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LE BILBOQUET

Le Bilboquet est au^si tranquille, aussi doux, aussi innocent que leDia&2e, dont il a été question ci-dessus, était

^■USS lis QSSSZs^ lorbnlent, tapageor et emporté. Aussi ce qui est violent dnre peu, et c'est ce qui failque le Diable est à peine connu de nom aujourd'hui, tandis que le Bilboquet, après avoir ea aussi ses beaux jours, lient encore une place assez honorable parmi les jouets destinés à faire l'amusement de la jeunesse. Il n'est personne qui ne sache qu'un bilboquet est composé de deux parties: d'abord d'une boule plus ou moins grosse, percée d'un trou conique qui la traverse de art en part ; ensuite d'un bâtonnet façonné, pointu d'un c&\.é, plat ou concave de l'autre , et dont la force est proportionnée it la grosseur de la . boule. Ces deux parties ne i forment qu'un tout, réunies ! qu'elles sont au moyen d'un ^ cordonnet souple et solide , qui f est attaché d'un cdié au milieu du b&lonnet, et qui, de l'autre côté, passant par le trou de la boule, s'y arrête à l'aide d'un gros nœud. L'adresse du joueur consiste à tenir le bâ- Le Bilboquet. lonnet d'une main , à placer

avec l'autre main la boule dans une position bien perpendiculaire, puis à mettre !a boule en mouvement et h lui donner une impulsion telle et si bien calculée qu'elle vienne tomber et se fixer soit sur la pointe, soit sur la parlie concave du bâtonnet, suivant le côté que présente le Joueur. Quelquefois les joueurs tordent le cordonnet en imprimant à la boule avec les doigts un vif mouvement de rotation , et , au moment où la boule tourne et où elle est ainsi moins sujette à se déranger de la direction perpendiculaire, ils la font sauter eniigne droite et la reçoivent sur le bâtonnet. Mais il n'y a que les commençants qui jouent

ainsi ; les bons, les vrais joueurs n'usent pas de cet artifice, et laissent la boule libre et immobile avant de lui faire décrire la ligne courbe qui doit Tamener sur le petit bâton. Le vieil historien L*£stoile nous dit, dans son Journal (THenri III, que ce roi de France avait un goût décidé pour le Bilboquet, et qu'il avait souvent un jouet de cette sorte à la main. Les courtisans s'empressèrent à Tenvi d'imiter le prince; la ville suivit l'exemple de la cour, et le Bilboquet jouit alors d'une grande vogue. Mais son règne ne fut guère plus long que celui du prince qui le protégeait, et, après avoir été longtemps délaissé et oublié, il reprit une nouvelle faveur sous Louis XV, à tel point que les seigneurs les plus élégants se montraient partout armés de bilboquets en ivoire, et même que les acteurs et les actrices paraissaient sur la scène en agitant avec grâce le jouet généralement adopté par la mode. II devait être assez plaisant d'entendre un Oreste ou une Phèdre exhaler tragiquement ses fureurs, un bilboquet à la main. Au commencement de la Révolution française, le Bilboquet avait encore un cerUiin crédit, lorsqu'il céda la place à un nouveau jouet connu sous le nom d'Émigrant, et dont nous allons dire quelques mots.

l'émigrant.

VÉmigrant doit son origine et son nom à des circonstances politiques. Il est né avec l'émigration, à cette époque où tant de familles s'exilèrent delà France, et, s'il lui a survécu, il n'a pas pour cela conservé longtemps la faveur avec laquelle il fut d'abord accueilli. Qu'est-ce donc que ce jouet? Deux disques en bois de buis ou d'ébène, quelquefois en métal, plus souvent en ivoire, réunis au centre par un petit boulon , et ne formant ainsi qu'une seule pièce, composent l'émigrant. Le boulon est percé

d'un trda dans lequel passe un cordonnet assez long, qui y est fixé par un de ses bouts au moyen d'un nœud. Le joueur, après avoir roulé le cordonnet autour du boulon, dans la rainure profonde et circulaire formée par la réunion dea deux disqaes, satsit dans ses doigts le boul du cordonnet qui est libre et laisse aller le jouet. L'émigrant tombe de son propre poids tant que le cordonnet se déroule, pour remonter aussitôt en roulant ce cordonnet sur lui-même, et revenir au point d'où il est parti, en vertu de la force de rotation qu'il a acquise. Il des- \ cend de nouveau , monte encore , et il continuerait incessamment ce manège, si une partie de l'impulsion qu'il a d'abord reçue n'était ' à chaque instant détruite par le frottement du cordonnet et par la résistance de l'air. Aussi lejoueur estil obligé de seconder le L'Émigrani. mouvement du jouet par le

jeu de la main, qui, en s'abaissant et en s'élevanl tour à tour, communiqueà l'émigrant une force nouvelle. Ce jouet ne constitue pas un jeu à proprement parler, el il est tout au plus bon à charmer les loisirs d'un enfant qui s'amuse seul ; aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir relégué avec le toton et d'autres jouets de cette nature au fond des boites qui renferment un assortiment complet de bochels.

Puisque nous avons nommé le Tolon, nous ne pouvons guère nous dispenser d'en dire un mot. Le toton consiste

en un petit disque de bois percé à son centre d'un trou dans lequel est passé et fixé un morceau de bois ou de fer. C'est sur ce pivot qu'on fait toumerle loton, en prenant entre les doigts rapprochés le pivot par un de seB bouts , et en lui imprimant un mouvement de rotation.IIy a des tolons qui onlquatre faces sur chacune desquellessontmarquësdes chiffres différents. Les Le loioD. joueurs font tourner le

tolon k tour de r61e, et comptent te nombre de points que marque le jouet quand il s'arrête: on additionne les points k chaque tournée, et le gain de la partie appartient à celui qui le premier a réuni le nombre de points dont on est d'avance convenu.

Toici un vrai jeu d'action, qui peut occuper en même temps deux joueurs, et les occuper dans une lutte qui ne manque ni de mouvement ni d'inlérét. On trace d'abord un cercle sur la terre, et celui des deux joueurs que le sort favorise se place au milieu de ce cercle et tient à la main une baguette, un bâton ayant h peu près 60 centimètres de longueur. Ce joueur est ce qu'on appelle le maître du cercle- Son adversaire, placé en face de lui à quelque dislance, tient un bâtonnet long de 6 ou 8 centimètres, ayant à peu près la forme d'une petite navette de tisserand, c'est-à-dire aminci vers les deux bouts et renflé au milieu. Ce joueur, nommé le servant, jette le

bâtoQiiet dans la direction du cercle et s'efforce de le faire eolrerdans le cercle même. De son côté, le maître emploie toute son adresse à repousser le b&tonnet avec son bâton, et, s'il y réussit, il sort du cercle et il a le droit de jouer trois coups de suite, c'est- &- dire qu'il peut frapper jusqu'à trois fois le bâtonnet sur l'un des bouts , de maDiëre & le faire sauter en l'air comme une sauterelle, et chaque fois il peut encore l'écarter par Le Bâtonnet. un second coup

pendant qu'Jl est en l'air. Mais après le troisième coup, i I doit regagner promptement son cercle pour le défendre, comme aussi le servant doit s'empresser d'y jeter le bâtonnet avant que son adversaire y soit rentré et soit en mesure de repousser ledit bâtonnet. Si le servant réussit, il devient à son tour maître du cercle et se fait servir. Le Bâtonnet est un des jeux qui plaisent le mieux aux écoliers, et c'est avec raison, puisqu'ils y trouvent un exercice tout à la fois salutaire et amusant.

Voici encore un exercice qui plaît singulièrement à la jeunesse, un exercice qui a résisté à tous les caprices de la mode , enfin qui a eu l'heureux privilège d'échapper aux vicissitudes des choses humaines. Les écoliers de tous les temps, de tous les pays et de tous les âges, ont pris le Cerf-volant soua leur protection, et on le voit tous les

jours poursuivre sa brillante carrière, planant au haut des airs , affrontant les nuages qui portent la pluie , la grêle et la foudre.

Le jeu du Cerf-Volant ne se compose pas de mouvements réguliers, comme la plupart des jeux d'action que nous avons déjà décrits; mais il exige la promenade, la campagne et la course, et ce sont là des titres sufQsants pour lui assurer une place distinguée parmi les exercices les plus agréables et les plus salutaires. Il n'est aucun de vous, amis lecteurs, qui ne sache en quoi consiste un cerf-volant : vous en voyez tous les jours quelquesuns, de toute grandeur, étalés dans les boutiques des marchands de jouets; vous pouvez donc les acheter tout faits, tout préparés, et n'avoir d'autre peine que de les lancer. Mais vous trouverez profit et agrément en confectionnant vous-mêmes votre cerf- volant ; ce n'est pas une opération difficile et ennuyeuse : au contraire, c'est déjà un amusement, et il y a double plaisir à se servir d'un A instrument qu'on a construit de ses

proprés mains.

Jetez les yeux sur la figure cijointe et suivez attentivement les opérations fort simples qui constituent la construction d'un cerf-volant. Procurez-vous une baguette ou une latte bien droite, d'un bois sec, léger et peu flexible, et donnez-lui une longueur proportionnée aux dimensions de la machine que vous désirez avoir. Cette longueur peut varier de cinquante centimètres à un mètre ,' et pourrait même être beaucoup plus grande ^ Vous avez déjà

1 . Voici du reste les dix grandeurs des cerfs-Tolants qui sont le

€6 qu'on appelle répine du cerf-volant, marquée AB sur la figure. Passons à Tare , dont la forme et la position vous sont indiquées par la ligne courbe CGDD. Pour faire cet arc, prenez du bois à cerceau non courbé, une baguette de châtaignier sans nœuds, que vous amincirez un peu vers les extrémités, afin de pouvoir la courber plus facilement. Cherchez exactement le milieu du bois, et, quand vous l'aurez trouvé, fixez ce point avec de la ficelle un peu au-dessous de la partie supérieure A de la grande baguette ou de l'épine. Maintenant que le bois qui doit former l'arc est solidement assujetti par le milieu , creusez une petite coche à chaque bout C, D ; attachez une ficelle à l'extrémité C, faites passer cette ficelle autour d'une échancrure pratiquée au bas de l'épine, un peu au-dessus de B, et enfin rattachez-la au point D. C'est ainsi que vous donnerez k l'arc la courbe qu'il présente dans la figure. Lorsque l'arc est assujetti à l'épine, il est important de vérifier si les deux ailes du cerf-volant sont en équilibre. A cet effet, on place la latte sur son doigt, et, en la soutenant ainsi en l'air quelques moments, on reconnaît que les deux ailes sont en équilibre, lorsque le plan reste horizontal. Maintenant, pour achever cette espèce de châssis, faites passer la ficelle de D en C en travers de l'épine, en ayant soin de lui faire faire, en passant, un tour sur la latte au point B. De C la ficelle passera au point A, où elle sera

plus habituellement construits et vendus par les marchands de jouets . N°* 10 , 1 mètre 30 cent, de longueur sur mètre 96 de largeur.

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encore tournée sur la latte pour venir s'attacher au point D. Enfin, de ce dernier point elle sera conduite au point F, oîi, après avoir été assujettie, elle remontera pour venir une dernière fois se rattacher au point G.

Voilà notre châssis achevé; mais ce n*est encore qu'une carcasse qu'il faut habiller : le vêtement ne coûte pas cher. Prenez un certain nombre de feuilles de papier, réunissez-les bout à bout au moyen de colle de pâte et de manière à avoir une surface suffisamment étendue; encollez celte surface et appliquez-y votre machine.

Maintenant, avec des ciseaux, coupez le papier parallèlement au contour de la machine, en ayant soin de réserver une marge assez large, qui sera repliée en dessus et fixée avec de la collé. Lorsque les deux côtés de la carcasse auront été ainsi recouverts , laissez sécher votre ouvrage , puis vous percerez deux trous dans l'épine pour y fixer l'attache : ces deux trous sont marqués dans la figure par G 6. U reste encore à pratiquer dans Fattache le nœud coulant par lequel doit, passer la ficelle qui servira h élever le cerf-volant dans les airs. Si ce nœud était placé trop haut ou trop bas, le cerf-volant monterait mal ou ne monterait pas du tout; il donnerait des têteSy comme on dit. Afin de s'assurer que le nœud de l'attache a été convenablement placé, on suspend en Tair le cerf-volant en le tenant par cette partie de l'attache, et il faut alors que les côtés symétriques s'équilibrent parfaitement k droite et à gauche.

Complétons notre machine en lui donnant la queue qui lui manque encore , et qui sera attachée à la partie

I inférieure de la lougue latte, au point B. La queue doit avoir au moins douze fois, et au plus vingt fois, la longueur du cerf-volant ; cela dépend du poids de la ficelle qu'on emploie , de la longueur et de l'épaisseur des morceaux de papier qui forment cette queue. Celle-ci n'est autre chose , en effet , qu'une ficelle à laquelle on attache de distance en distance, soit des morceaux de papier ordinairement plies en quatre dans le sens de la longueur, soit des cartes à jouer ou des moitiés de cartes pliées et aplaties. La queue se termine par une espèce de houppe ou de gros gland en papier découpé et frisé. Les oreilles, également en papier découpé , qu'on ajoute quelquefois aux deux points opposés de l'arc , sont des appendices tout à fait inutiles , et qui ne peuvent servir qu'à rétablir l'équilibre du cerf-volant, s'il a été mal construit. Il n'est peut-^être pas inutile d'ajouter que le poids de la queue ajouté au poids des oreilles doit toujours être beaucoup moins considérable que celui du corps du cerf-volant.

Maintenant que votre machine est complète, vous pouvez, si bon vous semble, la décorer et l'embellir en appliquant à la surface des figures découpées , des fleurs , des animaux, des oiseaux, ou bien du papier doré et argenté que vous taillez de façon à représenter le soleil, la lune et les étoiles. Vous ne vous doutez pas du reste, quand vous fabriquez un cerf-volant , que vous résolvez un problème de mécanique assez compliqué, et dont Tétude a coûté de longs calculs à un célèbre géomètre de l'Allemagne, nommé Euler. Ce savant a reconnu que, pour que le cerf- volant s'élevât, il devait faire avec le vent un angle de 54 à 55 degrés.

Vous avez sans doute pratiqué trop souvent le moyen d'enlever un cerf-volant dans les airs , pour qu'il soit nécessaire d'entrer à ce sujet dans de longs détails. Vous avez un gros peloton de bonne ficelle dont vous passez un

des bouts dans le nœud d'allache, ob vous l'arrélex solidement. Un cumarade tient le cerf-volani delwut sur sa pointe, après en avoir développé la queue en ligne droite sur la lerre; vous vous placezàquelque distance en avant, tenant k la main la ficelle, dont vous dévidez une certa ine longueur, et vous prenez rapidement votre course. Le cerf-volant semble d'abord faire quelques façons pour ^ir „^ quitter la terre ; mais

bienlAt il s'élève majestueusement dans les airs. Fournissez -lui de la ficelle tant qu'il la tirera avec force et la maintiendra bien tendue ; vous la roulerez aussitôt que cette tension se relâchera. Quand l'ascension a réussi et que le cerf- volant est parvenu à une assez grande élévation , vous pouvez vous amuser St enfiler dans la ficelle des rondelles de cartes ou de papier, lesquelles, poussées par le vent, Le Cerf-volant. montent en tournoyacl

jusqu'au cecf-volant lui-même : on appelle cela envoyer des courriers.

Il TOUS suffit d'avoir le plaisir de lancer et de voir voler au gré des vents le cerf-volant que tous avez confectionné , et vous ne vous inquiéter guère de savoir quelle est la cause qui l'a fait monter et le maintient en équilibre. Qui pourrait vous blâmer d'employer à votre amo-

sèment tout le temps destiné à vos jeux, au lieu de le consacrer à résoudre des problèmes? Permettez-nous donc de tous dire en deux mots que votre cerf-volant monte parce qu'il est tiré en deux sens k la fois : d'un côté par le vent , qui voudrait remporter bien loin en le tenant horizontal comme les nuages, et de Tautre par la corde, qui le tire pour le ramener à terre. La pauvre machine, ainsi tiraillée, ne va ni où le vent la pousse ni où la Scelle l'attire : elle suit un chemin qui se tient à égale distance des deux autres, elle monte en se penchant sur le vent, jusqu'à ce qu'elle se trouve en équilibre.

On ne connaît pas le nom de l'inventeur du Cerf- Volant; si ce nom était connu, il serait certainement en honneur auprès des écoliers de tous les pays. Il est aussi difficile de dire à quelle époque le cerf- volant a été introduit en Europe. On sait seulement qu'il est d'origine chinoise, et qu'il nous est venu de cette contrée lointaine de l'Asie, à laquelle nous sommes déjà redevables d'une foule d'inventions et de découvertes , telles que le papier, la poudre, la boussole, les vers à soie. Le Cerf- Volant n'a pas borné son rôle à être un simple jouet destiné à l'amusement de la jeunesse ; il a des titres plus sérieux à nos sympathies et à notre reconnaissance par les services qu'il a rendus à la science. Tout le monde sait que dans le siècle dernier, ce fut au moyen d'un cerfvolant lancé par Franklin vers un nuage orageux, que cet illustre savant parvint à soutirer de ce nuage des étincelles électriques et à constater l'identité de la foudre avec l'électricité. Cette belle découverte a donné naissance à l'invention des paratonnerres, destinés à protéger nos édifices contre les effets désastreux de la foudre.

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