‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 62 sur 180 · Tallemant, t. IV, p · texte numérisé non relu

Tallemant, t. IV, p

a dessiné et gravé les différentes vues du chasteau et des jardins , fontaines, cascades, canaux et parterres de Liancourt *. Mme la Princesse allait souvent en visite dans ce beau voisinage. Une année que la petite vérole faisait de grands ravages tout autour de Chantilly et dans les différents domaines de la princesse, Marlou, La Versine, Méru, elle envoya ses enfants avec toute leur jeune société passer quelque temps à Liancourt. 11 n'y manquait que M1,ei Du Vigean, que leur mère avait rappelées à Paris. Le fils unique de la maison, La Roche-Guyon , était un des amis du duc d'Enghien ; il fut tué en 1646, en servant sous lui à ce siège si meurtrier de Mardyk. On était en automne. Le jour de la Toussaint, ces demoiselles firent leurs dévotions avec l'exactitude accoutumée. Ensuite on se livra à d'honnêtes divertissements , et , faute de mieux , dans ces longs loisirs de la campagne , avec le goût dominant du bel esprit, dans la compagnie et peut-être avec l'aide de quelque secrétaire , Montreuil ou Sarrazin , on se mit à rimer tant bien que mal , en sorte que le jour de la Toussaint même on adressa à Marlou , où était Mn,e la Princesse, la Vie et les miracles de sainte Marguerite- Charlotte de Montmorency, princesse de Condé , mis en vers à Liancourt. Ces vers, dit le manuscrit

1. Cotin a fait une exacte Description de Liancourt dans ses Œuvres galantes, deuxième édition, 1665, p. 1 08-115.

M»' DE BOURBON. A LIÀNCOUT. 481

auquel nous empruntons ces détails1, furent faits sur-le-champ, et les auteurs paraissent avoir été M,le de Bourbon et M11" de Rambouillet , de Boutteville et de Brienne.

11 nous reste à prier une sainte vivante, Une sainte charmante, etc.

Sitôt qu'elle nacquit, ses beaux yeux sans pareils

Parurent deux soleils; Son teint fut fait de lis, et sur ses lèvres closes

On vit naître des* roses; Puis elle les ouvrit et fit voir en riant

Des perles d'Orient.

Elle faisoit mourir par un regard aimable

Autant que redoutable ; Puis d'un autre soudain que la sainte jetoit, Elle ressuscitait, etc., etc.

On ne pouvait oublier les deux aimables absentes, M11" Du Vigean, qui s'ennuyaient à Paris pendant qu'on s'amusait 'sans elles à Liancourt. On leur écrivit donc une assez longue lettre en vers , où on leur dépeignait et le regret de ne pas les voir et les consolations qu'on se donnait. Ces vers inédits , comme les précédents, sont tout aussi médiocres ; mais il ne faut pas oublier que ce sont des impromptus de jeunes filles et de grandes dames.

LETTRE ' DE HUe DE BOURBON ET DE M1Im DE RÀMBOUILLBT, DE BOUTTE- VILLE ET DE BRIENNE, ENVOYÉE DE LIANCOURT -À Mu" DU VIGEAN, A PARIS.

Quatre nymphes, plus vagabondes Que ceUes des bois et des ondes,

i. Manuscrits de Gonrart, in-4°, t. XI, p. 443. — 2. /6W., p. 851.

A deux qui d'un cour attristé Maudissent leur captivité.

Nous qui prétendions en tous lieux Estre incessamment admirées, Et que, par un trait de nos yeux»

Nous serions partout adorées;

Tout notre empire a disparu; Tout nous fuit ou nous (ait lamine; A peine estions-nous à Méru, Qu'il fellut fuir à La Versus.

Là, cette peste des beautés,

Là, cette mort des plus doux charmes,

Pour rabattre nos vanités,

Nous donna de rudes alarmes.

Au bruit de ce mal dangereux, Chacun fuit et trousse bagage; Car adieux tous les amoureux, Si nos beautés faisoyent naufrage!

Pour sauver les traits de rameur En lieu digne de son empire, Nous arrivons à Liancourt, Où règne Flore avec Zéphyre,

Ou cent promenoirs étendus, Cent fontaines et cent cascades, Cent prez, cent canaux épandus, Sont les doux plaisirs des nayades.

Nous pensions dans un si beau lieu Faire une assez longue démenée.

Mais voicy venir Richelieu ', Il eu faut partir tout à l'heure.

1. Le cardinal, déjà vieux et malade, et que ces jeunes folles fuyaient à l'égal de la petite vérole»

Hu* DE BOURBON A MANCOURT. 483

Voilà cells, que les mourants »

Nommoient lei autres dô te France; Mais c# gen( &§ Mtr» errant* Et qui n'ont guêpe ge puifKne*,

Ce qu'il y a de plus curieux $t de plu§ inattendu, c'est que la manie de rimer gagna Condé lui-même. Comme nous l'avons dit, il avait beaucoup d'esprit et ds gaieté , et il faisait trèa-volontiers la partie des beaux esprits qui l'entouraient. Au milieu de la Fronde, quand la guerre se faisait aussi avec des chansons , il en a fait plus d'une marquée au coin de son humeur libre et moqueuse. Dans la première guerre de Paris , où Condéf fidèle encore aux vrais intérêts de sa maison, tenait pour la cour, un des chefs les plus ardents du parti contraire était le comte de Maure, cadet du duc de Mortçmart, oncle de M"* de Montespan, le mari de la spirituelle Anne Doni d'Attichy, l'intime amie de Mme de Sablé. Le comte opinait toujours, dans les conseils de la Fronde, pour les résolutions les plus téméraires. Lç£ Mazarins le tournaient en ridicule et l'accablaient d'une grêle d'épigràmjnes. Bachaumont, un des auteurs du célèbre Voyage de Chapelle et Bachaumont, avait fait contre lui des triolets qui se terminaient ainsi 2 :

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