Mémoires de M™ de Nemours, p
3. La Rochefoucauld, p. 198 de l'édition de 1664 :« Le prince de Condé était averti du dessein qu'elle aurait eu de ruiner son parti par des voies fort extraordinaires pour les intérêts du duc de Nemours, et craignait que si une môme préoccupation lui prenait pour un autre, elle ne fût capable de se porter aux mômes extrémités si celui-là le désirait. » Était averti, et par qui, sinon par La Rochefoucauld, qui avait alors toute la confiance de Condé ? La Rochefoucauld sentit si bien tout ce qu'avait d'odieux ce passage, que plus tard il le modifia et radoucit, comme on le voit dans les éditions de Renouard et de Petitot.
Motteville f, « d'amant devenir ennemi, d'ennemi ingrat, » et se laisser entraîner par la vengeance à des offenses qui allèrent, dit encore Mme de Motteville, « au delà de ce qu'un chrétien doit à Dieu et un homme d'honneur à une dame. »
Est-il possible, en effet, qu'un ressentiment, dont le fond était F amour-propre blessé, car alors La Rochefoucauld aimait bien faiblement Mme de Longueville, si jamais il l'a véritablement aimée8, ait pu abaisser un homme d'honneur tel que lui jusqu'à le faire entrer dans les manœuvres honteuses de Mme de Châtillon? Mme de Motteville fait connaître, comme à regret, la conduite de La Rochefoucauld en cette circonstance 3 : « Mme de Ch&tillon se servit du duc de La Rochefoucauld et de ses passions... M. de La Rochefoucauld m'a dit que la jalousie et la vengeance le firent agir soigneusement, et qu'il fit tout ce qu'elle voulut. » Or, ce que voulait Mme de Châtillon, c'était humilier Mme de Longue ville , garder Nemours pour
2. Mme de Sévigné en doute fort. Lettre du 7 octobre 1676 : « Je ne crois pas que ce qui s'appelle amoureux, il Tait jamais été. » 11 dit lui-même dans son portrait : « Moi qui connais tout ce qu'il y a de délicat et de fort dans les sentiments de l'amour, si jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sorte. Mais de la façon dont je sais, je ne crois pas que cette connaissance que j'ai passe jamais de l'esprit au cœur. » Segrais (Mémoires anecdotes, édit d'Amsterdam, 1723, p. 113) : « M. de La Rochefoucauld disait qu'il n'avait trouvé de l'amour que dans les romans: pour lui, qu'il n'en avait jamais senti. »
ses plaisirs et Condé pour sa fortune, La Rochefoucauld a si peu le sentiment du bien et du mal , de l'honnête et du déshonnête , qu'il raconte ce qu'il a fait avec une sorte de complaisance; il a l'air de triompher d'une intrigue si habilement ourdie, « Mme de Châtillon ' fit naître le désir de la paix par des moyens fort agréables. Elle crut qu'un si grand bien devait être l'ouvrage de sa beauté, et mêlant de l'ambition avec le dessein de faire une nouvelle conquête, elle voulut en même temps triompher du cœur de M. le Prince et tirer de la cour tous les avantages de la négociation. Ces raisons ne furent pas les seules qui lui donnèrent ces pensées : il y avait un intérêt de vanité et de vengeance qui y eut autant de part que le reste. L'émulation que la beauté et la galanterie produisent souvent parmi les dames avait causé une extrême aigreur entre Mme de Longueville et Mrae de Châtillon ; elles avaient longtemps caché leurs sentiments, mais enfin ils parurent avec éclat de part et d'autre ; et Mme de Châtillon ne borna pas sa victoire à obliger M. de Nemours de rompre par des circonstances très-piquantes et très-publiques tout le commerce qu'il avait avec Mme de Longueville, elle voulut encore lui ôter la connaissance des affaires et disposer seule de la conduite et des intérêts de M. le Prince. Le duc de Nemours, qui avait beaucoup d'engagement avec elle, approuva ce dessein; il crut