Mémoires $e Lenet, édit. Michaud, p
Claire-Clémence Maillé de Brézé, fût fort agréable, il ne vécut point avec elle, et forma dès lors le dessein de la répudier dès qu'il le pourrait. 11 protesta contre la violence qui lui avait été faite , et consigna cette protestation dans un acte notarié, revêtu de toutes les formes légales et signé par lui , par le président de Vernon , surintendant de sa maison , et par Perrault, alors son secrétaire *.
Nous avons raconté comment, malgré sa maladie, dès qu'il apprit que la campagne allait s'ouvrir, rien ne put le retenir, ni les prières de sa famille , ni les larmes de sa maîtresse 2 ; il partit à peine convalescent et revint couvert de gloire. A son retour, il continua de « donner à Mlle Du Vigean toutes les marques d'une passion tendre et respectueuse 3. »
En 1642, étant aux eaux de Bourbon avec le cardinal de Richelieu, le duc d'Enghien, au milieu des plus difficiles conjonctures, saisit un prétexte pour s'en venir à Paris , « où la passion qu'il avait pour Mlle Du Vigean l'appelait 4. »
C'est surtout après la mort du cardinal , dans les années 1643 et 1644, qu'éclatèrent les amours de Condé. La galanterie étant alors à la mode, ces amours n'avaient été un mystère ni un scandale pour personne. La Bibliothèque nationale possède une histoire manuscrite de la régence d'Anne d'Autriche
1. Lenet. ibid. — 2. Plus haut, page 75. 3. Lenet, ibid. — 4. Ibid.
dont l'auteur déclare avoir été le témoin de toutes les choses qu'il raconte, et, dans une lettre adressée au prince de Condé , lui dédie en quelque sorte ces mémoires I. Il y est plusieurs fois question de la tendresse des deux jeunes gens. Après la campagne de Flandre, où le duc d'Orléans avait pris Gravelines et où Condé avait pris Fribourg, « ces illustres conquérants, dit notre manuscrit2, ayant apporté leurs lauriers aux pieds de la régente, qui étoit alors à Fontainebleau, se retirèrent, le premier à Paris et l'autre à Chantilly. Si la cour de Fontainebleau surpassoit celle de Chantilly en nombre , celle-cy ne lui cédoit en rien en galanterie et en plaisirs. La princesse de Condé, les duchesses d'Ànguyen et de Longueville y estoient venues, accompagnées d'une douzaine de personnes de qualité les plus aimables de France. Outre la beauté du lieu , les jeux et la promenade , la musique et la chasse, et généralement tout ce qui peut faire un séjour agréable , se trouvoient en celuicy. La jeune Du Vigean y estoit, pour laquelle le duc d'Anguyen avoit alors beaucoup d'estime et
1. Supplément Français, n° 925. L'auteur paraît s'être appelé Maupassant. « C'est la coutume, dit-il en commençant, de tous ceux qui se meslent de traitter l'histoire, de vouloir paroistre fidèles , désintéressés et exempts de toute passion. Pour moy je ne prétends persuader personne de ma sincérité , mais j'ose bien assurer d'avoir veu la plupart des choses que j'entreprends d'escrire dont plusieurs ont passé par mes mains. »