Collection Petitot, t. LI, p
qui en était jaloux, et d'ôter M,le d'Hautefort au roi, qui en était amoureux. » Il n'exécuta pas ce beau projet ; mais Richelieu , qui eut quelque soupçon de toutes ces intrigues, le mit pour huit jours à la Bastille. 11 paraît qu'il ne fut pas tout à fait étranger aux menées de Cinq -Mars; aussi, à la mort de Richelieu, accourut-il à Paris, et, quand celle de* Louis XIII eut remis l'autorité suprême aux mains de la reine Anne, il s'imagina que sa fortune était faite. Il demanda ou fit demander successivement de grandes charges, que la reine ne lui put accorder, quelque goût qu'elle eût pour lui. Mme de Ghevreuse exigeait pour son ancien ami le gouvernement du Havre, qui était alors de la plus haute importance; mais ce gouvernement était dans la famille de Richelieu, et Mazarin ne pouvait l'ôter à la duchesse d'Aiguillon. La Rochefoucauld aspirait au commandement de la cavalerie : il était fort brave, mais on ne jugea pas qu'il fût capable d'un tel emploi. Il essuya ainsi plusieurs échecs; la reine s'appliqua à les lui adoucir par les manières les plus affectueuses qui le retinrent , comme on dirait aujourd'hui , dans une opposition modérée, et l'empêchèrent de se précipiter dans les violences de Beaufort. 11 ne fut donc pas enveloppé dans la disgrâce des Importants, tout en la partageant en une certaine mesure, et il ne cessa pas d'être ou de paraître très-attaché, non pas au gouvernement, mais à la personne de la reine.
Il en attendait toujours quelque éclatante faveur. Ces faveurs n'arrivant pas, il prit le parti de conquérir, en se faisant craindre, ce que sa fidélité n'avait pu obtenir.
C'est dans ces dispositions qu'il rencontra Mm* de Longueville à son retour de Munster, environnée d'hommages de plus en plus pressants. Le comte de Miossens, depuis le maréchal d'Albret, beau, brave, plein d'esprit et de talent, alors très à la mode, aussi entreprenant en amour qu'à la guerre, lui faisait une cour très-vive. La Rochefoucauld fit sentir à Miossens , qui était un de ses amis , qu'après tout , s'il surmontait les résistances de Mm€ de Longueville, ce ne serait là qu'une victoire flatteuse à sa vanité , tandis que lui , La Rochefoucauld , en saurait tirer un tout autre parti. Voilà certes une bien touchante et bien héroïque raison d'aimer î Corneille ne s'en était point avisé dans le Cid et dans Polyeucte. Et pourtant nous n'avons fait que traduire, avec la plus parfaite exactitude, un morceau de La Rochefoucauld lui-même que nous allons citer textuellement * : « Tant d'inutilité et tant de dégoûts me donnèrent enfin d'autres pensées et me firent chercher des voies périlleuses pour témoigner mon ressentiment à la reine et au cardinal Mazarin. La beauté de Mm* de Longueville, son esprit et tous les charmes de sa personne attachèrent à elle tout ce qui pouvait espé-