‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 115 sur 180 · Voiture, 1. I«, p · texte numérisé non relu

Voiture, 1. I«, p

2. In-folio, Rotterdam, 1697. Ce portrait a été réduit et gravé de nouveau par Odieuvre.

3. Mme de Longueville y semble un peu fatiguée et ennuyée. Elle était alors dans un état de grossesse assez avancée.

Que j'étois la vivante image De la Concorde et de la Paix Qui descendent des deux pour appâiser l'orage. »

Cependant toutes les ruelles de Paris gémissaient de l'absence de Mme de Longue ville. Gddeau ne cessait de la redemander au nom de l'hôtel de Rambouillet :

« Ne vaut-il pas mieux, Madame, lui écrivait-il, que vous reveniez à l'hôtel de Longueville, où vous êtes encore plus plénipotentiaire qu'à Munster? Chacun vous y souhaite cet hiver : monseigneur votre frère est revenu chargé de palmes ; revenez couronnée des myrtes de la paix* car il me semble que ce n'est pas assez pour vous que des branches d'olivier. Je n'ose m'expliquer davantage, de peur de vous dire une galanterie. C'est ce que je laisse aux Julies et aux Chapelains, etc. I »

Elle-même en avait assez de son brillant exil, bien qu'elle dissimulât son ennui avec sa politesse et sa douceur habituelles. Dans l'hiver de 1647, elle eut deux raisons pour revenir en France. Son père, M. le Prince , mourut à la fin de décembre 1646 , perte immense pour sa famille et pour la Franfce, et dont les conséquences se firent plus tard vivement sentir. De plus , Mme de Longueville était devenue grosse pour la troisième fois à Munster. Sa mère voulut qu'elle revînt faire ses couches auprès d'elle, et il

l. ViUefore, i" partie, p. 75.

fallut bien que M. de Longueville consentît à laisser reprendre à sa femme le chemin de Paris.

Son retour en France, à Chantilly d'abord, puis à Paris, au mois de mai 1647, lui fut un bien autre triomphe que son voyage sur le Rhin et en fiollande et son séjour à Munster. Elle retrouva la cour de ses adorateurs plus nombreuse et plus empressée, que jamais, et au premier rang son jeune frère, le prince de Conti, qui sortait du collège et faisait ses premiers pas danà le inonde. Disons un mot de ce nouveau personnage, qui paraît pour la première fois, et jouera un assez grand rôle dans la vie de Mme de Longueville.

Armand de Bourbon, prince de Conti, né en 4629, avait dix-huit ans en 1647. Il avait de l'esprit et n'était pas mal de figure ; mais quelque défaut dans la taille et une certaine faiblesse de corps l'avaient fait juger assez peu propre à la guerre, et on l'avait de bonne heure destiné à l'Église. Il avait fait d'assez fortes études chez les jésuites, au collège de Clermont, avec Molière, et M. le Prince, avant sa mort, avait obtenu pour lui les plus riches bénéfices x,

4. On en a trois très-bons portraits in-fol. de Daret, de Rotisselet et de M. Lasne, qui sont de cette année 1647. Dans tons les trois , Armand de Bourbon a la figure la plus fine, et il porte déjà les marques de quelque haute dignité ecclésiastique. M. Lasne l'entoure de tous les symboles de la science. Daret soutient son médaillon par de petits anges qui se jouent avec le chapeau du futur cardinal, charmante composition gravée sur le dessin de Lesueur. Dans Rousselet, la Renommée porte le

et demandé un chapeau de cardinal. En attendant ce chapeau, Armand de Bourbon vivait à l'hôtel de Condé , à moitié ecclésiastique, à moitié mondain, tout occupé de bel esprit et avide de toute espèce de succès. La gloire de son frère le piquait d'émulation, et il lui prenait des caprices guerriers. Quand sa sœur était revenue d'Allemagne, il était allé au-devant d'elle, et, ébloui de sa beauté, de sa grâce et de sa renommée, il s'était mis à l'aimer « plutôt en qualité d'honnête homme que comme son frère r. » Il la suivit aveuglément dans toutes ses aventures , où il montra autant de courage que de légèreté. Quand il eut fait sa paix avec la cour, grâce à son mariage avec une nièce de Mazarin, la belle et vertueuse Anne-Marie Martinozzi, il obtint le commandement en chef de l'armée de Catalogne, et il s'en tira avec honneur. Il réussit moins bien en Italie. En tout, il est loin d'avoir fait tort à son nom, et il a donné à la France, dans la personne de son jeune fils, un véritable homme de guerre, un des meilleurs élèves de Condé, un des derniers généraux éminents du xvif siècle. Ramené à la religion par sa mauvaise santé, le prince de Conti finit par où il avait commencé, la théologie. Il composa sur divers sujets de piété des écrits où il

médaillon du jeune prince; la Religion lui présente une mitre, la Guerre une armure, la Politique une couronne, et la Philosophie le soleil de l'intelligence et le serpent mystérieux. C'était bien là l'image de la destinée incertaine du prince de Conti. 1. Mm« de MotteviUe, t. II, p. 17.

y a du savoir et du mérite1. En 1647, il était tout entier à la vanité et aux plaisirs. Il adorait sa sœur, et elle exerçait sur lui un empire mêlé d'un peu de ridicule et qui dura plusieurs années.

La cour et Paris étaient alors dans des fêtes et des divertissements qu'on s'empressa de faire partager à Mme de Longueville. Pour plaire à la reine, Mazarin multipliait les bals et les opéras. Il avait fait venir d'Italie des artistes, des chanteurs et des chanteuses, payés à grands frais, qui représentèrent un opéra d'Orphée dont les machines et les décorations seules coûtèrent, dit-on, plus de 400,000 livres. La reine raffolait de ces spectacles. La France aussi, comme touchée de sa propre grandeur, se complaisait dans les magnificences de son gouvernement, et les secondait en redoublant elle-même de luxe et d'élégance. Les plaisirs de l'esprit étaient au premier rang. L'hôtel de Rambouillet, tirant vers son déclin, jetait un dernier éclat. Mme de Longueville y régnait, ainsi que dans tous les cercles de Paris ; et, il faut bien le dire, avec les qualités, elle avait aussi les défauts des meilleures précieuses. Voici le tableau que Mme de Motteville a tracé 2 de sa personne, de

1. Les Devoirs des grands, par monseigneur le prince de Conti, avec son testament. Paris, 1667. — Traité de la Comédie et des Spectacles selon la tradition de l'Église. 1667. — Lettres du prince de Conti, ou l'accord du libre-arbitre avec la grâce de Jésus-Christ. Cologne,

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