Voyez l'Appendice à la fin de ce volume, note première
2. Archives générales , section domaniale , 1™ liasse de la cote C : « Lettres patentes du roy Henry IV pour rétablissement de l'ordre des religieuses de Notre-Dame du mont Carmel, vérifiées en parlement le 1er octobre 1602, à la très humble supplication de notre chère et bien aimée cousine, la demoiselle de Longueville. » Et en d'autres pièces il est dit aussi : « Le dit seigneur (le roi Henri) inclinant favorablement à la supplication faite par demoiselle Catherine d'Or-
nécessaires, Catherine et Marguerite d'Orléans, filles d'Henri duc de Longueville, mortes sans avoir été mariées, Marguerite en 1615, Catherine en 1638, toutes deux inhumées dans le couvent dont elles furent appelées les secondes fondatrices, le titre de première fondatrice ayant été réservé à la reine Marie de Médicis. Et quand en 1617 la jeune institution fut déjà assez forte pour avoir besoin d'une autre maison à Paris , c'est encore une princesse de Longueville qui se chargea des frais de l'établissement nouveau, rue Chapon *, à savoir, la bellesœur de Marguerite et de Catherine a, la veuve de
léans, fille de feu messire Henry d'Orléans, duc de Longueville et de Toute ville... »
1. C'est depuis ce temps-là que le couvent de la rue SainWacques a été appelé le grand couvent , par opposition à la maison de la rue Chapon.
2. L'acte de donation, qui est aux Archives générales, est fait tant au nom de la duchesse douairière de Longueville qu'au nom de son fils, le futur mari d'Anne de Bourbon. « Madame Catherine de Gonzagues et de Clèves , duchesse de Longueville et de Touteville; vef ve de feu très haut et très puissant prince Henry d'Orléans, en son vivant duc de Longueville et de Touteville, comte souverain de Neufchatel et de Valengin en Suisse, aussi comte de Dunois et de Tan arville, etc., demeurant à Paris, en son hostel de Longueville, rue des Poulies, paroisse Saint-Germain de l'Aoxerrois, tant en son nom que comme tutrice, soy faisant et se portant fort pour monseigneur Henry d'Orléans, son fils, aussi duc de Longueville et de Touteville...» Catherine de Gonzagues et de Clèves était sœur de Charles de Gonzagues, duc de Ne vers, le père de Marie et d'Anne de Gonzagues , la reine de Pologne et la Palatine. Son fils, Henri II, jouant à la paume à l'âge de vingt ans, fit un effort, et une de ses épaules devint plus grosse et plus élevée que l'autre. Tout l'art des médecins fut impuissant. La mère désolée s'adressa à M"10 Aca-
leur frère Henri d'Orléans, premier du nom, et h mère d'Henri II qui épousa Mllc de Bourbon. Mme la princesse de Coudé ne tarda pas à répandre aussi ses bienfaits sur le couvent de la rue Saint- Jacques . et à s'y attacher d'une affection toute particulière. Ainsi on peut dire que Mlle de Bourbon était d'avance consacrée de toutes parts aux Carmélites.
ReprésentonsHnous bien ce qu'était au xvne siècle ce couvent des Carmélites où Mlle de Bourbon voulut cacher sa vie et où Mme de Longueville revint mourir» Il était situé dans la rue du faubourg Saint-Jacques, tout à fait en face du Val-de-Grâce ; il s'étendait de la rue Saint-Jacques à la rue d'Enfer, et il avait fini par embrasser, avec toutes ses dépendances, le vaste espace qui du jardin et de l'enclos#du séminaire oratorien de Saint-Magloire , aujourd'hui les Sourds-Muets, monte jusqu'aux bâtiments occupés maintenant dans la rue Saint-Jacques et dans la
rie, alors sœur Marie de l'Incarnation. Celle-ci se mit en prière devant le Saint-Sacrement, et le lendemain la taille du jeune duc était fort améliorée. Par reconnaissance, la mère et le fils fondèrent la maison de la rue Chapon, la dotèrent de dix mille écus «n argent et de deux mille livres de rentes. Le duc de Longueville a rendu témoignage de ce fait devant les commissaires apostoliques chargés des recherches pour la béatification de M»e Aearie. Catherine de Gonzagues mourut en 1629. — On trouve aux Archives divers actes qui prouvent que la nièce de Richelieu, Mme la duchesse d'Aiguillon, était aussi une des bienfaitrices de l'un et de l'autre couvent. « Marie Vignerot, duchesse d'Esguillon, demeurant en son hostel , sis à Saint-Germain-des-Prés , paroisse de Saint-Sulpice... »
rue d'Enfer ptsur rétablissement appelé la brasserie du Luxembourg. Il y avait deux entrées, l'une par la rue Sairatr- Jacques, l'autre par la rue d'Enfer. L'entrée de la rue d'Enfer subsiste au n° 67» et elle est encore aujourd'hui ce qu'elle était il y a deux siècles* Elle introduisait dans la cour actuelle» qui servait de passage public pour aller dans la rue Saint- Jacques. Presque en face, un peu vers la droite, était l'église; un peu plus à droite encore, sur les terrains où l'on a ouvert la rue toute nouvelle du Val-de-Grâce, étaient de vastes jardins avec de nombreuses chapelles, le monastère même, et, tout à fait sur la rue d'Enfer, l'infirmerie et les appartements réservés à certaines personnes. De l'autre côté, à gauche, vers Saint-Magloire, étaient divers corps de logis et des maisons dépendantes du monastère l .
Mais le couvent n'avait pris ces accroissements qu'avec le temps.
Le premier emplacement de la communauté avait été l'ancien prieuré de Notre-Dame-des-Champs , dont l'église était du temps de Hugues Gapet , et une vieille tradition la disait établie sur les ruines d'un temple de Gérés où s'était jadis réfugié saint Denis lorsqu'il prêchait l'Évangile à Paris. Du moins des fouilles faites en 1630 firent paraître des restes d'antiquités païennes. Un certain merveilleux était
1. Voyez le plan de Paris de Gomboust, de 1652 , et le plan dit de Turgot, de 1740.
donc déjà autour de rétablissement nouveau au commencement du xvir siècle \
Si ce sont des carmélites espagnoles qui ont fondé le couvent de la rue Saint-Jacques et y ont d'abord établi l'esprit et la règle de sainte Thérèse, il faut reconnaître que ces religieuses ayant quitté la France
1. Voyez Malingre, les Antiquités de la ville de Paris, in-fol., Paris, 1640, p. 152 et 153, et de plus, p. 501 et 503, Nouveaux Mémoires concernant la maison des Carmélites ; quelques lignes dans V Histoire de la Ville de Paris de Félibien et de Lobineau, t. II, p. 1268-1271, et quelques titres au t. III des Preuves et Pièces justificatives, p. 144. Sauvai contient à peine une page sur les Carmélites, 1. 1", p. 450. Ce qu'il y a de mieux sur ce couvent se trouve dans les Curiosités de Paris, 1771, t. Ier, p. 459-463. Nous en tirons la description suivante de l'église : « Quoique le corps du bâtiment de cette église soit très antique, elle ne laisse pas d'être une des mieux décorées de Paris. Le grand autel est formé de quatre colonnes de marbre, et fort élevé sur un degré de douze marches très ingénieusement posées , accompagné de balustrades de marbre. Tous les ornements de cet autel sont de bronze doré au feu; le tabernacle, qui représente l'arche d'alliance, est tout d'argent; le basrelief du devant est travaillé dans la perfection, et représente l'Annonciation. Rien n'est plus somptueux que cet autel les jours de fête : vous y verrez un soleil enrichi de pierreries d'un très grand prix, accompagné de chandeliers, de vases et d'autres pièces d'orfèvrerie, dont la quantité égale la magnificence. Le tableau est du Guide, et représente l'Annonciation.
« Le chœur est séparé de la nef par quatre belles colonnes de marbre vert de mer, chargé de flammes de bronze doré d'une beauté et d'une grandeur merveilleuse. Le crucifix de bronze que vous voyez sur la porte est un des meilleurs ouvrages et des plus estimés que Sarrazin ait jamais sculptés.
« La voûte de l'église, où plusieurs histoires de l'Écriture sainte sont représentées, a été peinte par Champagne, des libéralités de Marie de Médicis. Observez-y un excellent morceau de perspective du dessin de Des Argues : c'est un crucifix avec la sainte Vierge et saint Jean, si artistement peints par le même Champagne, qu'à l'entrée de l'église ils vous
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en 1618, pour retourner en Espagne ou aller finir leurs jours en Belgique dans des monastères de leur ordre , c'est le génie français qui de bonne heure a pris possession du couvent de la rue Saint-Jacques et l'a fait ce qu'il est devenu.
Dans le nombre des prieures qui le gouvernèrent,
paraîtront sur un plan perpendiculaire , quoique horizontal , ce qui fait un effet aussi agréable que singulier.
« Au-dessus de la porte de cette église, il y a une belle tribune grillée, accompagnée des statues de saint Pierre, de saint Paul et de saint Michel qui terrasse le diable.
« Toutes les chapelles sont magnifiques : les belles peintures et la dorure y brillent de tous côtés; la propreté et le bon goût régnent partout.
« Les douze tableaux ornés de bordures dorées, qui sont placés sous les fenêtres, représentent des sujets tirés du Nouveau Testament, et ont .été peints par de très-habiles maîtres. Le premier, à droite en entrant, représente la Résurrection de Lazare ; le second , la Circoncision de Notre-Seigneur; le troisième, V Adoration des mages ; le quatrième, V Assomption de la sainte Vierge; le cinquième, la descente du Saint- Esprit sur les apôtres; le sixième, la Naisscne de Notre-Seigneur. Ces six tableaux ont aussi été peints par le célèbre Champagne, et sont trèsestimés. De l'autre côté, le premier représente le Miracle des cinq pains, par Stella; le second, la Madeleine aux pieds de Notre-Seigneur chez Simon le Pharisien : c'est un des plus excellents ouvrages du fameux Le Brun; le troisième, V Entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem le jour des Rameaux, par de La Hire; le quatrième, Jésus- Christ assis sur le bord du puits de Jacob, parlant à la Samaritaine, par Stella; le cinquième, Jésus-Christ servi dans le désert par les Anges : il est aussi de Le Brun ; le sixième, l'Apparition de Notre-Seigneur aux trois Marie, par de La Hire.
Vis-à-vis le chœur des religieuses , observez le grand tableau qui représente V Annonciation : c'est un excellent ouvrage du Guide, qui l'avait peint pour la reine Marie de Médicis.
« Remarquez ensuite la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine : elle est des plus ornées. Vous y verrez la statue du cardinal de Bérulle, faite
on en peut distinguer quatre qui firent avancer à grands pas la congrégation naissante vers ta perfection qu'elle atteignit à la fin du xvne siècle. Ce sont MUe de Fontaines, la mère Madeleine de Saint- Joseph; la marquise de Bréauté, Marie de Jésus; M,,e Lancri de Bains, Marie-Madeleine; et MUe de Bellefonds, la mère Agnès de Jésus-Maria. MUe de Bourbon les a connues toutes les quatre , et quelquesunes ont été ses amies.
M,le de Fontaines est la première grande-prieure française. Elle était d'une excellente famille de Touraine. Son père avait été ambassadeur en Flandre, et sa mère était sœur de la chancelière de Sillery. C'est le cardinal de Bérulle qui, la rencontrant à Tours, et la voyant, toute jeune, déjà remplie de pensées célestes, lui désigna les Carmélites de la rue Saint-Jacques comme le chemin de la perfection à laquelle elle aspirait. Elle n'y marcha points elle y courut, comme dit d'elle MMe Acarie. Et pourtant
en marbre par Sarrazin en 1657 : elle est élevée sut un piédestal de marbre, où sont d?excellents bas-reliefs de Lestocart, sculpteur renommé. Ces bas-reliefs représentent te saint sacrifice de la messe et celui que Noé fit lorsqu'il fut sorti de l'arche. Vous ■verrez aussi dans cette chapelle, tout embellie de peintures, un admirable tableau qui est estimé le plus parfait que le fameux Le Brun ait jamais peint; il représente la Madeleine dans la pénitence. La douleur et le repentir sont si vivement exprimés dans cette figure, et l'habileté de cet excellent mattre si fortement prouvée par tous les accompagnements, que vous ne pouvez rien voir de plus achevé et de plus parfait. La vie de cette sainte est représentée dans les lambris de cette belle chapelle. »
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die aimait si tendrement sa fanrfHe qu'elle éprouva une douleur poignante en la quittant, et elle-même disait plus tard que le carrosse qui la mena aux Carmélites lui parut semblable à la «charrette qui conduit les criminels au supplice. Touchées de son exemple, deux de ses sœurs la suivirent aux Carmélites. Elle y entra à vingt-six ans. Elle eut quelque temps sous les yeux les mères espagnoles, et elle en retint cette sainte ardeur qui crée et vivifie , et seule peut surmonter les commencements difficiles de tout grand établissement. Elle fut constamment fidèle à la devise de sainte Thérèse : souffrir ou mourir. C'est la sainte Thérèse de France. La religieuse qui lui succéda a peint ainsi l les effets du gouvernement de la mère Madeleine de Saint- Joseph : « Quand elle fut prieure, je puis dire avec vérité que le monastère ressemblait à un paradis, tant on voyait de ferveur et de désir de perfection dans les cœurs : c'était à qui serait la plus humble , la plu6 pénitente , la plus mortifiée , la plus dégagée , la plus recueillie , la plus solitaire, la plus charitable , bref, à qui serait la plus conforme à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et tout cela dans une paix, dans une innocence, dans une béatitude et dans une élévation à Dieu qui ne se peuvent exprimer. Cette servante de Dieu était parmi nous comme un flambeau qui nous éclairait, comme un feu qui nous échauffait, et comme une règle vivante