Mémoires, édition d'Amsterdam, 1735; t. Ie', p
épousé Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, grand maître de France, morte en 1637, et dont il avait eu Marie d'Orléans, Ml,e de Longueville, qui , ayant vingt-cinq ans , en 1650, au milieu de la Fronde, y joua aussi un certain rôle, et finit par épouser le duc de Nemours , frère de celui qui fut tué par le duc de Beaufort. Ainsi , quand le duc de Longueville prit une seconde femme en 1642, il avait quarante-sept ans, et il lui apportait pour belle-fille une personne presque de son âge, d'un caractère tout différent du sien, assez belle, spirituelle, mais dépourvue de toute sensibilité, qui devint bientôt le censeur de sa belle-mère et son ennemie dans le sein de la famille, et jusques auprès de la postérité dans les mémoires aigrement judicieux qu'elle a laissés sur la Fronde.
Le duc de Longueville était un vrai grand seigneur. 11 était galant et brave ', libéral jusqu'à la magnificence, d'un caractère noble et généreux mais faible, s' engageant aisément, se dégageant volontiers, au fond sans passion et sans ambition, et possédant tout ce qu'il faut pour briller au second rang, mais incapable du premier. Il commença par faire un peu d'opposition à Richelieu , puis il se soumit assez vite ; plus tard, il entra dans la Fronde ; il par* tagea la captivité de ses deux beaux-frères, et, à peine
1. On a un beau portrait de M. de Longueville, peint par Champagne et gravé par Nanteuil, en tète de la Pucelle de Chapelain, in-fol., 1656.
hors de prison, il se raccommoda avec la cour. La nature l'avait fait pour suivre la route que ses pères lui avaient tracée et pour servir la couronne dans de grandes charges militaires et civiles , qu'il eût fort dignement remplies. Le malheur de sa vie a été d'être presque toujours jeté, par sa faute et celle des autres , dans des entreprises et des aventures au* dessus de sa portée, et où ses qualités parurent moins que ses défauts.
Ajoutons que M. de Longueville, de mœurs assez légères, avait eu, dans sa première jeunesse, de Jacqueline d'Illiers , devenue abbesse de Saint-Avit, près Châteaudun, une fille naturelle, Catherine-Angélique d'Orléans , qui fut successivement religieuse en différentes maisons, et mourut abbesse de Maubuisson, à l'âge de quarante-sept ans, en 1664. Déjà sur le retour, il s'était épris de la duchesse de Montbazon, qui avait fort bien accueilli cette conquête utile, et la retint, dit-on, même après le second mariage de M. de Longueville, malgré le mécontentement de M"" la Princesse et les reproches, souvent très-vifs , qu'elle adressait à son gendre.
11 faut en convenir, il n'y avait pas là de quoi captiver le cœur et l'imagination d'une jeune femme, telle que nous avons dépeint MIIe de Bourbon. Avec ses instincts de fierté et d'héroïsme , ses délicatesses d'esprit et de cœur, ses principes et ses habitudes de précieuse, elle ne pouvait admirer M. de Longue-
ville, et comme elle était faite, l'admiration était pour elle le chemin de l'amour. Elle devait être blessée qu'avec ce qu'elle était à tous égards on lui donnât une rivale ; et ce qui pouvait la blesser davantage , c'est que cette rivale , si peu digne de lui être comparée par son caractère, était la plus grande beauté du jour, en sorte que l'infidélité au moins apparente de M. de Longueville ressemblait à une préférence offensante pour ses charmes ; et , nous l'avons dit, M11- de Bourbon n'était pas seulement tendre, elle était glorieuse et un peu coquette. Cependant, comme elle n'aimait pas son mari, sa douceur, aisément soutenue par son indifférence, la sauva de l'irritation. Seulement elle se crut autorisée à se laisser adorer en toute sécurité de conscience , et elle continua de vivre à l'hôtel de Longueville , comme elle le faisait à l'hôtel de Condé, avec la même cour de jeunes et gracieuses amies, de jeunes et brillants cavaliers l.
1. L'hôtel des ducs de Longueville n'est pas du tout celui qu'après la mort de sen mari Mme de Longueville acheta des d'Épernon , rue Saint- Thomas-du-Louvre, à coté de l'hôtel de Rambouillet, où elle a résidé avec ses enfants, et qui a porté son nom depuis 1664 jusqu'à la fin du xviie siècle. La demeure des Longueville était l'ancien hôtel d'Alençon (voyez Sauvai, t. I, p. 65 et 70, surtout p. 119). Il était situé rue des Poulies, parmi les riches hôtels qui bordaient le côté droit de cette rue depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à la Seine, et qui, avec leurs dépendances et leurs jardins, s'étendaient jusqu'au Louvre. Il était à peu près vis-à-vis la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. Il avait à sa droite, vers la Seine , le Petit-Bourbon , qui , après avoir servi de de-
Les fêtes du mariage étaient à peine terminées, que Mroe de Longueville fit une petite maladie. La petite vérole, alors si redoutée, qui l'avait chassée de Chantilly, et contre laquelle elle avait fait à Liancourt d'assez mauvais vers I , l'atteignit dans l'automne de 1642, et mit en péril le charmant visage. Tout Rambouillet s'émut. La marquise de Sablé, trop fidèle à cette peur de la contagion, qui a été le ridicule de sa vie, ne put obtenir d'elle-même, malgré la tendresse la plus sincère, de soigner l'intéressante malade; mais Mlle. de Rambouillet ne l'abandonna point1, et ce fut une sorte de joie publique
meure et de place forte dans Paris aux aînés de la maison de Bourbon, était devenu un bâtiment royal, une sorte d'appendice du Louvre, où le jeune roi Louis XIV donna plusieurs fois de grands bals, et dont la salle de théâtre fut prêtée à Molière pour y jouer quelque temps la comédie à son arrivée à Paris. À gauche , sur la même ligne, après l'hôtel de Longueville, venaient les hôtels de Villequier et d'Aumont, et un peu plus rapprochés de l'église et de la maison de l'Oratoire, les hôtels de la Force et de Créqui. Quand donc, en 1663, Louis XIV, entré en pleine possession de l'autorité royale et voulant signaler son règne par de grands monuments, entreprit d'achever le Louvre et de lui donner une façade digne du reste de l'édifice, il lui fallut abattre, avec le Petit- Bourbon, une partie des hôtels de la rue des Poulies, entre autres celu de Longueville. C'était le plus ancien et le plus considérable. Il se composait d'un grand bâtiment d'entrée, d'une vaste cour, de l'hôtel proprement dit et d'immenses jardins. Ceux de nos lecteurs qui désireraient s'assurer de l'exactitude de ces détails n'ont qu'à jeter les yeux sur l'excellent plan de Gomboust, qui représente admirablement le Paris du xvue siècle en 1652.