LES CHARADES
La charade est une espèce d'énigme dont on donne le mot à deviner. Mais dans l'énigme, comme nous l'avons dit, chaque phrase, chaque membre de phrase, fournit une explication plus ou moins claire, plus ou moins ingénieuse de l'objet que le mot de l'énigme représente. Dans la charade, on divise le mot en autant de parties qu'il a de syllabes, de manière que chaque syllabe devient un mot à sens complet. On définit successivement chaque partie, puis le tout ou V entier ^ et l'on propose de deviner ce tout^ c'est-à-dire le mol que forment les parties.
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La charade est en prose ou en vers, comme l'ënigme. £n voici deux ou trois exemples qui suffiront pour vous faire comprendre en quoi consiste ce jeu d'esprit, qui est à peu près complètement tombé dans Toubli.
€ A vous, mon ami Alfred, je propose celle-ci • Mon premier se sert de mon second pour manger mon tout. Vous voyez que le mot doit être divisé en deux syllabes, que la première indique un nom d'animal, la seconde quelque chose dont on se sert pour manger, comme dent^ bouche ; et que le tout ou l'entier est quelque chose qui peut être mangé; plante^ légume ou autre. — N'est-ce pas chiendent? — Vous avez deviné juste le mot.
« Je m'adresse à vous, mon petit Jules, et je vous parierai encore en prose, malgré la rime qui terminera chacune de mes phrases : écoutez bien, réfléchissez un moment, et vous aurez bientôt deviné.
Mon 'premier est un métal précieux ; Mon second est un habitant des deux; Mon tout est un fruit très-^licieux.
« Un métal précieux, allez-vous dire tout de suite, cela peut être or ou argent, ou même fer; un habitant des cieux, c'est un saint, un ange; des fruits délicieux, il y en a beaucoup, et on n'a que l'embarras du choix. Mais comme vous avez déjà trouvé dans mon premier et dans mon second les mots or et ange, il vous est facile de composer et de trouver le tout, qui est orange,
« Maintenant, à votre tour , Edouard , et , comme vous êtes déjà assez habile dans la poésie latine, je vais vous proposer deux charades, non pas en vers latins, mais en vers français. Je vous expliquerai la première, vous devinerez la seconde.
Mon premier , chers enfants est un don de Cérès ; Parmi nos poids nouveaux mon dernier tient sa place ;
Et Ton voit la satire, en aiguisant ses traits. Pour lancer mon entier, rompre souvent la glace.
ti Cérès, vous le savez, était, selon la fable, la déesse des moissons ; parmi les dons qu'elle fait aux hommes, est le blé ; le blé vient en épis ; mon premier sera donc épi.
« Au nombre des poids qui font partie du système métrique adopté en France, est \e gramme ; c'est mon second ou le dernier de la charade.
c La satire est une pièce de vers mordants, qui semble, dans ses pensées et ses expressions, lancer des traits aigus : ces traits s'appellent épigramm^s. Mon entier, c'està-dire le mot de la charade, est donc èpigramme,
«Voyons, Edouard, devinez celle-ci, comme nous en sommes convenus.
Mon premier est, lecteur, une simple voyelle; Mon second sert d'appui pour l'objet qui chancelle. Pour la chasse mon tout, pire que les filets, Est une arme....
— Je crois, monsieur, avoir deviné le mot.
— Mais attendez donc, vous ne me laissez pas finir ma phrase. £h bien ! puisque vous êtes si habile, achevez le vers que j'ai commencé, et vous devinerez ensuite.
— Je vais essayer, monsieur.
Est une arme funeste aux hôtes des forêts
— J'aurais mis fatale au lieu à^fv/neste; mais peu importe, vous vous êtes bien tiré d'affaire. Et le mot de la charade ?
— Le mot est èpieu^ dans lequel mon premier est la voyelle é, et mon second est pieu.
— Â merveille, vous êtes passé maître. »
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