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Mu« DE BOURBON A L'HOTEL RAMBOUILLET. 457
mais. Ce qui la touchait et finit par l'égarer, c'était le besoin d'être aimée, et aussi le désir de paraître, de montrer, comme on disait alors , le pouvoir de son esprit et de ses yeux.
Son frère, le duc d'Enghien, avait sa hauteur, mais nullement sa délicatesse. Malgré tous les efforts de sa mère et l'exemple de sa sœur, le ton dégagé de l'homme de guerre domina toujours en lui, et il porta souvent la liberté de l'esprit et du langage jusqu'à la licence. Sans être beau, il était bien fait, et, quand il était paré, il avait très-bon air. Ses yeux ardents, son nez fortement aquilin, quelques dents un peu trop avancées, des cheveux abondants et presque toujours en désordre, lui donnaient un air d'aigle lorsqu'il s'animait '. Il avait l'esprit agréable, une gaieté qui n'éclatait jamais plus volontiers qu'au milieu des dangers,- et qui ne l'abandonna pas en prison. Quoi qu'on en ait dit, il était plein de cœur. Il aimait ses amis ; il n'en a jamais trahi un seul. Il en exigeait beaucoup, mais il leur donnait beaucoup. Il prodiguait leur sang , comme le sien , sur les qjiamps de bataille ; mais il les poussait et demandait pour eux encore plus que pour lui. Un autre , après Rocroy, eût été jaloux de Gàssion , qui passait pour
\ . On se trompe quand on croit connaître la figure du grand Condô en voyant le portrait célèbre de Nanteuil; ce portrait est de 1662; il représente Condé fatigué et vieilli, après la guerre civile. Il faut chercher le vainqueur de Rocroy et de Lens dans les portraits d'Haret, de Michel Lasne, et surtout de Duret.
avoir conseillé la manœuvre qui décida du sort de la journée; lui, du champ de bataille, demanda pour Gassion le bâton de maréchal de France, et la charge de maréchal de camp pour Sirot , qui , à la tête de la réserve, avait achevé la victoire. Lorsqu'au combat de la rue Saint-Antoine, échappé à grand'peine du carnage, harassé de fatigue, défait, couvert de sang, il arriva l'épée encore à la main chez Mademoiselle, son premier cri fut, avec un torrept de larmes : « Ah ! madame, vous voyez un homme qui a perdu tous ses amis! » A Bruxelles, quand il négocia sa rentrée en France , il mit dans les conditions de son traité tous ceux qui l'avaient suivi. Après cela, il était prince, et se permettait tout en paroles. 11 a fait des vers très-spirituels , mais satiriques et quelque peu soldatesques1. Il aima une fois, et à l'espagnole, selon toutes les règles de l'hôtel de, Rambouillet. Tout à l'heure, nous ferons connaître l'objet de cette passion touchante qui honore à jamais le grand Condé ; mais nous pouvons dire d'avance que l'héroïne était digne du héros.
Représentez-vous ces deux jeunes gens à l'hôtel de Rambouillet. Condé s'y amusait beaucoup et riait très-volontiers avec Voiture et les beaux esprits à sa suite; mais son homme était particulièrement Corneille. Celui-ci, qui était pauvre et aimait un peu l'argent, s'est plaint à Segrais, Normand comme