‹ Jeunesse et vie chrétienneChapitre 4 sur 19 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

Rolinquito infantiain, ot vivite, ot aiubulatoporvias prudenti».

Abandonnez la légèreté de l'enfance; vivez et niarcliez dans les voies de la sagesse <it de la prudence.

l'rov(M'b. IX. <i.

La vie chrétienne, envisagée dans sa pratique, suppose, avons-nous dit, des éléments divers qui, pour être d'inégale importance, n'en sont pas moins essentiels et, de ce chef, indispensables.

Or l'un de ces éléments, le premier dans Tordre logique, en l'absence duquel la pratique de la vie chrétienne n'est point possible, c'est le sérieux, Vespiil sérieux.

Vous avez souvent entendu dire, mes amis, qu'il faut être sérieux pour faire œuvre so-

lide et durable. Si cela est vrai pour les entreprises temporelles, c'est encore plus vrai pour toute entreprise spirituelle et spécialement pour Texercice de la vie chrétienne.

Être sérieux! quel mot austère pour des jeunes gens ! Quel mot grave dans un siècle aussi léger que le nôtre !

Et pourtant, ce mot il faut le prononcer et vous l'adresser, jeunes gens qui voulez vivre en chrétiens; ce mot il faut vous l'expliquer et vous en faire accepter le sens pratique.

Je pose donc en principe que pour être chrétienne, franchement et totalement chrétienne, votre vie doit tout d'abord être une vie sérieuse.

Afin que vous puissez vous bien pénétrer de cette vérité fondamendale, je vais m'efforcer de répondre aux trois questions suivantes : Qu'est-ce qu'une vie sérieuse ou, si vous aimez mieux, qu'est-ce que le sérieux de la vie? Pourquoi le sérieux de la vie? En quoi doit surtout s'exercer le sérieux de la vie?

Qu'est-ce donc que le sérieux de la vie ? En quoi consiste-t-il ?

Pour le savoir, consultons, si vous le voulez bien, Tét^'uiologie dans laquelle, comme Fa dit un auteur, se cache si souvent la line raison des choses (i).

Or le mot sérieux, tire son origine de Tadverlje latin sero, qui signifie tard. Appliqué aux personnes, il désigne quelqu'un qui n'agit point avec précipitation, d'une manière inconsidérée; appliqué aux choses, il désigne celles qu'il ne faut faire qu'après avoir pris le temps de réfléchir.

M'inspirant de cette notion générale, je vous dis : le sérieux de la vie, consiste à penser, à se déterminer, se conduire et agir, non par impression, caprice ou humeur, non par entraînement ou par la force brutale des circonstances ; non d'après les apparences et les raisons extérieures des choses, mais d'après leur raison intime, leur convenance, leur moralité, leur utilité réelles.

Être sérieux c'est avoir une conception vraie de la vie, c'est y voir autre chose qu'une partie de plaisir, autre chose qu'une comédie où chacun est appelé à jouer son rôle ; c'est y voir un enchaînement de devoirs, de luttes,

(1) Eiig. do Margeiie. Lettre à un jeune homme sur la piété. Lettre V.

d'épreuves : devoirs qu'il faut remplir, luttes qu'il faut soutenir, épreuves qu'il faut accepter.

Être sérieux c'est mettre sa conduite d'accord avec ces notions ; c'est être conséquent avec ces principes ; c'est agir conformément aux inspirations de la saine raison, de la conscience et de la foi.

Être sérieux c'est, par dessus tout, accomplir le devoir, quel qu'il soit, l'accomplir loyalement, intégralement, persévéramment, le faisant passer avant le plaisir, sachant lui sacrifier ses préférences et ses répugnances, y donnant tout le soin, toute l'attention, tout le temps qu'il mérite et réclame.

Etre sérieux implique donc un ensemble de conditions s'appelant et se complétant mutuellement; cela suppose la réflexion et l'attention, l'énergie et la générosité, l'esprit de suite et la stabilité.

Il y a loin de l'esprit sérieux ainsi entendu à cet esprit superficiel et volage qui ne se plaît qu'aux frivolités, qui ne rêve que distractions et plaisirs, qui ne se peut fixer sur aucune question importante, qui ne songe qu'à s'étourdir pour oublier le devoir, pour

se dérober à la lutte, aux nobles efforts.

Remarquez bien toutefois, qu'il ne s'agit pas, pour être sérieux, de se concentrer en soi-même, de prendre un air mélancolique et morose, de s'enfermer dans un silence farouche, de fuir la société de ses semblables.

Non, non, ce n'est point ainsi que l'Esprit-Saint entend la chose; et, tout en nous recommandant de n'être pas des enfants qui rient de tout et s'amusent de tout (1), il nous recommande aussi très expressément de « bannir loin de nous la tristesse (2), » qu'il signale comme meurtrière (3); « de nous réjouir sans cesse : car telle est, dit-il, la volonté de Dieu à l'égard de nous tous(4). »

Mais cette joie recommandée par l'Esprit- Saint n'est pas la joie vaine et ordinairement funeste qui provient de la dissipation, de la légèreté, de la frivolité, mais bien la joie dans le Seigneur dont parle FApôtre (5), celle qui

(1) Filii honiinum... jam non siraus parvuli lluctuantos, et circumferamur omni vente. . (Ephcs. iv, 14.)

(2) Tristitiam longe repelle a te : non est iitilitas in illa. (Eccl. XXX, 24.)

(3) Semper gaudete... haec est enim voluntas Dei... in omnibus vobis. (I Tliess. v, 16, 18.)

(4) Multos enim occidit tristitia. (Eccli. xxx, 2-5.)

(5) DecœterOjfratres mei, gaudete in Domino. (Philipp.ni, 1. 1

2i JEUNESSE ET VIE CHRÉTIENNE.

résulte du uoble exercice des puissances, de raccomplissement consciencieux du devoir, ou, ce qui revient au même, du sérieux de la vie.

Pourquoi le sérieux de la vie? Quelles raisons vous engagent, quels motifs vous sollicitent de le pratiquer?

Tout à riieure, pour vous faire comprendre le sens du mot sérieux^ je recourais à sa notion étymologique. A ne le considérer que dans sa physionomie française et au seul point de vue de l'assonance etdeTanalogie, ce mot semblerait impliquer Fidée de série ^ de progression. Or tout ce qu'on dispose en série tend vers un but et y achemine. Une allée d'arbres conduit à une habitation et lui sert d'avenue. Ainsi, dans l'ordre moral, le sérieux sert-il, en quelque sorte, d'avenue et conduit-il à un terme .

De cette notion analogique je tire une réponse à la question posée et je vous dis : chers jeunes gens, l'esprit sérieux vous est nécessaire, car il est l'indispensable con-

VIE SKRIEUSL. 25

clitiou pour atteindre le but naturel et le but surnaturel de la vie.

Le but naturel de la vie quel est-il? Au fait, est-il besoin devons le dire? Quel est le sujet le plus ordinaire de vos préoccupations? N'est-ce pas votre avenir? Qu'est-ce qui vous tient le plus au cœur? Vers quoi vos aspirations tendent-elles sans cesse? N'est-ce pas à vous faire une position honorable dans le monde? Mais pour y parvenir, il faut du travail, de l'application, de l'exactitude, de la persévérance ; il faut se faire une loi inflexible de ne sacrifier jamais à rien le devoir professionnel ; il faut accepter les gênes imposées à la liberté, à l'esprit d'indépendance, à l'amour du bien-être.

C'est en cela que consiste, ai-je dit, le sérieux de la vie, et celui-là est un employé, un apprenti sérieux qui entend ainsi les choses. Celui-là poursuit, avec l'espoir fondé de l'atteindre, le but naturel de la vie.

Connaissez-vous ce trait de la vie de Garcia Moreno, le Président-martyr de la République de l'Equateur? A vingt ans, il étudiait à Quito, se préparant, par un travail opiniâtre, à réaliser les nobles destinées que lui réservait la Providence , l'œil constamment

fixé sur ravenir, non en ambitieux mais en homme de devoir. Un instant, le monde essava de l'attirer : comment rester indifférent devant « ce jeune liomme de grande taille, au front large, à l'œil noir, perçant, limpide et franc? Rien qu'à le regarder toutes les sympathies lui sont acquises ; on l 'arrache à ses livres, on le presse, on entend qu'il s'amuse : il se laisse entraîner de bonne grâce, se livre tout entier à l'amusement , et le voilà en plein tourbillon... Après quelques soirées de ce genre, il se prend à réfléchir ; et, se ressaisissant avec sa fermeté habituelle : « La vie est trop courte, se dit-il, pour en perdre un seul jour en de telles futilités. » Il s'enferme, il se rase la tête comme un moine et, dans l'impossibilité de sortir ainsi : « O mes livres, s'écrie-t-il,je vous reste fidèle, bon gré mal gré, au moins pendant six semaines (1). » Par cet acte à la fois original et héroïque, Garcia Moreno venait de se remettre en état de poursuivre ce que j'appelais tout à l'heure le but naturel de la vie. Il venait de montrer ce que c'est qu'être sérieux.

Sachez-le bien, chers jeunes gens, sans

(1) Contemporains. — Garcia iMoreiio.

esprit sérieux, il est impossible de gouverner sa vie, de régler ses goûts, de former son caractère, de diriger ses affaires, d'élever une famille, de parvenir à une position prospère, de demeurer fidèle à des traditions d'honorabilité.

^'ous avez sans doute déjà rencontré des jeunes gens, des pères de famille à qui le sérieux faisait défaut, qui sacrifiaient sans scrupule le devoir au plaisir et n'agissaient que par entraînement, par boutade; ])auvres esprits vains et superficiels en toutes choses ; volontés molles et inactives, natures mobiles et fantasques ; tout était désemparé dans leur vie, tout était livré au caprice, au hasard, aux passions, parfoispeut-être à des passions iiiavoual)les... Et qui ne sait à quelle stérilité, à quelle impuissance, à quelle inutilité morales on se condamne, lorsque la frivolité exerce son empire là où devrait seul régner Tesprit sérieux?

Mais vous n'avez pas seulement un but naturel et temporel à poursuivre et à atteindre. Vous êtes des chrétiens et, à ce titre, vous avez à poursuivre et à atteindre un but plus élevé, un but surnaturel et éternel. Nécessaire

pour atteindre le premier, Fesprit sérieux, Test bien plus encore pour atteindre le second.

Ce but quel est-il? C'est la sainteté à réaliser par la fidélité à la grâce, par Taccomplissement du devoir chrétien et la pratique des vertus; c'est le salut de Tàme à assurer, c'est la vie éternelle à gagner.

Or Tœuvre de la sanctification et du salut de l'âme, n'est pas un jeu d'enfant ni l'œuvre d'un jour, comme le dit TAuteur de \Iinilation, mais bien Toeuvre combinée de la grâce divine et des efforts généreux et persévérants de la volonté humaine.

Est-il besoin de dire que cela implique de toute nécessité l'esprit sérieux, c'est-à-dire qu'on soit bien convaincu qu'on n'est pas icibas pour se reposer, jouir, passer le temps dans des amusements frivoles, mais pour travailler en vue du ciel et de l'éternité, et (( qu'il ne sert de rien à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son àme (1) »?

Tout jeune homme qui se nourrit de ces pensées , qui s'en pénètre et en fait le principe dirigeant de sa conduite, poursuit le but

(1) Quid prodest hoiniui si imiiiduni uiiiv<^r.siirii lucretur. anima? vero su» dotrimoutuia patiatiu-? (Mattli. xvi, :26.)

ME SERlEUSi:. 2'.J

surnaturel de la vie et se rend capable de Tatteindre. \'oilà un jeune homme sérieux, car il dispose tous ses actes dans la direction de ce but : il sanctifie et sau^1e son àme. En poursuivant ainsi sans relâche et sans défaillance le double but de la vie présente, il se ménage une abondante moisson d'œuvrcs utiles et honorables, de progrès, de mérites féconds dans le temps , de gloire et de joie infmies dans Téternité, et selon les paroles de nos saints Livres, « ayant semé dans les bénédictions, il moissonnera aussi dans les bénédictions (1) ».

Au double motif que je viens d'invoquer s'en joint un troisième fourni par Tétat actuel de la société au milieu de laquelle vous avez à vivre.

Chers jeunes gens, il vous faut être sérieux pour réagir eiFicacement contre l'esprit du monde, qui est un esprit léger, superficiel, frivole et inconstant.

11 n'est point nécessaire d'observer attentivement la socii'té contemporaine pour constater que la préoccupation et l'amour de la

(l)Qiii .soininat in bcnodictionibus, do bcnodictionibiis ot motet. (II Cor. ix. G.)

bagatelle, le culte de tout ce qui brille, flatte, fascine, que cet amour, ce culte régnent et dominent partout ; que cette préoccupation souveraine et aveuglante des choses futiles fait perdre de vue les biens solides, véritables, seuls dignes d'être estimés et poursuivis (1).

« Hélas ! a dit un écrivain moderne, le monde a cette désastreuse puissance de traiter sérieusement ce qui est vain et de considérer comme vain ce qui est sérieux (2). »

Et ce qui est plus triste encore, c'est de voir la jeunesse se porter en masse vers les choses frivoles et s'éloigner des sérieuses ; c'est de rencontrer tant d'insouciance et de désintéressement du bien à l'âge des fiers enthousiasmes; tant d'apathie et d'égoïsme à l'âge des généreux dévouements ; tant d'aspirations basses ou de rêves futiles à l'âge des nobles désirs et des élans sublimes!

Gomment ne point concevoir des craintes et des alarmes pour l'avenir d'une telle jeunesse? Parvenue à la maturité de l'âge, l'ha-

(I) Fascinatio eniiu nui,'-acitatis... obscurat boiia. (Sap. iv, U.) (■2) JMsr Baimard, le Collège chrciien.

bitiide de ue considérer que le côté agréable des choses, de n'aimer et de ne chercher que le plaisir, aura émoussé en elle toute aptitude je ne dirai pas au bien, mais même à Taccomplissement consciencieux des élémentaires devoirs de la vie.

Serait-ce trop dire, jeunes gens, que d'avancer que Tun des défauts du peuple français, si riche, par ailleurs, en vertus chevaleresques, c'est sa légèreté, sa frivolité, son esprit superficiel, l'absence d'esprit sérieux?

En tout cas, c'est un défaut, qu'en maintes circonstances, les autres nations ont reproché à la nôtre.

Dût ce reproche vous paraître sévère et outré, vous conviendrez qu'il n'est pas précisément injuste. Si ce défaut n'est pas universel, il est, du moins, bien général chez nous, et c'est sa généralité qui a pu donner lieu à ce reproche.

Quoi qu'il en soit, à n'envisager que la tendance actuelle des esprits, malgré les sévères leçons du passé, malgré les redoutables problèmes qui s'agitent à l'heure actuelle et dont la solution devrait préoccuper et absorber tous ceux qui ont à cœur la prospérité de notre nation, on ne voit pas qu'il y

ait présentement, en France, une diminution sensible dans ce besoin de distractions, de plaisirs, de spectacles, de lectures frivoles, qui caractérise la société moderne et la fait ressembler à un pauvre fou qui danserait sur un volcan prêt à faire éruption

Chers jeunes gens, qui aimez votre patrie à l'égal de vos mères ; jeunes gens, qui voulez contribuer à rendre la France belle , grande et heureuse ; si vous tenez à ne pas payer tribut à la légèreté de votre siècle, puisez dans la constatation de cette légèreté un motif de vous mettre en garde contre elle et de pratiquer fidèlement le sérieux de la vie.

Qu'importe qu'en agissant de la sorte, vous preniez rang dans la minorité. Un écrivain catholique de notre temps a dit : « Il faut savoir oser être du petit nombre de ceux qui conçoivent la vie de la façon la plus sérieuse et qui l'arrangent en conséquence (1). »

(1) Ollé-Lapi-iine, le Prix de la vie.

Mais en quoi devez-vous pratiquer le sérieux de la vie ?

En toutes choses, car en disant le sérieux de la vie, j'embrasse la vie tout entière, avec ses devoirs, ses distractions, ses épreuves.

Il est pourtant certains points, certains actes de votre vie où Tesprit sérieux doit s'affirmer davantage; en d'autres termes, pour (jue votre vie devieuine vraiment sérieuse, il est certaines conditions que vous devrez vous appliquer à remplir.

Et d'abord, je vous dirai : soyez sérieux dans vos pensées. Il y a une infinité de questions que tout esprit sensé et prévoyant doit se poser : questions d'intérêt général, questions d'ordre personnel, questions capitales sur nos origines, sur nos destinées, sur le présent, sur l'avenir; questions qui s'imposent à l'attention, à l'étude, et dont la solution mérite d'être poursuivie. Le sérieux de l'esprit ou la réflexion passée à l'état d'habitude favorise singulièrement cette so-

3i JEUNESSE ET VIE CHRETIENNE.

lution, pousse à la recherche des lumières d'où elle doit se dégager, pour Fapaisement des désirs inquiets de Thomme et pour l'orientation normale de sa vie. La frivolité, qui rend l'homme superficiel, néglige ces questions : mais les négliger c'est s'exposer aux déceptions les plus amères, aux conséquences les plus désastreuses.

Chers jeunes gens, entretenez dans votre esprit les pensées sérieuses; réfléchissez, appliquez-vous à résoudre les problèmes si nombreux qui se dressent à chaque instant devant vous ; habituez-vous à considérer les choses sous leurs vrais aspects; faites-vous une grande et haute idée du devoir, du dévouement, du sacrifice... C'est en cela que consiste le sérieux de l'esprit.

Je vous dirai, en second lieu : soyez sérieux dans le gouvernement de votre vie. Etre sérieux, ai-je dit, c'est avoir de l'esprit de suite et de la fixité. Or rien n'est plus instable et plus désordonné qu'une vie qui n'est assujettie à aucune règle de conduite.

Ayez donc un règlement de vie et suivezle fidèlement : sans quoi la vie sérieuse vous sera impossible.

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Ce règlement sera nécessairement soumis aux exigences particulières des circonstances, de votre position, de vos devoirs professionnels. Il sera, par suite, susceptible de dérogations partielles , accidentelles ; en temps ordinaire, vous devrez être fidèles à l'observer au moins dans ses grandes lignes et ses points essentiels.

Ce règlement exactement suivi vous prémunira contre le hasard de la fantaisie et contre la désorganisation de Texistence. Il garantira votre esprit de bien des hésitations, préoccupations, soucis, surprises, embarras et surtout de l'ennui que le désœuvrement amène ; il préservera votre cœur de bien des entraînements et votre volonté de bien des négligences et dérèglements. Pour tout dire en un mot, il sera le gouvernement de votre vie.

Réglez votre lever et votre coucher et fixez-en l'heure, sauf exceptions accidentelles et légitimes.

Réglez l'emploi de vos journées, la nature de vos occupations, si vous n'êtes déjà pris par un travail qui vous enlève la libre disposition de votre temps et 'qui en détermine lui-même l'emploi.

Réglez VOS relations extérieures, vos distractions, vos délassements, vos plaisirs légitimes, vous souvenant que tout ne vous est pas bon et que parmi les choses qui n'ont, en apparence, rien de dangereux ou de nuisible, il peut s'en trouver qui vous deviennent une occasion de chute et une source de tentations.

En fait de relations, cultivez assidûment celles de la famille, ordinairement les plus douces, les plus pures et les plus sûres, et après celles de la famille, celles que vous offrent les Patronages , les Associations dont vous êtes ou pouvez devenir membres.

Réglez vos exercices de piété, ne laissant rien au caprice du moment, à Finfluence passagère de telle ou telle cause. Il est très important que la part à donner à Dieu dans votre vie quotidienne soit prévue et déterminée, tout au moins en ce qui touche les points principaux.

Votre vie ainsi ordonnée sera sérieuse de toutes manières.

Croyez bien que vous n'en serez pas moins heureux; bien au contraire, rien n'entretient au cœur le sentiment de la paix, de la joie,

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comme le témoignage qu'on a fait son devoir, qu'on a bien employé son temps ; par contre, rien n'y entretient le sentiment de la tristesse et du nK-contentement comme le gaspillage du temps en distractions et en amusements frivoles.

J'ajoute, en troisième lieu : soyez sérieux dans vos goûts.

Donnez la préférence à ce qui est utile sur ce qui est agréaùle. Ne vous laissez pas séduire par le brillant, le clin({uant, le bizarre, le singulier, l'extraordinaire.

Par là vous échapperez au danger des dépenses inutiles, de la recherche vaine de vous-mêmes, de l'amour déréglé de la toilette, de la mode, des formes excentriques, des couleurs tapageuses.

Ah ! que tout cela dénote absence de sérieux, légèreté d'esprit, vanité du cœur! Que tout cela est indigne d'un homme, à plus forte raison d'un chrétien !

Esto vir ! Allons, jeunes gens, soyez virils et pour cela, point de ces goûts vains, mondains et, pour tout dire, féminins.

Sachez que, pour donner un temps moins considérable à votre toilette, pour adopter

JEUNESSE ET VIE CnitÉTIENNE. 3

des formes et des couleurs moins en harmonie avec la mode, vous n'en serez ni moins estimables ni moins aimables.

Je pose en fait que les gens sensés vous estimeront davantage , parce qu'ils verront en vous des jeunes gens sérieux (1).

Enfin, ajouterai-je, soyez sérieux dans l'ensemble de votre conduite.

Ilabituez-vous à réfléchir avant de parler et d'agir. Veillez à ne pas céder inconsidérément au caprice, à l'impression du moment, au besoin de paraître, de vous produire et répandre au dehors. Ne parlez pas à tort et à travers, riant et plaisantant de tout, même des choses les plus graves, passant le temps à dire des facéties, à faire soidisant de l'esprit. Vous n'aboutiriez qu'à

(1) Soyez propre et qu'il n'y ait rien sur vous de traînant l'I mal agencé : c'est un mépris de ceux avec lesquels on converse d'aller entre eux en habit désagréable ; mais gardezvous bien des afféteries, vanités, curiosités et folàtreries. Tcnoz-vous toujours, tant qu'il vous sera possible, du côté «le la .simplicité et modestie, qui est sans doute le plus grand ornement de la beauté et la meilleure excuse pour la laideur Pour moi, je voudrais que mon dévot et ma dévote

lussent toujours les mieux habillés de la troupe, mais les moins pompeux et affétés, et, comme il est dit aux Proverbes, qu'ils fussent parés de grâce, bienséance et dignité. (S. François de Sales. Iniroduclion à la vie dévote. IIP P., ch. XXXY.)

montrer le vide et la vulgarité de vos pensées, qu'à mieux faire ressortir votre nullité morale.

Est-ce à dire que vous deviez proscrire absolument de vos conversations la plaisanterie, les réparties joyeuses, les jeux de mots, les traits d'esprit? En aucune façon. Toutefois, que vos plaisanteries soient toujours de bon goût et n'offensent ni la vertu ni la charité. Que vos traits d'esprit soient fréquents, si votre caractère vous y porte; mais d'une joie franche et sans malice (1). Et n'oubliez point ce qu'a dit un profond philosophe : « Diseur de bons mots, mauvais caractère (2). »

La réserve et la dignité sont des qualités qui conviennent à la jeunesse. Elles lui font

(1) Mais quant aux jeux de paroles qui so fout clos uns aux autres avec une modeste gaité etjoyeuseté, ils appartiennent à la vertu nommée eutrapélie par les Grecs, que nous pou- \ons api)eler bonne conversation, et par eux on prend une honnête et amiante récréation sur les occasions frivoles que les imperfections humaines fournissent. 11 se faut garder seulement de passer de cette honnête joyeuseté à la moquerie. Or la moquerie pi'ovoque à rire par mépris du proiliain, mais la gaité et gausserie provoque à rire par une simple liberté, confiance et familière franchise, conjointe à la gentillesse de quelque mot. (S. François de Sales., ibid., >'h. XXVII.)

(2) La Bruyère.

comme une auréole d'honneur et la recommandent à Festime des hommes. Mettez cette auréole autour de votre front et rachetez, en quelque sorte, les imperfections naturelles de votre âge par une gravité discrète qui rehaussera votre jeunesse en lui conférant une précoce maturité.

Réfléchissez, examinez la portée et les conséquences de vos actes. Soyez prévoyants. Songez à Favenir et ne faites rien qui puisse ou le compromettre ou le rendre pour vous moins honorable.

Chers jeunes gens, avez-vous compris ce qu'est le sérieux de la vie, et vous rendezvous compte maintenant de ce qu'il y a d'exact dans ce que je vous disais au commencement de cet entretien, à savoir que pour asseoir la vie chrétienne sur des bases solides et durables, il faut commencer par être sérieux, et qu'une vie n'est chrétienne qu'à la condition d'être tout d'abord sérieuse ?

Ah ! j'aime à me persuader que vous ne négligerez point de donner à votre existence cette base indispensable et de vous appliquer à réaliser cette condition essentielle.

Dès lors, j'augure bien de vous, chers

jeunes gens. j']tant sérieux, vous deviendrez des liommes, des hommes de devoir, de caractère et d'honneur ; vous serez de hi race de ces hommes dont il est parlé dans nos Saints Livres, et « par qui s'est opéré le salut d'Isra('l » (1). Israi'l pour vous, c'est la France, la France déchue, la France égarée, la France perdue par sa légèreté, son amour immodéré des vains plaisirs, mais qui, grâce à vous, se relèvera, recouvrera son antique grandeur et redeviendra la nation glorieuse, la reine des nations.

(1) De seniino viroruiu iior qnos sains facta ost in Israël, (niarh. V, (;■>.)

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