Mémoires, t. III, p. 393. Voyez aussi t. IV, p
rent toute leur vie pour sa cadette , la jeune , belle , honnête et infortunée M1Ie Du Vigean.
Les mémoires contemporains ne donnent ni le nom particulier, ni la date précise de la naissance de cette aimable personne. Mais grâce aux documents inédits qui nous ont été communiqués , nous savons que la jeune du Vigean était née en 1622, et qu'elle s'appelait Marthe ', nom modeste qui répond si bien à son caractère et à sa destinée. Elle était donc à peu près du même Age que M11' de Bourbon. Elle avait été élevée avec elle, et, quand elles parurent ensemble à la cour, elles jetèrent presque le même éclat. On ne possède d'elle aucun portrait, ni peint ni gravé, ni aucune description qui en puisse tenir lieu. Ses charmes étaient encore relevés par une pudeur pleine de grâces , et les vers que nous avons cités de Voiture la montrent toute jeune , dans l'innocence et la candeur d'une beauté qui s'ignore et qui fait naître l'amour sans l'éprouver elle-même.
Disons avant tout, pour justifier Condé et celle qui accueillit ses premiers hommages, que l'inclination du duc d'Enghien pour la jeune Du Vigean précéda son mariage avec M1Ie de Brézé , nièce du cardinal , et remonte jusqu'à l'année 1640, où le jeune duc
1. Déposition olographe dans l'affaire de la béatification de la mère Madeleine de Saint-Joseph : « Je , seur Marthe Poussar du Vigean, ditte de Jésus, âgée de 28 ans et de religion trois et demy*.. Ce il novembre 1650.» Voyex l'AttENDtcs* note deutième.
menait à Paris , à l'hôtel de Condé , à Chantilly et ailleurs l'aimable vie que nous avons décrite, entouré de ses camarades de l'année et parmi les charmantes et dangereuses compagnes de MUt de Bourbon. C'est là qu'il rencontra Mm* Du Vigean et ses deux filles, et qu'il commença, dit Lenet, « à prendre pour M11* Du Vigean une estime et une amitié qui devint plus tard un amour fort passionné et fort tendre '. »
k la rigueur, le duc d'Enghien pouvait fort bien s'imaginer qu'il ne lui serait pas impossible d'obtenir de son père et du roi, c'est-à-dire du cardinal de Richelieu, leur consentement à un mariage disproportionné sans doute , mais qui n'avait rien de dégradant. M1,e Du Vigean était fort riche, et sa famille était en grand crédit ; Richelieu la favorisait, et il ne lui eût pas trop déplu de voir un prince du sang descendre un peu de son rang. Le mariage qui fut imposé à Condé quelque temps après n'était pas beaucoup plus relevé que celui-là. Un peu d'illusion était permis à l'âge et à l'impétuosité du jeune duc, et , une fois les affections engagées, elles ne cédèrent qu'au temps et à la nécessité.
Avec un pareil sentiment dans le cœur, on comprend combien le duc d'Enghien a dû souffrir du mariage auquel il fut condamné en 1661. C'est au chagrin de ce mariage qu'on attribua en grande partie la maladie qu'il fit alors. Bien que sa jeune femme,