Voyez les Mémoires du temps, et surtout ceux de Campion
Tours. Ces mesures, exécutées à propos, dissipèrent le parti des Importants. Les discordes intestines qui menaçaient le nouveau règne durent attendre des jours plus favorables. Mazarin, bientôt sans rival auprès de la reine , continua au dedans et surtout au dehors la politique de son prédécesseur, et la royauté, ainsi que la France, comptèrent une suite de belles années, grâce à l'union des princes du sang avec la couronne, aux ménagements habiles dii premier mi* nistre , à la prudence du prince de Condé et au génie militaire du duc d'Enghien.
Celui-ci était revenu à Paris à la fin de la campagne, après avoir pris Thionville et plusieurs autres places, et promené sur le Rhin Parmée française victorieuse. La reine l'avait reçu comme le libérateur de la France. Maaarin, qui tenait plus à la réalité qu'à l'apparence du pouvoir, lui fit dire que toute son ambition était d'être son chapelain, et son homme d'affaires auprès de la reine. De loin, le duc d'Enghien avait applaudi à tout ce qu'on avait fait, et il revenait brûlant encore pour M,!e Du Vigean* et furieux qu'on eût osé insulter sa sœur. Il adorait sa sœur, et il aimait Coligny. Il connaissait et il avait favorisé sa passion. Engagé lui-même dans un amour aussi ardent que chaste, il savait que sa sœur pou-» vait bien n'avoir pas été insensible aux empressements de Maurice ; mais il se révoltait à la pensée qu'on lui attribuât les lettres d'une Mme de Fouque-
rolles, et il le prit sur un ton qui arrêta les plus insolents.
Parmi les amis du duc de Beaufort et de Mm* de Montbazon était au premier rang le duc de Guise, devenu le chef de la maison de Lorraine en France. On l'avait ménagé ainsi que toute sa famille à cause de Monsieur, Gaston, duc d'Orléans,* qui avait épousé en secondes noces une princesse de cette maison, la belle Marguerite f. Le duc de Guise était tel que nous l'avons dépeirit. Il avait déjà fait plus d'une folie, mais il n'avait pas encore honteusement échoué dans toutes ses entreprises; son incapacité n'était pas déclarée ; il avait tout le prestige de son nom , de la jeunesse, de la beauté et d'une bravoure portée jusqu'à la témérité. Serviteur avoué de Mma de Montbazon, il avait épousé sa querelle, sans être entré néanmoins dans les violences de Beaufort , et il était resté debout en face des Gondé victorieux.
Coligny avait eu la sagesse de se tenir à l'écart pendant l'orage, de peur de compromettre encore davantage Mme de Longueville en se portant ouvertement son défenseur; mais quelques mois s' étant écoulés, il crut pouvoir se montrer, et, comme le dit l'ouvrage inédit sur la régence que nous avons plusieurs' fois cité 2, « la prison du duc de Beaufort lui
1. Deuxième fille du duc François. Ce mariage, contracté en 1632, est un roman qu'on peut lire dans tous les mémoires du temps.
2. Bibliothèque royale, Supplément français, n° 025, fol. 11.
ostant les moyens de tirer avec lui l'espée, il s'adressa au duc de Guise. »La Rochefoucauld s'exprime ainsi1 : « Le duc d'Enghien, ne pouvant témoigner au duc de Beaufort, qui était en prison, le ressentiment qu'il avait de ce qui s'était passé entre M,l,e de Longueville et Mme de Montbazon , laissa à Coligny la liberté de se battre avec le duc de Guise, qui avait été mêlé dans cette affaire. » Le duc d'Enghien connut donc et approuva ce que fit Coligny. Pour Mme de Longueville, il est absurde de supposer qu'elle voulut être vengée et poussa Coligny, car tout le monde lui attribue une conduite fort modérée en opposition avec celle de Mme la Princesse. Loin d'envenimer la querelle , elle était d'avis de l'étouffer, et Mme de Motteville réfute elle-même le bruit qu'elle rapporte en disant : « La jalousie qu'elle avait contre la duchesse de Montbazon, étant proportionnée à son amour pour son mari, ne l'emportait pas si loin qu'elle ne trouvât plus à propos de dissimuler cet outrage. »
La Rochefoucauld nous donne un renseignement qui explique ce qui va suivre : Coligny relevait d'une longue maladie ; il était faible encore, et il n'était pas très-adroit à l'escrime 3. C'est dans cet état qu'il s'attaqua au duc de Guise, qui, comme tous les héros de parade, était d'une rare habileté dans ce genre d'exercices.
Disons quelques mots des seconds qu'ils se choi-