Test venu trouver à Vésel : elle n'est point du tout changée, ni Mu« de IiOngueville... »

Le 22 juillet, elle fit à Munster une entrée triomphale. La Hollande était trop près d'elle pour ne pas tenter sa curiosité. Elle y alla pour ainsi dire en promenade '. Pendant tout l'automne de 1646 et l'hiver de 1647, elle fut véritablement la reine du congrès de Munster. Ses grâces touchèrent les diplomates aussi bien que les guerriers. Elle se lia particulièrement, à l'ambassade française, avec Claude de Mesmes, comte d' Avaux , dont nous avons déjà parlé , ami et correspondant de Voiture , de MMe de Sablé et de Mme de Rambouillet. Nous avons sous les yeux des lettres manuscrites de d' Avaux à Voiture fort agréables, mais, bien entendu, très-peu naturelles, qui, à travers les citations latines alors à la mode entre gens qui se piquaient de belle érudition, marquent assez bien l'impression qu'avait faite Mme de Longueville sur le doyen de notre diplomatie. Elle ne paraît pas fort mélancolique à d' Avaux; mais le rival de Servien était plus propre peut-être à découvrir les intrigues des cabinets qu'à lire dans le cœur d'une femme :

« C'est à a Mme de Montausier et à Mme la marquise de Sablé que je dois les grâces que j'ai reçues de Mme de Longueville... Vous dites que le commerce est dangereux avec une personne si bien faite, comme si tant de disproportion et les grands espaces qu'il y

1. Du 21 août au 12 septembre. Voyez le Voyage de Claude Joly.

2. Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrits de Conrart, in-4°, t. X.

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