‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 158 sur 180 · De Merisy3, Sr Marie Angélique · texte numérisé non relu

De Merisy3, Sr Marie Angélique

du St-Sacrement 1719. Paris.

1. Extrait de sa circulaire : « Sa première éducation fut confiée aux dames de l'Assomption où une de Mesdames ses sœurs etoit déjà religieuse. Un extérieur aimable, un esprit capable de tout comprendre, et de juger sainement des choses, des manières pleines de candeur, de politesse et d'une noble simplicité, lui méritèrent l'estime et l'amour de ceux qui composoient cette sainte maison. M»e sa inerè qui l'aimoit tendrement l'en retira et lui présenta pour la fixer près d'elle ce que le monde avoit de plus brillant... Cependant elle consentit qu'une de Mesdames ses tantes retirée aux dames Jacobines de la Croix achevât une éducation si heureusement commencée. Ce fut dans ce saint asyle que M1,e de Nointel conçut le généreux désir de sacrifier à Dieu le brillant avenir que paroissoient lui assurer dans le monde ses richesses et sa naissance. Quoiqu'elle eut plusieurs de ses sœurs religieuses ou pensionnaires aux dames de la Visitation du faubourg Saint-Germain, elle imposa silence à la chair et au sang, et fidèle à la voix de Dieu qui l'appeloit à notre saint ordre, elle joignit, pour lui obéir, au sacrifice des avantages considérables que le monde lui offroit, un sacrifice qui coûta peut-être plus à son cœur, son attachement pour sa famille, surtout pour Mme la comtesse de Madaillan , dont l'amitié tendre et généreuse l'ont toujours pénétrée de la plus vive reconnoissance. Elle entra dans ce monastère âgée seulement de vingt-un ans...»

2. L'histoire de cette religieuse semble intéressante; mais nous n'avons trouvé de renseignements sur sa famille ni dans Moréri ni ailleurs. Voici l'extrait de sa circulaire par la mère Anne Thérèse de Saint-Augustin : « Sa vocation fut l'effet de cette grâce victorieuse qui triomphe des cœurs les plus rebelles. Chérie d'une famille qui vouloit l'établir dans le siècle, elle se livroit à ce qu'il présente de plus séduisant, lorsque la Providence repandit de salutaires amertumes sur ce qu'elle croyoit devoir faire son bonheur. Elle ouvrit les yeux sur le néant des choses de la terre, et sensible aux attraits de la grâce qui la prevenoit avec tant d'amour, elle résolut de quitter le monde, indécise sur le choix de sa retraite, et pour préparer sa famille à une séparation qui devoit lui coûter tant de larmes elle se retira à leur insu dans le couvent des religieuses de Saint-Magloire. Mme sa mère fit tous ses efforts pour l'obliger d'en sortir ; mais voyant sa fermeté dans le dessein de racheter les jours de sa vanité par la pénitence, elle s'en retourna outrée de douleur. Pour sa fille, elle

commença le plan d'une nouvelle vie par une retraite de huit jours et une confession générale. Dieu l'eclaira d'une manière si sensible qu'elle résolut de chercher un genre de vie où elle put être entièrement cachée au monde. Une dame de ses amies, dont la sœur etoit parmi nous, lui ayant parlé de notre maison, elle crut y trouver ce qu'elle desiroit si ardemment. Ne pouvant résister à ses prières nous la reçûmes avec joye... Deux mois avant sa profession elle fut éprouvée par une tentation si violente de sortir qu'elle y pensa succomber. Toute occupée de sa douleur, elle passa devant un oratoire dédié à la passion du Sauveur; elle y entra, et se prosternant contTe terre, le visage baigné de larmes elle demanda à Dieu le secours dont elle avoit besoin. Sa prière fut exaucée, elle sortit de cet oratoire, tranquille, pleine de joye, et plus résolue que jamais à se consacrer à -Dieu... Dès qu'elle fut engagée par ses vœux elle ne soupira plus que pour le ciel. Elle desiroit la mort avec ardeur. « Je vous avoue, nous disoit-elle, que j'appréhende ma foiblesse; je crains de pécher, et je voudrois voir mon Dieu. » C'est dans ces dispositions que l'époux est venu frapper à sa porte. Pendant sa maladie elle ne parloit que de ses desirs de l'éternité. Ma. sœur l'infirmière lui dit un jour en riant : «Vous êtes trop hardie dans votre confiance ; il y en a plusieurs parmi nous qui ont peu connu le monde et qui tremblent à la vue des jugemens de Dieu ; et vous qui avez passé la plus grande partie de votre vie dans le plaisir, vous envisagez la mort sans crainte. — Apres tout ce que Dieu a fait pour moi, lui repondit-elle, je ne saurois entrer en défiance. S'il n'avoit pas voulu me faire miséricorde, m'auroit-il amenée ici ?» Elle expira âgée de près de trente-cinq ans, et de cinq ans et demie de religion. »

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