‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 125 sur 180 · Wd., p · texte numérisé non relu

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rer en être souffert. Beaucoup d'hommes et de femmes de qualité essayèrent de lui plaire ; et par-dessus les agréments de cette cour, M"" de Longueville était alors si unie avec toute sa maison et si tendrement aimée du duc d'Enghien, son frère, qu'on pouvait se répondre de l'estime et de l'amitié de ce prince quand on était approuvé de Mme sa sœur. Beaucoup de gens tentèrent inutilement cette voie , et mêlèrent d'autres sentiments à ceux de l'ambition. Miossens, qui depuis a été maréchal de France, s'y opiniâtra le plus longtemps, et il eut un pareil succès. J'étais de ses amis particuliers, et il me disait ses desseins. Ils se détruisirent bientôt d'eux-mêmes. Il le connut, et me dit plusieurs fois qu'il était résolu d'y renoncer; mais la vanité, qui était la plus forte de ses passions, l'empêchait souvent de me dire vrai , et il feignait des espérances qu'il n'avait pas et que je savais bien qu'il ne devait pas avoir. Quelque temps se passa de la sorte, et enfin j'eus sujet de croire que je pourrais faire un usage plus considérable que Miossens de l'amitié et de la confiance de Mme de Longueville. Je l'en fis convenir lui-même. Il savait l'état où j'étais à la cour ; je lui dis mes vues , mais que sa considération me retiendrait toujours et que je n'essaierais point à prendre des liaisons avec Mme de Longueville, s'il ne m'en laissait la liberté. J'avoue même que je l'aigris exprès contre elle pour l'obtenir, sans lui rien dire toutefois qui ne fût vrai. Il me la donna tout

entière, mais il se repentit de me P avoir donnée quand il vit la suite de cette liaison. . . »

La Rochefoucauld plut sans doute à Mn,e de Longueville par les grâces de son esprit et les agréments de sa personne, surtout par cette auréole de haute chevalerie que lui avait donnée sa conduite envers la reine, et qui devait éblouir une élève de l'hôtel de Rambouillet. Il l'entoura d'hommages intéressés et en apparence les plus passionnés du monde, k mesure qu'il s'insinuait dans son cœur, il y animait habilement ce désir de paraître et de produire de l'effet, assez naturel à une femme. Peu à peu il fit luire à ses yeux un objet nouveau qu'elle n'avait pas encore aperçu, un rôle important à jouer sur la scène des événements qui se préparaient. Il transforma sa coquetterie naturelle en ambition politique, ou plutôt il lui inspira sa propre ambition.

Mme de Longueville, touchée de la passion que lui montrait La Rochefoucauld, une fois qu'elle eut pris le parti d'y répondre , en se donnant se donna tout entière; elle se dévoua à celui qu'elle osait aimer; elle se fit un point d'honneur, comme sans doute un bonheur secret, de partager sa destinée et de le suivre sans regarder derrière elle, lui sacrifiant tous ses intérêts particuliers, l'intérêt évident de sa famille, et le plus grand sentiment de sa vie, sa tendresse pour son frère Condé.

Chose admirable! ce dévouement qui lui peut

servir d'excuse, savez-vous qui lui en fait un crime? Celui-là même qui en profita. La Rochefoucauld s'exprime ainsi sur Mme de Longueville f : « Cette princesse avait tous les avantages de l'esprit et de la beauté en si haut point et avec tant d'agrément qu'il semblait que la nature avait pris plaisir de former un ouvrage parfait et achevé... Mais ses belles qualités étaient moins brillantes à cause d'une tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite , qui est que , bien loin de donner la loi à ceux qui avaient une particulière adoration pour elle , elle se transformait si fort dans leurs sentiments qu'elle ne reconnaissait point les siens propres. En ce temps-là, le prince de Marcillac avait part dans son esprit, et comme il joignait son ambition à son amour, il lui inspira le désir des affaires, encore qu'elle y eût une aversion naturelle. »

Écoutons l'ennemie déclarée de M"1* de Longueville, sa belle-fille, la duchesse de Nemours : « L'on * s'étonnera sans doute que Mme de Longueville ait été une des premières (à se jeter dans le parti des mécontents), elle qui n'avait rien à espérer de ce côté-là et qui n'avait aucun sujet de se plaindre de

la cour M. le Prince avait pour sa sœur une

extrême tendresse. Elle , de son côté , le ménageait , moins par intérêt que pour l'estime particulière et la

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