‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 43 sur 180 · Voye* la m* partie · texte numérisé non relu

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des succès que personne depuis n'a égalés. Sous Louis XIV, quelle pièce de Racine a jamais produit Timpression que fit le Cid en 1636? 11 faut lire les auteurs du temps pour se faire une idée de l'enthousiasme qui saisit Paris et la France entière. Ce furent de véritables transports :

Tout Paris pour Ghimène a les yeux de Rodrigue.

Bien de plus vrai. C'est qu'alors il n'y avait pas un gentilhomme à Paris qui ne prétendît être un Rodrigue, pas une femme de bon ton qui n'çût dans le cœur ou qui n'affectât les sentiments de Cbimène. Plus on étudie cette pièce admirable, quç Polyeucte seul a surpassée quelques années après , plus on y retrouve tous les traits de cette grande époque à jamais évanouie, l'héroïsme et la haute galanterie, ce point d'honneur qui sans doute faisait verser bien du sang mais entretenait l'esprit guerrier, dans les hommes mûrs et dans les chefs de sérieux intérêts et d'énergiques passions aux prises les unes avec les autres, dans la jeunesse la lutte généreuse de l'amour et du devoir, qui un jour sera portée au dernier degré du pathétique dans Pauline et dans Sévère, partout une langue un peu rude, mais naïve et forte, toujours familière ; en même temps , il est vrai , un goût mal sûr, s' égarant quelquefois à la poursuite de la grandeur, des délicatesses infinies et pleines de grâce mais un peu qujjitessençiées , çt de subtiles

analyses de la passion raisonnant sur elle-même. C'était là l'hôtel de Rambouillet. Il s'y reconnut et défendit le Cid contre le tout-puissant ministre1. C'est dans le noble salon que Corneille rencontra Balzac, et put s'entretenir avec lui de Rome et des Romains. Qu'on lise les discours sur les Romains adressés par Balzac à la marquise de Rambouillet 3, et l'on verra si les conversations de ce temps-là étaient futiles. J'ose dire qu'il n'y eut jamais en France un temps où la politique fût plus à l'ordre du jour. Tout le monde alors s'occupait des affaires publiques. Ce n'est ni Lucain ni Tacite qui ont appris à Corneille la langue politique de Cinna et de la première scène de la Mort de Pompée. La vraie

1 . Il est bien certain que Fauteur de Mirame mit une petitesse d'homme de lettres dans la ridicule querelle soulevée contre le Cid; mais il faut reconnaître qu'il avait aussi quelques raisons d'État qui n'étaient pas à mépriser. Celui qui avait fait rendre l'édit royal contre les duels ne pouvait supporter les vers en leur honneur ; il y avait aussi dans le Cid plus d'une parole peu favorable aux premiers ministres. D'ailleurs le cardinal aimait Corneille ; il lui donna une bonne pension, et même il le maria. Un jour, Corneille s'étant présenté plus triste et plus rêveur qu'à l'ordinaire devant le cardinal de Richelieu, celui-ci lui demanda s'il travaillait. Corneille répondit qu'il était bien éloigné de la tranquillité nécessaire pour la composition, qu'il avait la tète renversée par l'amour. Il en fallut venir à un plus grand éclaircissement, et il dit au cardinal qu'il aimait passionnément une fille du lieutenant-général d'Andely, et qu'il ne pouvait l'obtenir de son père. Le cardinal voulut que ce père si difficile vint lui parler à Paris. Il y arriva tout tremblant d'un ordre si imprévu, et s'en retourna bien content d'en être quitte pour donner sa fille à un homme qui avait tant de crédit. Voyez les frères Parfait, tfwtoire du Théâtre-Français, t. V, p. 304.

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