BALLET DU LOUVRE, 18 FÉVRIER
tout ce qui pouvait le plus animer ses grâces naturelles, et l'on n'oublia rien pour orner une beauté plus brillante par son propre éclat que par toutes les pierreries dont elle fut chargée. Les carmélites lui avoient fort recommandé de se tenir sur ses gardes, mais sa confiance en elle-même la séduisit. A son entrée dans le bal et tant qu'elle y demeura, toute l'assemblée n'eut plus des yeux que pour elle. Les admirateurs s'attroupèrent et lui prodiguèrent à l'envi ces louanges déliées, faciles à s'insinuer dans un amour-propre qui ne fait que de naître et qui ne se défie de rien... Au sortir du bal, elle sentit son cœur agité de mouvements inconnus : ce ne fut plus la même personne. »
Il ne serait pas sans intérêt de savoir quel était ce bal où MUe de Bourbon fut traînée en victime, où elle parut en conquérante, et d'où elle sortit enivrée; mais Villefore ne nous apprend rien à cet égard. On en est donc réduit aux conjectures. En voici une que nous donnons pour ce qu'elle peut valoir. On lit dans les mémoires manuscrits d'André d'Ormesson et dans la Gazette de France de Renaudot l que, le 18 février
1. Manuscr. d'André d'Ormesson, fol. 333, verso.— C'est à l'occasion du ballet du 18 février 1635 que la Gazette de France cite pour la première fois le nom de M11' de Bourbon. Dans l'extraordinaire du 21 février, elle raconte toute la fête du 18 ; elle décrit toutes les scènes du ballet du roi, nomme tous les grands seigneurs qui y dansèrent, et termine ainsi : a Voici le grand Ballet de la Reine, qui ravit tellement les sens de cette célèbre assemblée qu'il laissa tous les esprits en suspens lequel était le
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1635, il fut donné au Louvre, sous le roi Louis XIII; un grand ballet où figurèrent toutes les beautés du jour, et parmi elles Mlle de Bourbon. Remarquez que c'est le premier bal de cour: où le nom de M11' de Bourbon se rencontre et dans d'Ormesson et daiis la Gazette.. D'autre part, on n'a pu faire à la jeune princesse cette grande violence dont le souvenir nous a été conservé par Villefore que dans une occasion qui en valût la peine et pour un ballet royal. Si cette conjecture était admise , nous aurions la date précise de la conversion de Mu* de Bourbon à la vie mondaine, comme nous avons la date de sa conversion à la vie religieuse : celle-ci est certainement du 2 août 1654 ', quand elle avait trente-cinq ans , la première serait du 18 février 1635. Ulu de Bourbon avait alors seize ans.
C'est à peu près à cet âge de Mme de Longuevilie que se rapportent ces mots de Mme de Motteville ;
plus charmant ou des beautés qui y parurent, ou des pierreries dont il était tout brillant, ou des figures que représentaient ces seite divinité! dont il était composé : la Reine, mademoiselle de Bourbon , mesdames de Longuevilie (la première femme du duc de Longuevilie), de Montbazon, de Chaulnes, de La Valette, de Retz, mademoiselle de Rohan, mesdames de Lyancourt et de Mortemart, mesdemoiselles de Senecé, de Hautefort, d'Esche, de Vieux-Pont, de Saintr-Georges et de La Fayette, qui n'en sortirent et toute l'assistance qu'à trois heures du matin en suivant; chacun remportant de ce lieu plein de merveilles la même idée que celle de Jacob, lequel n'ayant vu toute la nuit que des anges, crut que c'était le lieu où le ciel joignait avec la terre. » 1. Voyez l'Introduction, p. 57, et la fin de la h* partie.