‹ Jeunesse de Madame de LonguevilleChapitre 98 sur 180 · D'Ormesson, Maupassant, La Rochefoucauld, Mottevilie · texte numérisé non relu

D'Ormesson, Maupassant, La Rochefoucauld, Mottevilie

2. Maupassant dit que le duc de Guise et Coligny comparurent au parlement et se justifièrent, le duc de Guise avec le plus grand succès, et Coligny de très-mauvaise grâce; mais d'Ormesson, si bien informé de tout ce qui se passa de son temps au conseil d'État et au parlement, n'a pas un seul mot là-dessus, et rien n'est plus invraisemblable, Coligny étant promptement tombé dans un état désespéré.

3. La Rochefoucauld dit que Coligny mourut quatre ou cinq mois après ; il faut dire quatre ou cinq jours. Voici en effet ce que nous trouvons dans le journal d'Olivier d'Ormesson, fol. 29: «Le mardi 29 décembre vint me voir le marquis de Pardaillan et me dit que M. de Colligny estoit à Saint-Maur, et avoit pensé mourir de la gangrène qui s'étoit mise à son bras. » — « Le mercredi 30 décembre (d'Ormesson a mis par erreur janvier), M. de Colligny estoit hors d'espérance, sa plaie ne faisant ni chair ni pus, à cause de sa mauvaise constitution naturelle. M. le duc d'Anguien y estoit allé pour le résoudre à avoir le bras coupé. »

Cette affaire, avec ses dramatiques circonstances et son dénoûment tragique, eut un immense et douloureux retentissement dans Paris et dans la France entière. Elle ranima un moment les divisions des partis, et suspendit les divertissements et les fêtes de l'hiver de 1644 * ; elle n'occupa pas seulement les familles intéressées et la cour, elle frappa vivement toute la haute société , et demeura quelque temps l'entretien des salons. On pense bien qu'en se répandant elle se grossit de proche en proche d'incidents imaginaires. D'abord on supposa que Mn,e de Longueville aimait Coligny. Il le fallait pour le plus grand intérêt du récit. De là cette autre invention , qu'elle-même avait armé le bras de Coligny, et que d'Estrades, chargé d'appeler le duc de Guise, ayant dit à Coligny que le duc pourrait bien désavouer les propos injurieux qu'on lui prêtait, et qu'ainsi l'honneur serait satisfait, Coligny lui aurait répondu : « Il n'est pas question de cela; je me suis engagé à Mme de Longueville de me battre contre lui à la Place-Royale , je n'y puis manquer \ » On ne pouvait s'arrêter en si beau chemin, et Mme de Longueville n'aurait pas été la sœur du vainqueur de Rocroy, une héroïne digne de soutenir la comparaison avec celles d'Espagne, qui voyaient mourir leurs amants à leurs pieds dans les tournois, si elle n'eût assisté au

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