‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 13 sur 180 · Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II, p

grands avantages pour toi quand il serait, question de traiter et de s'accommoder avec la cour f. »

Ainsi, de l'aveu de tout le monde, dans la Fronde La Rochefoucauld ne cherdhe que son intérêt, et M0" de Longueville ne cherche que l'intérêt de La Rochefoucauld.

Mais il ne faut pas s'arrêter là; il faut établir sur des faits certains et mettre dans une lumière irrésistible te fcntit de vue que nous venons d'indiquer. La Rochefoucauld lui-même, bien interrogé, va témoigner que, loin d'avoir été entraîné dans la Fronde par M8,e de Longueville, comme on se plaît à le répéter, c'est lui qui l'y a jetée, et n'a jamais cessé de l'y diriger.

Lui-même nous a fait connaître quel objet il se

proposait dans la liaison qu'il forma avec Mwe de

.Longueville à te fin de 1647 ou au commencement

de 1648. H demeara adfnir&blement lidèfe au plan

qu'il s'était tracé.

1° A la fin de 1647, La Rochefoucauld était irrité de n'avoir pu obtenir du cardinal ni la place de gouverneur du Havre, ni celle de mèstre de camp. II. • réussit à tourner contre Mafcaf in M** de Longueville, en \m faisant croire qu'on ne rendait pas à Condé ce qu'on lui devait. « Mtoe de Longueville, dont j'avais toute h* confiance, sentait aussi vivement que je le pouvais désirer la conduite du cardinal envers le

1. Mémoires de Guy-Joly, collection Michaud, m« sétie, t. H, p. 15.

duc d'Ençhien '. » En 1648, avant d'embrasser le parti de la Fronde, La Rochefoucauld tenta une dernière fois de gagner Mazarin, et lui demanda « pour sa maison les mêmes avantages qu'on accordait à celles de Rohan, de La Trémouille, et à quelques autres. «Je me voyais, dit-il a, si éloigné des grâces., (jue je m'étais arrêté à celle-là. J'en parlai au cardinal en partant; il me promit positivement de me l'accorder en peu de temps ; mais qu'après mon retour j'aurais les premières lettres de duc qu'on accorderait, afin que ma femme eût le tabouret. J'allai en Poitou dans cette attente, et j'y pacifiai les désordres (les premiers mouvements de la Fronde) ; mais je vis que, bien loin de tenir les paroles que le cardinal m'avait données, il avait accordé des lettres de duc à six personnes de qualité, sans se souvenir de moi. » Et alors il se rejette dans la sédition. M,,,e de Longueville, suivant les instructions qu'il lui avait données, avait commencé bien des trames avec le coadjuteur et le parlement, subjugué Conti, gagné son mari et circonvenu Condé; mais elle tenait si peu les rênes de cette intrigue qu'elle écrivit à La Rochefoucauld pour lui soumettre ce qu'elle avait fait, le prier de venir et de décider. Le passage de La Rochefoucauld est des plus curieux, et mérite bien d'être cité 3 : « J'étais dans le premier mouve-

1. Petitot, t. Ll, p. 396. — 2. Ibid.y p. 398. ?. Ibid , p. 398-399.

ment qu'un traitement si extraordinaire me devait causer, lorsque j'appris, par M*- de Longueville, que tout le plan de la guerre civile s'était fait et résolu à Noisy entre le prince de Conti, le duc de Longueville, le coadjuteur de Paris et les plus considérables du parlement. Elle me mandait encore qu'on espérait d'y engager le prince deCondé; qu'elle ne savait quelle conduite elle devait tenir en cette rencontre, ne sachant pas mes sentiments, et qu'elle me priait de venir en diligence à Paris pour résoudre ensemble si elle devait avancer ou retarder ce projet. Cette nouvelle me consola de mon chagrin, et je me vis en état de faire sentir à l'a reine et au cardinal qu'il leur aurait été utile de m'avoir ménagé. Je demandai mon congé ; j'eus peine à l'obtenir, et on ne me l'accorda qu'à la condition que je ne me plaindrais pas du traitement que j'avais reçu et que je ne ferais point d'instances nouvelles sur mes prétentions. Je le promis facilement, et j'arrivai à Paris avec tout le ressentiment que je devais avoir. J'y trouvai les choses comme Mme de Longueville m'avait mandé ; mais j'y trouvai moins de chaleur, soit que le premier mouvement fût passé, ou que la diversité des intérêts et la grandeur du dessein eussent ralenti ceux qui l'avaient entrepris. M",c de Longueville même y avait formé exprès des difficultés pour me donner le temps d'arriver, et me rendre plus maître de décider. Je ne balançai pas à le faire, et je ressentis un grand

plaisir de voir qu'en quelque état que la dureté de la reine et la haine du cardinal eussent pu me réduire, il me restait encore des moyens de me venger d'eux. »

2° Ainsi engagée dans la Fronde, Mme de Longueville ne s'y ménagea point Elle donna le prince de Conti à La Rochefoucauld ; elle concourut à entraîner M. de Longueville ; elle trompa sa mère en refusant de l'accompagner à la cour, sous prétexte de maladie; elle alla jusqu'à se remettre, malgré une grossesse avancée, entre les mains du peuple à l'Hôtel de Ville. Elle fit plus : pour La Rochefoucauld, elle se brouilla avec son frère-Condé qui était sa plus grande affection ; elle s'efforça de l'attirer à la Fronde; celui-ci s'emporta contre elle ; de là cette rupture qui a tant étonné après une amitié si tendre , et des éclats réciproques de colère dont le secret est maintenant à découvert M. le prince de Conti * était

faible et léger, mais il dépendait entièrement de Mn,c de Longueville, et elle me laissait le soin de le conduire. Le duc de Longueville avait de l'esprit et de l'expérience ; il entrait facilement dans les partis opposés h la cour et il en sortait avec encore plus de • facilité... Il faisait naître sans cesse des obstacles, et se repentait de s'être engagé ; j'appréhendai même qu'il ne passât plus loin et qu'il ne découvrît à M. le Prince ce qu'il savait de l'entreprise. Dans ce doute,

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