‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 26 sur 180 · Wd.,p. 455. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

Wd.,p. 455. — 2. Ibid., p

S. Le frère aîné de celui qui, ayant pris son titre après sa mort, se distingua aussi par sa beauté, sa bravoure et sa galanterie, joua un assez grand rôle dans la vie de Mme de Longueville, et périt dans un duel insensé contre le duc de Beaufort, son beau-frère.

Hesdin , si près des ennemis qu'on peut quasi dire qu'il traversa leur armée , et arriva heureusement dans le camp, qui le reçut avec un applaudissement et une joie qu'il seroit difficile d'exprimer. Cette, fatigue , qui devoit faire craindre une rechute à un convalescent foible et exténué , luy redonna de nouvelles forces , et on le vit dès lors s'exposer à tous les périls de la guerre ; il couchoit souvent dans la tranchée; il y mangeoit, et il n'y avoit travail, tout advancé qu'il peust être, où on ne le vît aller comme un simple soldat... Au siège de Bapaume, le duc voulut finir la campagne comme il l'avoit commencée, c'est-à-dire se trouvant partout, et essuyant tous les hasards et tous les périls de la tranchée et des travaux avancés. 11 ne fut pas possible de lui faire quitter l'armée tant qu'il crut qu'il y avoit quelque chose de considérable à entreprendre. »

Quelque temps après, il suivit le cardinal de Richelieu et le roi au siège de Perpignan. Il y fut blessé , et se couvrit de gloire; en sorte qu'il n'y eut pas le moindre étonnement lorsqu'en 1643 , après la mort de Richelieu , Louis XIII , près de mourir aussi, en même temps qu'il établissait le prince de Condé chef du conseil , nommait le duc d'Enghien généralissime de la principale armée française destinée à défendre la frontière de Flandre, menacée par une puissante armée espagnole. Le duc d'Enghien n'avait pas vingt-deux ans, Un mois après, il

gagnait la bataille de Rocroy, en attendant celles de Fribourg , de Nortlingen et de Lens.

Tel était le frère ; la sœur n'était pas restée audessous des exemples de sa maison , et de son côté elle était rapidement parvenue , par son esprit et sa beauté , à une assez grande renommée.

Dès son enfance , les grandes leçons ne lui avaient pas manqué.

Elle avait huit ans en 1627, quand un des proches parents de sa mère , Montmorency-Boutteville , eut la tête tranchée en place de Grève pour s'être battu en duel à la Place-Royale , malgré redit du roi , laissant sous la protection de Mrae la Princesse sa veuve et trois enfants en bas âge : Marie-Louise , depuis marquise de Valençay ; Isabelle- Angélique , depuis duchesse de Châtillon , et François-Henri de Montmorency, né après la mort de son père , et qui est devenu le duc maréchal de Luxembourg, l'un des plus fidèles amis et des meilleurs lieutenants de Condé.

Elle avait treize ans en 1632 , lorsque le propre frère de sa mère , le duc de Montmorency, monta sur un échafaud à Toulouse pour s'être révolté contre le roi , ou plutôt contre Richelieu , sur la foi incertaine de Gaston , duc d'Orléans. Cette terrible catastrophe, qui retentit d'un bout à l'autre de la France, remplit de deuil l'hôtel de Condé, et fit une impression profonde sur l'àme délicate et fière de Ml,e de Bourbon. Elle en fut si troublée , que sa douleur,

ajoutant à la piété dans laquelle elle avait été nourrie de nouvelles ardeurs , elle songea très-sérieusement à quitter le monde et à se faire carmélite dans le grand couvent de la rue SainUFacques.

Quelle éducation religieuse Ml,e de Bourbon avaitelle donc reçue pour qu'une telle pensée lui soit venue à treize ou quatorze ans? Comment connaissait-elle le couvent des Carmélites , et quels liens y avait-elle déjà formés qui l'y attiraient si puissamment?

C'était le temps où l'esprit religieux, après avoir débordé dans les guerres civiles et enfanté les grands crimes et les grandes vertus de la Ligue , épuré mais non affaibli par l'édit de Nantes et la politique d'Henri IV, puisait dans la paix des forces nouvelles, et couvrait la France, non plus de partis ennemis armés les uns contre les autres, mais de pieuses institutions où les âmes fatiguées s'empressaient de chercher un asile. Partout on réformait les ordres anciens ou on en fondait de nouveaux. Richelieu entreprenait courageusement la réforme du clergé, créait les séminaires, et au-dessus d'eux, comme leur modèle et leur tribunal , élevait la Sorbonne. Bérulle instituait l'Oratoire, César de Bus la Doctrine chrétienne. Les jésuites , nés au milieu du xvf siècle, et qui s'étaient si promptement répandus en France, un moment décriés et même bannis pour leur participation à de coupables excès , reprenaient

peu à peu faveur sous la protection des immenses services que leur héroïque habileté rendait chaque jour, au delà de l'Océan , au christianisme et à la civilisation. L'ordre de Saint-Benoît se retrempait dans une réforme salutaire, et les bénédictins de Saint- Maur préludaient à leurs gigantesques travaux. Mais qui pourrait compter les belles institutions destinées aux femmes que fit éclore de toutes parts la passion chrétienne dans la première moitié du xvue siècle? Les deux plus illustres , après Port-Royal réformé , sont les sœurs de la Charité vers 1640, et les Carmélites en 1602.

lie premier couvent des Carmélites fut établi à Paris, au faubourg Saint- Jacques , sous les auspices et par la munificence de cette maison de Longueville où Mlle de Bourbon devait entrer. Sa mère , Mq,e la Princesse, était une des bienfaitrices de l'institution naissante ; elle y avait un appartement où souvent elle venait feire de longues retraites. De bonne heure, elle y pnena sa fille et y pénétra sa jeune âme des principes et des habitudes de la dévotion du temps. M1,e de Bourbon grandit à l'ombre du saint monastère ; elle y vit régner la vertu , la bonté , la concorde, la paix, le silence; pn l'y aimait et on l'y appelait. Il est donc naturel qu'à la première vue des tempêtes qui menacent toutes les grandeurs de la terre, et qui frappaient les membres les plus illustres de sa famille, elle ait songé à prévenir sa destinée et

cherché un abri sous l'humble toit des Carmélites. Elle y avait de douces et nobles amitiés qu'elle n'abandonna jamais. Nous possédons d'elle une foule de lettres adressées à des carmélites du couvent de la rue Saint-Jacques , à toutes les époques de sa vie, avant , pendant et après la Fronde ; elles sont écrites , on le sent , à des personnes qui ont toute sa confiance et toute son âme; mais quelles sont ces personnes? Elle les appelle tantôt la mère prieure , tantôt la mère sous-prieure , la sœur Marthe , la sœur Anne- Marie, la mère Marie-Madeleine , la mère Agnès, etc. On voudrait percer les voiles qui couvrent les noms de famille de toutes ces religieuses. On se doute bien que les amies de M11* de Bourbon et de Mme de Longueville ne peuvent avoir été des créatures vulgaires ; et comme on sait que bien des femmes de la première qualité et du plus noble cœur trouvèrent un refuge aux Carmélites , comme le nom de la sœur Louise de la Miséricorde est devenu le symbole populaire de l'amour désintéressé et malheureux , une curiosité un peu profane mais bien naturelle nous porte à rechercher quelles ont été dans le monde ces religieuses si chères à la sœur du grand Condé.

Jusqu'ici nous étions réduits aux conjectures que nous suggérait le rapprochement de divers passages de Mme de Sévigné , de Mme de Motteville , de Mademoiselle. Les Carmélites françaises n'ont pas d'histoire. Fidèles à leur vœu d'obscurité , ces dignes filles

Mu« DE BOURBON AUX CARMÉLITES. 8*

de sainte Thérèse ont passé sans laisser de traces. Comme pendant leur vie une clôture inflexible les dérobe à tous les yeux et les tient d'avance ensevelies , ainsi le génie de leur ordre semble avoir pris soin de les anéantir dans la mémoire des hommes. A peine a-t-il paru de loin en loin quelques vies de Carmélites, consacrées à l'édification, remplies de saintes maximes , vides de faits humains , et presque sansdates. Au commencement de ce siècle, un prêtre instruit , M. Boucher, dans une nouvelle Vie de la bienheureuse sœur Marie de l'Incarnation, madame Acarie, fondatricedes Carmélites réformées de France1, a pour la première fois jeté uq peu de jour sur les origines de la sainte maison, et fait paraître ou plutôt caché dans les notes de son ouvrage de trèscourtes biographies des principales religieuses. La Bibliothèque nationale, si riche en manuscrits de toute espèce, n'en possède aucun qui vienne des Carmélites du faubourg Saint-Jacques ou qui s'y rapporte. Les Archives générales ont hérité de tous leurs titres domaniaiyc. Nous les avons assez étudiés pour avoir le droit d'assurer qu'on en pourrait former un cartulaire 2 du plus grand intérêt Entre autres

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