‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 42 sur 180 · Mémoires, t. Ier, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. Ier, p

était aimable, elle désirait encore plus de le paraître. L'amour que cette dame avait pour elle-même la rendit un peu trop sensible à celui que les hommes lui témoignaient. Il y avait encore en France quelques restes de la politesse que Catherine de Médicis y avait rapportée d'Italie, et on trouvait une si grande délicatesse dans les comédies nouvelles et tous les autres ouvrages en veré et en prose qui venaient de Madrid, qu'elle avait conçu une haute idée de la galanterie que les Espagnols avaient apprise des Maures. Elle était persuadée que les hommes pouvaient sans crime avoir des sentiments tendres pour les femmes, que le désir de leur plaire les portait aux plus grandes et aux plus belles actions, leur donnait de l'esprit et leur inspirait de la libéralité et toutes sortes de vertus, mais que d'un autre côté les femmes, qui étaient l'ornement du monde et étaient faites pour être servies et adorées, ne devaient souffrir que leurs respects. Cette dame, ayant soutenu ses sentiments avec beaucoup d'esprit et une grande beauté, leur avait donné de l'autorité dans son temps, et le nombre et la considération de ceux qui ont continué à la voir ont fait subsister dans le nôtre ce que les Espagnols appellent fucezas l ».

M™ de Sablé avait été passionnément aimée du brave, beau et infortuné duc de Montmorency, oncle

1. Éd. d'Amsterdam. Petitot, t. XXXVI de la collection, p. 341, pro-' pose de lire husesas, de huso, fuseau. La vraie leçon semble flnezas.

de M™ de Longueville, décapité à Toulouse en 1682. Elle répondit à sa passion ; mais, Montmorency ayant levé les yeux sur la reine, M-* de Sablé , en digne Espagnole, rompit avec lui. « Je lui ai ouï dire à ellemême, quand je l'ai connue, dit encore Mme de Motteville, que sa fierté fut telle à l'égard du duc de Montmorency, qu'aux premières démonstrations qu'il lui donna de son changemeAt elle ne voulut plus le voir, ne pouvant recevoir agréablement des respects qu'elle avait à partager avec la plus grande princesse du monde, »

La marquise de Sablé resta fidèle toute sa vie aux mœurs de sa jeunesse, et, quand l'hôtel de Rambouillet fut à peu près fermé, elle en continua la tradition dans son hôtel de la Place-Royale , avec sa spirituelle amie Mme la comtesse de Maure, et jusque dans sa retraite de Port-Royal , au faubourg Saint- Jacques. Elle entretint longtemps une école de bon ton, de morale et de littérature raffinée , d'où sont sorties les Maximes de La Rochefoucauld1,

Parmi les gens de lettres qui venaient souvent à l'hôtel de Rambouillet, les deux plus célèbres sont sans contredit Corneille et Voiture.

Corneille est avec Descartes l'expression la plus haute de la littérature de la première moitié du xvir siècle. Ses qualités comme ses défauts étaient dan* la plus parfaite harmonie avec son temps. De là

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