‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 83 sur 180 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Il est vraiment inconcevable qu'une femme d'autant d'esprit que M™ de Sablé ait poussé la peur de la maladie et de la contagion aussi

lorsqu'on apprit que Mm< de Longueville avait été épargnée, et que, si elle avait perdu la première fraîcheur de sa beauté , elle en avait conservé tout l'éclat. Ce sont les propres paroles de Retz ', et le galant évêque de Grasse, Godeau, les confirme par les compliments alambiqués en manière de sermon qu'il adresse à ce sujet à Mme de Longueville 2.

Pendant cette indisposition, M. de Longueville n'était pas auprès de sa femme. Le cardinal de Richelieu venait de l'envoyer prendre le commandement de l'armée d'Italie à la place du duc de Bouillon, l'aîné de Turenne, qui, compromis dans l'affaire du grand-écuyer Cinq-Mars, avait été arrêté par ordre du cardinal à la tête de son armée, conduit de

loin que le témoignent tous les auteurs contemporains, Voiture, Tallemant, Mademoiselle, etc. Sa faiblesse en cette occasion et la fidélité de Mlle de Rambouillet nous sont attestées par plusieurs lettres inédites de ces deux dames, que nous trouvons à la bibliothèque de l'Arsenal dans les papiers de Conrart, in-4°, t. XIV.

i. Mademoiselle a beau dire, 1. IOT, p. 47, que M»0 de Longueville resta marquée de la petite vérole, Retz affirme le contraire. Édit. d'Amsterdam , 1731, t. 1er, p. 185 : a La petite vérole lui avait ôté la première fleur de la beauté, mais elle lui en avait laissé tout l'éclat. »

2. Lettres de Mgr Godeau sur divers sujets, Paris, 1718, lettre 76, p. 248: «De Grasse, ce 13 décembre 1642... Pour votre visage, un autre se réjouira avec plus de bienséance de ce qu'il ne sera point gâté. M11* Paulet me le mande. J'ai si bonne opinion de votre sagesse, que je crois que vous eussiez été aisément consolée si votre mal y eût laissé des marques. Elles sont souvent des cicatrices qu'y grave la divine miséricorde pour faire lire aux personnes qui ont trop aimé leur teint que c'est une fleur sujette à se flétrir devant que d'estre épanouie, etc. »

Cazal à Lyon au château de Pierre-Encise, et se trouva encore très-heureux de racheter sa vie par l'abandon de sa place forte de Sedan.

L'hiver de 1643 s'écoula pour Mme de Longueville dans les agréables occupations qui avaient charmé son adolescence. Elle était sans cesse au Louvre, à l'hôtel de Condé, à la Place-Royale ou à l'hôtel de Rambouillet , dont l'éclat s'accroissait chaque jour. C'était à peu, près le temps de la Guirlande de Julie. Tallemant s'était proposé d'ajouter au recueil des poésies de Voiture beaucoup d'autres pièces de l'hôtel de Rambouillet. En vérité, nous pourrions le suppléer à l'aide des manuscrits de Conrart, qui était aussi un des habitués de l'illustre hôtel. Nous puiserions à pleines mains dans ces manuscrits inépuisables, et nous n'aurions que l'embarras du choix. Mais si tous ces vers peignent à merveille la société du xvne siècle, amoureuse de l'esprit comme de la bravoure, enivrée d'héroïsme et de galanterie, ils charmeraient peut-être médiocrement celle d'aujourd'hui, et nous avons déjà mis les lecteurs à une épreuve que nous n'oserions renouveler. Disons seulement que Mme de Longueville fut encore plus entourée que M1,e de Bourbon de cet encens poétique l un peu fade, il est vrai, mais qui rarement

1. On nous permettra de donner du moiDS quelques courts échantillons de ces poésies. Manuscrits de Conrart, in-4°, t. XVII, p. 721, un poète, dont nous ignorons le nom, s'exhorte lui-même à composer un

a déplu aux beautés les plus spirituelles. Nous avons sous les yeux des poésies de toute sorte et de toute main qui la représentent tantôt aux bals du Louvre et

bel épithalame pour le mariage de M. de Longueville et de Mu« de Bourbon :

• D'Orléans la gente pucelle N'était si bonne ni si belle Que la pucelle de Bourbon , Et pour bien louer cette dame , Je ne sais quel épithalame Se pourra trouver assez bon.

Four qui l'entreprendra je tremble.

Mettez ton s les beaux mots ensemble; Parlez de ciel et de soleil, D'or, de perles, de lis, de roses :

Toutes ces magnifiques choses Au sujet n'ont rien de pareil. »

A propos d'épithalame, on a celui qu'un poète très-médiocre, nommé Arbinet, composa et imprima en 1642 : le Génie de la maison de Loin' gue ville, sur le mariage de Mgr le duc de Longueville et de #"• de Bourbon, in-4°, Paris, 1642.

• Qui pourrait exprimer le nombre de ses charmes? De combien de vertns, de combien de trésors

Les Dieux ont-ils orné son esprit et son corps?

Ses cheveux, ces beaux flots brillants d'or et de flamme ,

Sont autant de liens pour captiver une âme.

Ses yeux ont la clarté d'un astre sans pareil,

Et sa bouche des fleurs ternit l'éclat vermeil, etc. *

Au t. XXIV des manuscrits de Conrart, p. 647, sont des vers attribués à Desmare ts , mais qui ne se peuvent trouver dans son recueil, puisque ce recueil est de 1641 et antérieur au mariage. Desmarets compare M. de Longueville à son ancêtre Dunois, qui passait pour avoir fait la cour à la Pucelle d'Orléans :

• Vous brûlez comme lui, mais d'un feu différent; Il brûla pour l'amour d'une sainte pucelle;

Vous , pour une aussi sainte et d'un cœur aussi grand, Mais pins noble, plus douce et mille fois plus belle. »

du Luxembourg *, tantôt au Cours avec ses deux belles amies, M""8 Du Vigeana, tantôt suivant son

Est-ce au nom de M. de Longueville, ou n'est-ce pas plutôt an nom de quelque amant déguisé, qu'ont été faits ces vers. /Md., 1. XVII, p. 823 :

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