‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 30 sur 180 · Histoire manuscrite, t · texte numérisé non relu

Histoire manuscrite, t

sur l'exemple de laquelle nous pouvions apprendre à devenir saintes. » On a conservé d'elle des mots admirables. Nous n'en citerons qu'un seul : «Oui, disait-elle à ses filles, qui pour la plupart étaient de grande qualité, oui, nous sommes de très-bonne maison; nous sommes filles de roi, sœurs de roi, épouses de roi, car nous sommes filles du Père éternel, sœurs de Jésus-Christ, épouses du Saint-Esprit Voilà notre maison, nous n'en avons plus d'autres. » Elle avait un de ces grands cœurs qui font les héros en tout genre , et qui sont la première source des miracles. Elle en fit donc comme sainte Thérèse. Comme elle, elle eut ses extases , ses visions. C'est le cœur qui échauffait en elle l'imagination, et c'est là en effet le foyer sacré de toutes les grandes choses. Quelle l philosophie que celle qui viendrait proposer ici ses misérables objections ! Prenez-y garde : elles tourneraient contre Socrate et son démon , aussi bien que contre le bon ange de la mère Madeleine de

1. Nous avons ailleurs établi que des trois sources de la connaissance humaine, l'intuition^l'induction, la déduction, la première est de beaucoup la plus féconde et la plus élevée. C'est l'intuition qui, par sa vertu propre et spontanée, découvre directement et sans le secours de la réflexion toutes les vérités essentielles; c'est la lumière qui éclaire le genre humain, c'est la voix qui parle aux prophètes et aux poëtes, c'est le principe de toute inspiration, de l'enthousiasme, et de cette foi inébranlable et sûre d'elle-même, qui étonne le raisonnement réduit à la traiter de folie, parce qu'il ne peut s'en rendre compte par ses procédés ordinaires. Voyez Cours de philosophie, particulièrement, ire série, t. V, p. 301, et h» série, t. 1er, sixième leçon, p. 131-141, etc.

Saint-Joseph. Ce bon ange-là était au moins la vision intérieure , la voix secrète et vraiment merveilleuse d'une grande âme.

La mère Madeleine de Saint-Joseph, née en 1578, entrée au couvent en 1604, fit profession en 1605, et mourut en 1637 '.

Marie de Jésus est une religieuse d'un tout autre caractère.

Charlotte de Sancy était fille de Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, qui fut sous Henri IV ambassadeur, surintendant des finances, colonel des Suisses. Les deux fils de Harlay de Sancy, après avoir joué d'assez grands rôles, se retirèrent à l'Oratoire. Sa première fille épousa M. d'Alincourt, l'aïeul du duc de Villeroy ; la seconde , Charlotte , épousa le marquis de Bréauté. Restée veuve à vingt et un ans, belle % spirituelle, d'une humeur charmante, elle était les délices de sa famille et l'un des ornements de la cour de Henri IV. Deux circonstances vinrent l'arracher aux plaisirs qui s'empressaient autour d'elle. Un jour,

1. Voyez la. Vie de la Mère Madeleine de Saint-Joseph, religieuse carmélite déchaussée, par un prêtre de l'Oratoire (le père Senault); Paris, 1655, in-4°. Il y en a une seconde édition de 1670 avec des augmentations. — Les Carmélites ont encore la tête de leur vénérable mère. Elle est forte et grosse. Un portrait d'elle, conservé par le couvent, lui donne une figure d'un caractère puissant. Il a été gravé bien des fois.

2. Les Carmélites ont un petit portrait peint sur bois de la mère Marie de Jésus, déjà un peu vieille, mais d'un visage noble et doux. Il a été gravé par Regnesson.

à Spa, en dansant dans un bal par un temps orageux, un coup de tonnerre se fit entendre et elle voulut se retirer. Le gentilhomme qui lui donnait la main se moqua de son effroi et la retint ; au même instant, le tonnerre gronda de nouveau, éclata et tua cet homme. Quelque temps après elle rencontra les écrits de sainte Thérèse , les lut , et elle en fut si touchée que toute jeune encore elle prit la résolution de quitter le monde. Elle entra aux Carmélites et y fit profession, sous le nom de Marie de Jésus, la même année que Mlle de Fontaines. Elle garda dans le cloître cette douceur victorieuse qui dans le monde ajoutait à l'effet de sa beauté et lui soumettait tous les cœurs. Elle fut adorée de ses nouvelles compagnes, comme elle l'avait été à la cour. Son don paiv ticulier était, avec la douceur et l'humilité, une charité sans bornes, qui s'appliquait surtout au salut des âmes. Elle excellait dans l'art de ramener les pécheurs à Dieu. C'étaient là ses miracles. En voici un que nous a conservé la tradition carmélite T :

Un homme de mérite , qui possédait des biens et des emplois considérables , avait un commerce coupable. Sa mère en était désolée , et elle venait souvent verser son chagrin dans le sein de sa fille, religieuse au couvent de la rue Saint-Jacques. Un jour qu'elle était au parloir, Marie de Jésus eut l'inspiration d'y

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