AUX JEUNES GENS
Chers jeunes gens, qui ave/ compris que la vie présente consiste à cherciier la vie future, et qu'on n'est sur la terre que pour se rendre dij^ne du ciel; jeunes i>ens, dont la préoccupation souveraine est de servir Dieu et de devenir des chrétiens parfaits, c'est à vous que je dédie ces modestes pages.
Elles mettront sous vos yeux l'idéal de cette vie chrétienne que vous avez le noble désir d'embrasser et de pratiquer dans le monde. Elles vous diront de quels éléments cette vie se compose et ce que vous devez faire pour réaliser cet idéal.
C'est plus particulièrement pour vous, jeunes gens de Paris, membres des Patro-
nages et des Petites Conférences , associés de YŒuvre de Saint-Labre, étudiants, employés de commerce, devenus mes fds spirituels, que ces pages ont été écrites. Elles sont une réponse aux questions que bien des fois vous m'avez posées, un résumé de nos conversations intimes dans cet Oratoire si pieux de la rue du Bac, où j'ai le bonheur de continuer, quoique très indigne, le saint et fécond apostolat de M^'' de Ségur, cet ami si dévoué, ce père si vénéré de la jeunesse chrétienne.
Vous le savez, mon unique ambition, en ce qui vous concerne, est de vous aider à devenir des chrétiens dans le sens complet du mot. Pour obtenir ce béni résultat, il importe que vous ayez une notion bien exacte de la vie chrétienne, des lois qui la régissent, dos devoirs qu'elle impose : c'est ce que je me suis efforcé de vous faire comprendre dans ces entretiens que je vous dédie.
J'ai parlé d'idéal. Ce terme n'est-il pas impropre et ne semble-t-il pas exclure d'avance la mise en pratique de ce qui va vous
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être dit.' Mis en regard des mots vie chrétienne, ne semble-t-il pas indiquer non un rapprochement et une compatibilité, mais bien plutôt une sorte d'impossibilité de réaliser la notion de la vie chrétienne ?
Rassurez-vous, cliers jeunes gens. Une comparaison va vous faire comprendre quel sens il vous faut attacher à ce mot.
L'artiste qui peint sur la toile ou qui sculpte le marbre se place en face d'un idéal. Cet idéal n'est autre qu'un modèle invisible de beauté parfaite qui pose devant lui et qui sollicite ses efforts. Quoi que l'artiste fasse, son œuvre, fût-elle un chef-d'œuvre, sera toujours inférieure à l'idéal qu'il avait entrevu, à ce modèle invisible qu'il avait contemplé.
Il n'en est pas moins vrai que cette vue, cette contemplation, qui ont stimulé son génie, ont contribué à donner à son œuvre une perfection relative , et qu'en somme , cette œuvre n'est qu'une réalisation plus ou moins approchante de l'idéal.
Ainsi en est-il, chers amis, dans l'ordre
spirituel. Bien que la perfection, la plénitude de la sainteté ne soient point réalisables en ce monde, Dieu ne laisse pas de nous en proposer la poursuite, et de se proposer lui-même à notre imitation, a Regardez, nous dit-il, et faites selon le modèle qui vous est offert (1). » « Soyez parfaits, dit-il encore, comme votre Père céleste est parfait (2). »
Tel est l'idéal des chrétiens. Si disproportionné qu'il puisse paraître avec les ressources personnelles de ces derniers, il n'en est pas moins Tunique idéal, à la réalisation duquel ils doivent travailler ici-bas sans relâche, encore qu'ils désespèrent de jamais atteindre à son infinie perfection.
Au surplus, mes amis, l'idéal que je vous montre dans ces pages, ne vous effrayera pas, je l'espère. M'inspirant d'une expérience acquise au contact de la jeunesse, ne
(1) Inspice ot fac secundiim excmplar (|iiod tibi moustratum est. (Exod. x\v, 40.)
(2) E.stotc pcrfecti sicut et Pater vestcr ccolcstis perfoctiis est. (iMattli. V, 48.)
AL X JEL.NtS GE.N:
perdant point Je vue votre condition particulière, je ne vous ai rien proposé qui ne soit réalisable et k la j)ortée de toutes les bonnes volontés.
A l'œuvre donc, chers jeunes gens; c'est pour vous maintenant l'heure des semailles, et vous savez, d'après le témoignage de l'Esprit-Saint, que « l'homme récoltera ce qu'il aura semé (l) » et « qu'alors même qu'il aura vieilli, il ne s'écartera pas de la voie suivie par lui aux jours actifs et féconds de son adolescence (2). »
L'heure présente est aussi pour vous l'heure des décisions généreuses. La lutte est engagée, plus violente que jamais, entre le bien et le mal, entre le vice et la vertu, entre les disciples de Jésus-Christ et ceux de Satan. Il faut vous prononcer pour le bien ou pour le mal, pour la vertu ou pour le vice, pour Jésus-Christ ou pour Satan; car.
(Ij Qiuc (Miini .seminav(M'it liomo, hoîc ct;mctot. (Galat. VI, 8.)
(2) Adolosccns juxta viam siiam, otiam ciua senucrit. non rocoflot ab ea. (Prov. xxii. G.)
xviii JEUNESSE ET VIE CHRETIENNE.
VOUS le savez encore, par le même témoignage divin, « nul ne peut à la fois servir deux maîtres « (1). Donc pas de dualisme, pas de neutralité (2), pas d'indifférence ; optez pour un drapeau, prenez parti pour un camp, déclarez-vous soldats d\m chef, sujets d'un roi, serviteurs d'un maître; puis, votre choix une fois fait, — et vous savez quel il doit être, — prenez garde de livrer votre drapeau, de déserter votre camp, de trahir votre chef, votre roi, votre maître; mais, animés de F ardeur qui sied si bien à votre âge, marchez en avant, luttez, combattez, et concourez, jeunes et vaillants soldats du Christ, au triomphe de sa cause, et à l'extension de son règne.
Vous êtes, sachez-le bien, l'espérance de l'Eglise et de la France chrétienne, chers jeunes gens qui inaugurez le vingtième siècle. Ah! puisse ce siècle, malgré les menaces de l'heure présente, malgré les efforts achar-
(1) Nemo potest duobus domiiiis serviro. (Matth. vi, :.'4.)
(2) On n'est i^as 7ieidre vis-à-vis de Dieu ; on l'adore ou on le blasphème, on l'aime ou on le hait. (Chesnelong.)
ALX JEUNES GENS. \ix
nés de Tenfer et du monde, malgré la conjuration universelle des ennemis de Dieu et de son Christ, puisse-t-il être, grâce à vous, le siècle de la restauration chrétienne, du règne de Dieu et de son Christ sur les individus et sur les peuples, et en particulier sur ce peuple français dont vous constituez la portion la plus intéressante, celle sur laquelle reposent les espérances d'un avenir meilleur.
l'aiis, Onitoiiv do.Me''de St'-gur, o9, rue du Bac, 19 mars 1897.
L'apôtre saint Jean écrivant, sur la fui de sa vie, aux premiers fidèles de l'Asie mineure et s'adressant tour à tour aux enfants, aux pères de famille, aux jeunes gens, disait à ces derniers : « Je vous écris, jeunes hommes, parce que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin (1). »
En leur adressant cet éloge, l'Apôtre entendait rendre tout d'abord témoignage à l'efficacité de la grâce baptismale qui, en faisant
(1) Scribo vobis, juvenes, quoniain fortes cstis et vorlnua Doimanet in vobis, et vicistis maligniuii. (1 Joa. ii, 14.)
de ces jeunes gens, naguère païens, des chrétiens, leur avait conféré une vigueur spirituelle spéciale pour résister aux entraînements des passions de leur âge et une docilité particulière à renseignement des vérités du christianisme, si nouvelles pour leur esprit.
Mais, en même temps, il rendait témoignage à la vertu de ces jeunes gens et les félicitait de leur fidélité aux grâces reçues; car la parole de Dieu qui leur avait prêché la vérité n'avait pas retenti vainement à leurs oreilles, et la force d'en-Haut, communiquée à leurs âmes, ils Favaient employée à combattre et à vaincre le mal et le démon instigateur de tout mal.
Chers jeunes gens, vous à qui ces pages s'adressent, de vous aussi on peut rendre le même témoignage. Tout au moins, avezvous à cœur de le mériter. Il y a, du reste, en vous tant et de si précieuses resources, et vous faites concevoir à ceux qui vous connaissent et vous aiment de si solides espérances! Y a-t-il imprudence à vous le dire? N'est-ce pas, bien plutôt, sagesse de vous révéler ce que vous êtes et de vous faire au
moins entrevoir ce dont vous êtes capables et ce qu'on peut espérer de vous ?
S'il ne s'agissait que de vous exalter à vos propres yeux et de vous pousser à une sotte complaisance en vous-mêmes, on pourrait, à bon droit, nous reprocher de mettre en relief votre valeur. Mais , pas plus que TApôtre disant aux jeunes chrétiens de son temps : « Vous êtes forts, le Verbe de Dieu demeure en vous et vous avez vaincu le malin », nous ne voulons flatter en vous un vain amour-propre ni vous aveugler par un fol orgueil. Ce que nous voulons, en vous parlant de la sorte, c'est encourager les nobles aptitudes dont la Bonté divine vous a doués et vous exciter à les mettre de plus en plus en exercice, pour la gloire de Dieu, votre bien personnel et celui des âmes.
Qu'êtes-vous donc, chers amis, et que pouvez-vous ?
Vous êtes la jeunesse. La jeunesse ! que ce mot a de poésie et de charme ! avec quel sentiment de confiance joyeuse on le prononce! quelles nobles et grandes idées il éveille et comme il retentit en écho sympathique dans le cœur !
Qui dit jeunesse dit aurore et printemps de la vie.
Avez-vous assisté au lever d'un soleil de mai? Avez-vous contemplé Fastre du jour se dégageant des obscurités de la nuit et des brumes matinales, sortant d'un amoncellement de nuages d'argent, de pourpre et d'or, puis montant de l'horizon vers les hauteurs du firmament avec une majesté et un éblouissement sans pareils? Avez-vous prêté l'oreille aux mille bruits de la nature qui s'éveillaient à ce moment solennel? Avez-vous considéré la goutte de rosée perlant au bord du calice des fleurs, les bourgeons s'entr'ouvrant aux branches des arbres, la terre montrant avec orgueil les naissants produits de son sein fécond? Avez-vous enfin admiré ces multiples manifestations d'une vie exubérante, cet universel renouveau chanté par le poëte latin (1), ces riantes promesses de
(1) Oinnia tune florent, tune est nova teuiporis ;eta.s. Et nova de gravido pahnite gemma tumet, Et modo formatis operitur frondibus arl)0s,
l'iodit et in summum seminis herba solum. Tune blandi soles, ignotaque prodit hirundo;
Et luteum celsasub trabe lingit opus,
Tune patitur cultus ager, et renovatur aratro.
Ilœc anni novitas jure vocanda fuit.
(Ovid.. I Fasl.)
ENTRETIEN PRELIMINAIUE. 5
la nature printanière ? 0 jeunesse, voilà ton image, car tu es Taurore et le printemps de la vie.
Qu'est-ce à dire? sinon que la jeunesse c'est Tàge des espérances, Tàge où l<>s facultés naturelles, Timagination, la raison, le cœur, qui ont, pour ainsi dire, sommeillé durant la première enfance, s'éveillent et manifestent leur joyeuse activité; Tàge où les horizons paraissent sans bornes, dorés qu'ils sont par les feux du soleil levant d'une existence qui promet longue durée; Tàge où tout est animé d'une sève printanière, où la vigueur de la vie s'épanouit en de fraîches couleurs: l'âge des nobles enthousiasmes, des fiers élans et des généreuses aspirations; l'âge où l'esprit s'ouvre aux pensées sérieuses et grandes, le cœur aux sentiments chevaleresques, la volonté aux efforts, à la lutte, au sacrifice ; l'âge enfin où l'on éprouve un besoin intense d'aller en avant, d'agir, de monter, d'acquérir, de produire, de se donner et de se dévouer.
C'est l'âge aussi où la grâce baptismale, si elle n'a pas été prématurément contrariée, étouffée, ravagée par l'action malfaisante,
meurtrière de l'incrédulité ou de Findifîérence; si elle n'a pas été dominée par la tyrannie de grossières passions, s'épanouit dans toute sa splendeur et se manifeste par une foi simple et ardente , un amour pur et exempt de convoitise , un zèle pour le bien et un désir de la vertu qui ne demandent qu'à grandir, qu'à s'exercer au service de la vérité et de la religion...
Jeunesse, jeunesse, que tu es belle ainsi envisagée, et combien est beau le spectacle que tu offres, plus beau que celui du soleil qui se lève et de la nature qui s'éveille, plus beau que celui de toutes les merveilles de la création visible, car que sont-elles comparées à Fâme intelligente et libre qui s'élève jusqu'à Dieu pour contempler sa beauté, pour louer sa bonté, et qui s'applique ù reproduire en elle ses infinies perfections ?
Ah! soyez bénis, chers jeunes gens; l'Eglise et la France peuvent compter sur vous : vous êtes Tavenir de la société et, au milieu des ruines morales qui, chaque jour, s'accumulent au sein de cette société décadente, vous apparaissez comme les pierres inébranlables d'un nouvel édifice social.
ENTKETIKN PRELIMINAIRE.
Je VOUS citais, tout à Fheure, les paroles par lesquelles Tapôtre saint Jean félicitait les jeunes gens de TÉglise naissante de leur fidélité à garder le dépôt sacré de la foi et à défendre leur vertu contre les attaques du malin esprit.
Toutefois, dans sa paternelle prudence et sa prévoyante sollicitude, sachant à qui il s'adressait, connaissant l'inexpérience, la faiblesse, l'inconstance de la jeunesse, et voulant, en bon pasteur, mettre ces chères brebis en garde contre les dangers qui les pouvaient menacer, l'Apôtre avait soin de les exhorter à ne point exposer et se laisser ravir les trésors de grâces reçues et de mérites acquis. Dans une série de conseils marqués au coin de la plus haute sagesse, il leur indiquait, d'une façon nette et précise, tout à la fois ce qu'ils avaient à faire et ce qu'ils devaient éviter.
(( N'aimez point le monde ni ce qui est du monde, leur disait-il... Tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie.
« Le monde passe, et sa concupiscence passe également ; mais celui qui fait la volonté de Dieu, » celui qui obéit, par consé-
quent, à sa loi, observe ses commandants, s'applique à lui plaire en toutes choses, « celui-là demeure éternellement, » car il aura part à la vie éternelle.
« Vous avez reçu du Saint des saints l'onction qui vous a éclairés et vous a fait connaître toutes les choses que vous devez savoir. Que cette onction demeure en vous ... et vous, demeurez en lui.
« Oui, mes petits enfants, demeurez en lui, afin que lorsqu'il apparaîtra, vous ne soyez pas condamnés au bannissement sans retour et à Féternelle confusion (1). »
En somme, par ces paroles et par celles qui les suivent en l'Epître citée, l'Apôtre indiquait à cette jeunesse qui lui était si particulièrement chère les grandes lignes de conduite qu'elle devait suivre, pour se montrer toujours digne de la grâce éminente dont Dieu l'avait favorisée, en la tirant des ténèbres de l'erreur pour la placer dans la splendide lumière de la vérité évangélique. Il lui traçait sommairement le plan de vie que tout disciple du Christ doit embrasser s'il veut répondre à sa vocation et seconder par
(1) I Joan. II. lo--20.
ENTRETIEN PRELIMINAIUE. '.»
sa fidélité les desseins de la divine Sagesse.
Chers jeunes gens, qui voulez être de dignes émules de cette belle et vaillante jeunesse à laquelle s'adressait, aux origines de rÉglise, « le disciple que Jésus aima »; jeunes gens qui, jusqu'ici, n'avez pas rendu vaines et stériles les grâces qu'en sa royale munificence, le Seigneur vous a si abondamment départies; vous dont l'enthousiasme, l'ardeur, les nobles aspirations, la générosité nous font concevoir de si douces espérances ; {ih ! souffrez qu'on vous le dise, et n'en soyez pas surpris, vous ne laissez pas de nous inspirer aussi des craintes bien poignantes!...
Si le mot jeunesse signifie de douces et nobles choses; s'il est synonyme de loyauté et de courage, de générosité et de dévouement, ce mot contient aussi bien des mystères troublants et des menaces terribles. 11 éveille dans l'esprit des appréhensions douloureuses et lui fait entrevoir de sombres abîmes et d'effroyables catastrophes.
(( 0 Jeunesse, fleur de la vie, mais redoutable danger pour l'àme! » s écriait saint Augustin (1).
1 1) 0 Jiivontus, flos fetalis, poriculum mentis.
Vous êtes jeunes, chers amis: comment ne pas espérer? vous disais-je tout à l'heure.
Et maintenant je vous dis : vous êtes jeunes : comment ne pas craindre?
La jeunesse n'est-elle pas Fâge de l'inexpérience et des illusions? l'âge des passions violentes et des séductions entraînantes ; l'âge des imprudences, de la témérité, de l'aveugle confiance en soi-même; l'âge de l'indépendance et, par suite, de la licence; l'âge des écueils, des tempêtes, souvent aussi des naufrages ?
Un écrivain moderne a dit : « Chaque homme, à l'entrée de sa vie personnelle et virile, traverse une crise morale qui, d'ordinaire, décide de la direction de sa vie tout entière (1). » Chers jeunes gens qui me lisez, vous êtes , pour la plupart , arrivés à cette période redoutable de la crise, période d'évolution, de transition, de transformation physiques impliquant des instincts et des besoins nouveaux, et dont les phénomènes se reproduisent, par analogie, dans l'ordre moral, c'est-à-dire dans les idées, dans les sentiments, dans les désirs, les inclinations et les actes. Le résultat de cette crise, de cette évo-
(1) p. Gratry, la Crise de la foi.
lution est l'ascension vers la grandeur morale ou bien la déchéance; l'entrée dans la voie étroite qui conduit à la gloire éternelle ou dans la voie large qui mène à l'éternelle perdition.
Chers jeunes gens, je le sais, vous voulez vous sauver et non vous perdre. Ah! combien donc il importe de vous mettre en garde contre les dangers de votre âge et de vous aider à orienter votre vie ! Combien il est utile de vous indiquer la route à suivre et les moyens à prendre pour parvenir heureusement au terme !
Ce que saint Jean faisait pour les jeunes gens de son temps, j'ai entrepris, chers lecteurs, de le faire ici pour vous-mêmes.
Résumant d'avance en un mot tout ce que j'aurai à vous exposer, dans ces pages, et réduisant tous les moyens de salut en un seul, je vous dis : Jeunes gens, voulez-vous savoir comment vous pouvez devenir des élus, et quelle sera la garantie la plus sûre non seulement de votre jeunesse mais aussi de votre vie tout entière?
Ce sera la vie chrétienne.
La vie chrétienne ! Tout est là pour vous ;
parce que tout se résume dans le Christ et qu'un « chrétien doit être un autre Christ ».
La vie chrétienne : c'est-à-dire la conformité habituelle de vos pensées, de vos désirs, de vos affections, de vos inclinations, de votre volonté, de vos actes, de toute votre conduite, aux pensées, aux désirs, aux affections, aux inclinations, à la volonté et aux actes de Jésus-Christ.
« Je suis la voie, la vérité et la vie (1), » nous dit Jésus-Christ. « Je suis la lumière du monde, ajoute-t-il, et quiconque me suit, ne marche pas dans les ténèbres ; il possède la lumière à la clarté de laquelle il parviendra à l'éternelle vie (2). »
Mais en quoi consiste, dans le détail, cette vie chrétienne, reproduction de la vie même de Jésus-Christ? Quels en sont les éléments essentiels, les devoirs principaux? Comment, vous qui avez à vivre dans le monde, en ce monde que saint Jean a qualifié de mauvais et dont Jésus-Christ s'est déclaré l'ennemi, comment réaliserez-vous suffisamment et pleinement les conditions de la vie chrétienne ?
(1) Ego sum via, veritas et vita. (Joan. xiv, 6.)
(2) Ego sum luxmundi : Qui sequitur me non anibulat in tenebris, scd habebit lumen vita?, (Joan. viii, 12.)
ENTRETIEN PUÉLIMINAIRE. 13
Les pages qui vont suivre seront la réponse à ces questions.
Puissiez-vous, chers jeunes gens, les lire avec la simplicité et la docilité d'esprit qui conviennent à des âmes désireuses de s'instruire et toutes disposées d'avance à se conformer aux enseignements qui leur seront offerts.
Dans le Livre des Proverbes, admirable recueil de conseils sur la sagesse et d'exhortations à la vertu, le saint roi Salomon parle en ces termes :
« Mon fds, si vous recevez mes paroles; *si votre oreille écoute mes conseils, vous marcherez dans la simplicité, conservant les sentiers de la Justice et vous tenant dans la voie de la sainteté... Ces conseils vous garderont et la prudence qu'ils vous inspireront vous sauvera (1).
« Mon fils, écoutez mes discours et à mes paroles inclinez votre oreille ; que mes leçons ne s'éloignent pas de vos yeux, gardez-les au milieu de votre cœur, car elles sont la
(1) Prov. II, 1, 11.
vie pour ceux qui les reçoivent et les suivent (1). »
« Mon fils, conservez les enseignements de votre père. Liez-les dans votre cœur et mettez-les autour de votre cou. Lorsque vous allez et venez, qu'ils marchent avec vous; lorsque vous dormez, qu'ils vous gardent, et lorsque vous vous réveillez entretenez-vous encore avec eux. Car ces enseignements sont un flambeau qui éclairera notre vie (2). »
A mon tour, chers jeunes gens, je vous dirai : Si, dociles aux instructions qu'au nom de Dieu et pour votre bien, je vous ai adressées dans ce livre, vous faites de votre vie une Vie Chrétienne, aussi conforme que possible à l'idéal qui vous est proposé, nul doute que vous ne réalisiez toutes les espérances que nous avons fondées sur vous. Aimant Dieu, vous serez aimés de Dieu, et ses bénédictions répandues sur votre vie comme une rosée fécondante, communiqueront à votre activité un élan efficace et à vos œuvres une valeur que ni l'ambition ni le prestige humain ne sauraient donner.
« Je puis tout en Celui qui me forti-
(1) Prov. IV, 20-22.
(2) Ibid. VI, 20-23.
fie (1), » s'écriait jadis saint Paul, Et vous aussi, chers jeunes gens, vous pourrez tout par la vertu de Celui qui est la raison, le moyen et la fin de la vie chrétienne (2).
Vous pourrez lutter et vous pourrez vaincre ; vous pourrez marcher et vous pourrez progresser; vous pourrez vous sanctifier et vous pourrez vous sauver. Davantage, vous pourrez autour de vous empêcher le mal et promouvoir le bien; vous pourrez coopérer à la sanctification et au salut de vos frères, au relèvement de la société et à la restauration chrétienne de votre chère patrie.
Jeanne d'Arc, haranguant les troupes françaises au moment d'un mémorable assaut, et s'inspirant d'un passage de nos Saints Livres (3), leur criait : « En avant, tout est votive! »
Tout est vôtre, vous dirai-je aussi; oui, tout est vôtre : jeunesse, santé, confiance, enthousiasme ; tout est vôtre : les promesses de Dieu, son secours tout puissant, ses grâces inépuisables, les exemples de son
(Ij Omnia possum in Eo qui me confortât. (Philip, iv, l:].) iî) Faciens faciès, et potons poteris. (1 Reg. \\\\, i'o.) (:>) Omnia vostra suut. (1 Cor. ni. ii.)
Fils, ce Fils lui-même « devenu pain du voyageur » ici-bas. En somme, nous avons tout dans le Christ et, dès lors, nous pouvons tout par lui.
A l'œuvre donc, chers jeunes gens, à l'œuvre et sans retard! Dans l'Epître que je vous ai citée en commençant, saint Jean dit ces mystérieuses paroles : « Mes petits enfants, cette heure-ci est la dernière heure (1). »
C'est la dernière heure ! Eh quoi ! serait-ce vrai, mes amis ? Vous si jeunes et si robustes ? Vous dont la vie promettait jusqu'ici d'être longue, seriez-vous donc déjà si près de la mort ?
Hélas! oui, c'est possible, car à chaque instant de la durée, la mort nous menace; elle vient; déjà elle est venue et, quelque soit notre âge, elle a déjà entrepris, peut-être même est-elle sur le point d'achever son œuvre destructrice...
Puisse-t-elle, du moins, vous trouver, vous aussi, à l'œuvre, à l'œuvre de votre formation chrétienne, dignes de l'éloge décerné par nos Livres sacrés au jeune homme vertueux : « Consommé en peu de temps, il a
(1) Filioli, novissima liora est. (I Joa. ii, 18.)
rempli un grand nombre de jours (l), » par la multitude des œuvres accomplies et des mérites acquis. « Heureux, a dit Jésus, celui ([ue le maître trouvera ainsi occupé (2). » Pour celui-là la mort ne sera point la mort c'est-à-dire la fin, Tirrémédiable déchéance, mais le couronnement de la Vie chrétienne et le commencement de Téternelle Jeunesse.
(1) Consummalus iu brevi, explm it tompora inulta. (Sap. IV, 1.3.)
(i) Bcatus ille servus qucm cuni vonorit Doiiiiiius ojus. invonerit sic facicntem. (Matth. .\xiv, 40.)