‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 38 sur 180 · BALLET DU LOUVRE, 48 FÉVRIER · texte numérisé non relu

BALLET DU LOUVRE, 48 FÉVRIER

*MUe de Bourbon ' commençait, quoique fort jeune, à faire voir les premiers charmes de cet angélique visage qui depuis a eu tant d'éclat • Pour juger combien cette légère esquisse est fidèle , il faut aller voir à Versailles un portrait d'un vieux et excellent maître nommé Ducayer, représentant Wu de Bourbon à l'âge de quinze ans, entre son père et sa mère, en 1634. La voilà dans toute la fraîcheur de sa beauté virginale, mais déjà en parure de coura, et comme si elle allait à ce bal qu'elle avait tant redouté et qui changea son âme et sa vie.

M11* de Bourbon n'oublia pas pour cela ses amies du couvent des Carmélites, et elle continua de les visiter. Jusque-là elle n'avait eu qu'un sentiment; dèB lors elle en eut deux : l'amour de Dieu et des carmélites avec le goût des succès du monde ; elle conserva la même piété, mais cette piété fut désormais combattue par le désir de plaire , le besoin d'aimer et d'être aimée, et la passion d'être applaudie à son tour sur le théâtre où elle voyait briller tant de personnes qui n'avaient ni sa naissance, ni son esprit, ni sa figure. Ce combat dura longtemps. Nous avons des lettres adressées par elle aux Carmélites , et sur le ton de la plus vive piété , dans les moments même où elle se laissait le plus entraîner à ses passions. N'accusez ni sa sincérité, ni le peu d'utilité des meilleurs principes. On est très-sincère en exprimant des

i. T. I«, p. 44. Voyez aussi l'Introduction, p. 9. — 2. Ibid., p. 12.

sentiments qu'on a bien réellement dans le cœur, mais qu'on n'a pas la force de suivre ; et ces nobles sentiments ont encore ce précieux avantage qu'ils mêlent à nos fautes un reste d'honnêteté qui nous empêche de tomber au plus profond de l'abîme, qu'ils y joignent les bienfaisants remords qui entretiennent la vie morale, et qu'ils finissent presque toujours par triompher et ramener au bien après des égarements passagers. Laissons- les sommeiller quelque temps dans l'âme de Mme cle Longueville. Ils ne s'y éteindront jamais. Ils se réveilleront un jour, et nous reviendrons au couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques. Mais il faut le quitter pour suivre Mlle de Bourbon à la cour, à Chantilly, à Ruel, à Liancourt, parmi les belles compagnies, les agréables promenades , les conversations galantes, et d'abord rue Saint-Thomas-du-Louvre , à l'hôtel de Rambouillet.

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