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prétexte d'éviter ce périlleux voyage qu'en portant M* son frère à se préparer à une guerre civile. » Toutefois, La Rochefoucauld nous apprend qu'il lui persuada de fuir la responsabilité d'un tel conseil, de se retirer à Montrond avec la princesse de Condé et de laisser les choses se débrouiller d'elles-mêmes. « Il f fit voir à M"" de Longueville qu'il n'y avait que son éloignement de Paris qui pût satisfaire son mari et l'empêcher de faire le voyage qu'elle craignait; que M. le Prince se pouvait aisément lasser de la protection qu'il lui avait donnée jusqu'alors, ayant un prétexte aussi spécieux que celui de réconcilier une femme avec son mari , et surtout s'il croyait s'attacher par là M. le duc de Longueville ; de plus, qu'on l'accusait de fomenter elle seule le désordre , qu'elle se trouverait responsable en plusieurs façons, et envers Mr son frère et envers le monde, d'allumer dans le royaume une guerre dont les événements seraient funestes à sa maison et à l'État.... qu'enfin, pour remédier à tant d'inconvénients, il lui conseillait de prier M. le Prince de trouver bon que M"1* la Princesse, M. le duc d'Enghien et elle se retirassent à Montrond, pour ne l'embarrasser point dans une marche précipitée s'il se trouvait obligé de partir, et pour n'avoir pas aussi le scrupule de participer à la périlleuse résolution qu'il allait prendre, ou de mettre le feu dans le royaume par une guerre civile,
1 Ibid., p. 79-80.
i8 INTRODUCTION.
ou de confier sa vie , sa liberté et sa fortune sur la foi douteuse du cardinal Mazarin. Ce conseil fut approuvé de Mme de Longueville, et M. le Prince voulut qu'il fût suivi bientôt après. •
Mnw de Longueville, dans cette dernière circonstance comme dans toutes les précédentes, n'entraîna donc pas La Rochefoucauld; elle se laissa guider par lui ; elle obéit à ses conseils qui lui furent des ordres.
Là , encore une fois , est la vraie et parfaite unité de sa conduite : M"* de Longueville poursuit le but qu'un autre lui trace, avec une constance infatigable, à travers toutes les intrigues et tous les dangers , et comme les yeux fermés sur les ressorts particuliers qui meuvent La Rochefoucauld.
Longtemps son aveuglement est entier; mais comme elle joignait beaucoup de finesse à beaucoup de passion, quand ils étaient un peu longtemps séparés et qu'elle n'était plus sous le charme ou sous le joug de sa présence, ses yeux s'ouvraient à demi; et dans le vovace de Guyenne, avant rencontré le duc de Nemours qui lui offrait toutes les apparences de la parfaite chevalerie, et passait alors pour très-occupé de M""* de Chùtillon, l'absence , le vide qui commençait à se faire dans son cœur, le goût inné de plaire, l'envie de montrer la puissance de ses charmes, et de troubler un peu une rivale qui ménageait et voulait conserver à la fois et Nemours et Condé , enfin la li-
berté et l'abandon d'un voyage, la rendirent plus accessible qu'elle n'aurait dû l'être aux empressements du jeune et beau cavalier. Rien ne prouve qu'elle ait été au delà de la tentation1. A peine de retour à Paris, M. de Nemours l'oublia, reprit les fers de Mme de Châtillon, qui triompha avec sa perfidie accoutumée du sacrifice qu'on lui faisait. De son côté, justement blessé, La Rochefoucauld se brouilla pour toujours avec elle. On dit a qu'il saisit avec joie cette occasion de se séparer d'elle, comme il le désirait depuis longtemps. Soit ; mais il fallait s'en tenir là, il ne fallait pas la calomnier dans l'esprit de Condé, lui imputer le lâche dessein d'avoir voulu ruiner tout le parti et trahir son frère pour servir les intérêts du duc de Nemours 3, accusation absurde et que toute sa conduite dément , et la peindre comme une créature vulgaire, capable de se porter aux mêmes extrémités pour tout autre, si cet autre le désirait ; il ne fallait pas , comme le dit si bien Mme de