Jeux et jouets du jeune âge
On raconte qn’Henri IV ne craignait pas de se mettre par terre, à quatre pattes , pour jouer au cheval avec ses enfants. Le grand roi donnait ainsi le plus bel exemple de ce que doit être la leçon première. 11 faut qu’elle commence par la tendresse.
Les auteurs de ce livre, — ils sont deux : l’écrivain dont le travail a été court, le dessinateur et l’artiste dont la besogne a été longue, — aiment à se rajeunir au contact de deux petits êtres qu’ils chérissent, l’un comme papa, l’autre comme oncle. Ils se rappellent ce que jadis, alors qu’ils étaient enfants euxmêmes, on leur a appris de jeux attrayants et instructifs ; ils se creusent la tête pour y faire revivre les souvenirs et les joies de la jeunesse, les promenades dans les champs, en plein air sous le beau ciel, la chasse au papillon avec le filet, la cueillette des fleurs et des fruits pendant les vacances, les surprises de Noël et du Jour de l’An, les amusements du premier âge; et quand Hélène et Paul ont bien appris la leçon avec maman, ils se chargent, tout comme le faisait le bon roi, de leur donner la récréation.
Le père qui nous a élevés procédait de la même façon. Il avait pour ses enfants une amitié rare ; il ne vivait que pour eux et par eux, et il excellait à leur donner, en toute occasion, des notions utiles sous une forme attrayante, souvent amusante. C’était un précurseur un peu inconscient de l'éducation par les leçons de choses. 11 savait éveiller la curiosité à l’égard de toutes les productions de la nature ou de l’art, faisant naître ainsi dans des âmes naissantes le culte de ce qui est grand et de ce qui est beau.
L’enfant reçoit avec une étonnante sensibilité d'impression les faits qui lui sont présentés et les objets qui lui sont montrés; aussi est-il indispensable de ne lui dire que de bonnes choses, et de ne lui faire voir que des objets gracieux. Il faut attacher de l’importance aux plus petits détails de la vie intérieure, de la promenade, du travail et des jeux; il n’est pas indifférent d’orner
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la chambre des enfants, la nursery , suivant l’heureuse expression anglaise, d’images artistiques qui charment les yeux et donnent le spectacle de scènes riantes. La vie tout entière de l’homme se ressent des premières impressions de l’enfance.
Depuis quelques années, le mode d’enseignement de la première jeunesse a réalisé des progrès d’une haute importance. Le matériel de l’école et du lycée se perfectionne, le maître s’améliore, et on ne saurait trop applaudir surtout au développement considérable que prennent les leçons de choses, dont nous venons de prononcer le nom. A quoi bon des systèmes spéciaux et des machines encombrantes pour donner les premières notions de la science? Pourquoi, par exemple, des appareils à houles, nommés bouliers , pour apprendre la numération? Si vous voulez inaugurer l’étude des nombres, prenez les premiers objets venus, des cailloux, des graines ou même des boutons. Comme l’a très bien dit un de nos maîtres de l’enseignement élémentaire : « Point d’appareils, des objets. Ce que les enfants voient le mieux dans les appareils, ce sont précisément les accessoires. Le cadre les empêche de voir le tableau. »
Après les Leçons de choses ; ne craignez pas de recourir à /’ enseignement parles jeux ; faites comprendre que l’histoire de la nature, que l’étude des fleurs, des insectes et des bêtes de toute espèce, bien loin de constituer des sujets arides et ingrats, sont au contraire de véritables récréations pour tous les âges, pour la jeunesse comme pour l'âge mur. Donnez à la Physique, à la Chimie, à la Mécanique, la forme qui convientà la jeunesse; enseignez-en les principes avec des objets usuels, avec des fleurs, avec des jouets, vous attirerez les petites intelligences vers l’étude et la pratique de la science ou des travaux utiles.
Montrez à l’enfant à se servir de ses doigts, à confectionner lui-même les jouets ou les appareils dont il aura besoin; donnez-lui l’habileté manuelle; c’est le plus beau cadeau qu’il pourra recevoir de vous.
L’accueil si favorable qui a été fait, non seulement par le public, mais par les hommes de science, à notre ouvrage les Récréations scientifiques dont la quatrième édition vient de paraître, et dont l'Académie française a consacré le caractère de livre utile, en lui donnant un de ses prix Montyon, nous a suggéré l’idée d’entreprendre pour le premier âge ce que nous avions tenté de faire pour les jeunes gens.
Le livre que le lecteur a sous les yeux, malgré sa forme essentiellement récréative et amusante, a la prétention d’être aussi, en quelque sorte, un petit essai de physique sans appareils. Spécialement
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écrit — c’est plutôt dessiné que nous devrions dire — pour les eufants, il s'adresse cependant aussi aux. parents. Voici comment. Parmi nos jetix et nos jouets, il en est un certain nombre dont la confection ou l’acquisition nécessite le concours de papa ou de maman; nous devons donc indiquer à ces derniers ce qu’ils doivent faire, avant de nous adresser aux petits lecteurs.
L’étude de la nature est celle qui doit précéder tout enseignement. Elle a le mérite incomparable de s’exercer au dehors, à la campagne, au grand air et de développer les forces physiques aussi bien que l’intelligence. Voilà pourquoi nous avons consacré notre premier chapitre aux fleurs et aux fruits. Nous les présentons (pages 14 et 15) sous forme de jouets, d’une poupée faite avec un coquelicot, d’un bateau confectionné au moyen d’une coquille de noix, ce qui n’exclut pas la petite leçon de botanique, la notion des pétales, des corolles, du pistil, etc., et nous leur avons donné, d’autre part, l’aspect d’objets utiles, de paniers que l’enfant doit confectionner lui-même, premier exercice de travail manuel. Un peu plus loin, le lecteur trouvera des indications sur le jardin d’appartement (pages 38 et 39) si charmant à soigner et à cultiver pour les jeunes filles.
Les fleurs dans la maison, le soin des bouquets et leur confection, feront naître le goût du jardinage à la campagne. Ou sera conduit de là à la confection des herbiers au sujet desquels nous allons donner quelques recommandations.
Les herbiers. Les fleurs recueillies peuvent être séchées entre des feuilles de papier brouillard bien poreux, ou de papier à filtre que l’on soumet à une certaine pression, soit avec de gros livres qu’on y superpose, soit avec une presse; on renouvelle l’opération à plusieurs reprises après avoir changé les papiers et en opérant autant que possible dans un air sec. Quelques botanistes plongent d’abord les feuilles dans l’alcool, et les y laissent séjourner pendant une journée ; d’autres les trempent dans l’eau bouillante en opérant à l’abri de la lumière; immédiatement après cette immersion, les fleurs doivent être baignées dans l’eau froide, séchées entre
des feuilles de papier brouillard et mises à l’étuve. Les plantes, après avoir été aplaties par la pression, sont conservées sur une feuille de papier blanc ; la tige est passée dans de petites bandelettes que l’on a taillées dans du papier, qui est ensuite collé dans un grand cahier en forme d’album. Les noms et la provenance de la plante doivent être soigneusement inscrits à chaque page.
La collection d'insectes et de papillons. — Après l’étude des plantes viendra celle des bêtes, et notre ménagerie (pages 26 et 27) donnera un spécimen de ce qu’il est possible de faire. Le filet aux papillons et la boîte de l’entomologiste devront être les principaux outils du petit naturaliste. Ces objets sont trop connus pour que nous en donnions la description. Nous recommanderons aux parents d’avoir soin que leurs enfants ne pratiquent pas l’inutile supplice de l’insecte empalé par une épingle. Ayez un bocal dans lequel vous aurez versé quelques gouttes de sulfure de carbone, placez-y l’insecte ou le papillon captif; ils seront asphyxiés presque subitement et la torture se trouvera réduite à quelques secondes.
La volière et F aquarium. — Rien n’est plus utile que d’enseigner aux enfants à élever des bêtes, des oiseaux dans une volière, ou des poissons dans un aquarium. Il faut leur apprendre à aimer les animaux et cà ne pas leur faire du mal; l’occupation que nécessitent les soins qu’on leur donne est une distraction salutaire et agréable. On peut à la campagne réunir d’une façon très curieuse la volière et l’aquarium.
Voici comment il faut s’y prendre :
On se procure une cloche à melon; on la retourne de manière à en faire un grand vase que l’on remplira d’eau. Cette cloche est placée sur un support de bois qui trouvera sa place dans le jardin. On met dans le vase un grand bocal de verre, au fond duquel on a placé une rondelle de plomb épaisse, pour lui donner du poids. Ce bocal où l’on tixera une tige de bois munie de perchoirs, servira de cage
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à des oiseaux, tels que chardonnerets ou serins. On remplira d’eau la cloche à melon autour du bocal, et on y placera des poissons rouges. Au-dessus de l’appareil, une grille servira de support à quelques pots de fleurs. On conçoit que cet aquarium-volière, très facile à confectionner soimême, et sans grande dépense, offre un aspect curieux, puisqu’il montre des oiseaux au milieu de l’eau ; on les voit sauter sur leurs perchoirs en compagnie des poissons. L’effet est extraordinaire et tout à fait original.
Au fond de la cloche à melon, autour du bocal, on placera des pierrailles et des coquillages, et l’habitation de verre des oiseaux pourra être également ornée de fleurs et de fruits.
La physique et la mécanique. — Nous inaugurons l’étude de la physique avec les ballons et les cerfs-volants. Quelle amusante leçon pour les enfants! Et les ombres chinoises! Voilà assurément une manière d’enseigner les premières notions d’optique qui ne manquera pas d’être appréciée. Les vieilles cartes à jouer dont on ne se sert plus nous seront d’un précieux concours; outre les savantes constructions qu’elles nous permettront d’apprendre, elles nous fourniront l’occasion de donner la première leçon de dessin. Les petits travaux manuels devront prendre une forme attrayante aussi bien pour les petits garçons que pour les petites filles; les jeux de décalque ou de broderies ne seront pas, à l’heure du mauvais temps, les moins agréables et les moins utiles.
Les joujoux nous serviront à enseigner la mécanique ; il en est qui sont des merveilles d’ingéniosité et d’adresse, et les enfants ne sont pas les seuls qui ont à s’instruire en visitant le magasin de jouets; parmi ceux-ci, la lanterne magique et les appareils de projection sont assurément ceux qui peuvent rendre les plus grands services à la méthode d’enseignement par les jeux (pages 34 et 35). Il est facile de les employer pour projeter des objets instructifs, tels que des appareils de mécanique ou de physique.
La chimie. — Cette science peut offrir de grandes res-
sources aux jeux et aux amusements du jeune âge; mais elle est quelquefois dangereuse, et c'est surtout aux parents qu’il appartient de la mettre à profit. Nous présenterons quelques-unes des applications qu’on en peut faire.
Feux d’artifice. Flammes du Bengale. — Nous donnons dans le chapitre des jeux de société la reproduction d’un feu japonais (page 44, n° 1), formé comme on le sait de petites mèches que l’on allume à la flamme d’une allumette. Quand le feu a pris, on voit naître peu à peu une boule de feu d’où jaillissent une série d’étincelles brillantes, offrant l’aspect d’une véritable couronne d’aigrettes d or.
Les mèches japonaises, qu’il ne serait pas très facile de confectionner soi-même, se trouvent chez la plupart des marchands de jouets ou de chinoiseries.
Nous allons faire connaître à nos lecteurs la recette de deux feux colorés qui, allumés dans un petit pot de terre, produiront les jolis effets des flammes du Bengale.
Le feu rouge est formé d’azotate de strontiane, 38 parties; de chlorate de potasse, 30 parties ; de soufre, I G parties, et de noir de fumée, G parties. Chaque substance bien desséchée doit être broyée à part en poudre fine, et le mélange doit se faire par le tamisage exécuté à plusieurs reprises.
Le feu vert s’obtient en remplaçant, dans la formule précédente, l’azotate de strontiane par l’azotate de baryte.
Serpent de pharaon. — Au-dessous du feu japonais, on voit représenté (page 44, n° 2) le serpent de pharaon, qui, lorsqu’il est allumé, se boursoufle, s’allonge et déroule ses replis tortueux à la façon d’un reptile. Voici comment on peut l’obtenir :
On verse dans un verre une dissolution étendue de nitrate acide de mercure; on y ajoute du sulfocyanure de potassium. 11 se forme un abondant précipité blanc de sulfocyanure de mercure, que l’on recueille par filtration. Quand le sulfocyanure de mercure est rassemblé sur le filtre, on le lave à l’eau, on le fait sécher au bain-marie, ou dans une étuve, puis on le triture avec de l’eau gommée additionnée d’une petite quantité de nitrate de potasse. La pâte obtenue est façonnée en cônes (pie l’on fait sécher une seconde fois. Le serpent de pharaon est préparé, et le phénomène se produira sous la simple action d’une allumette.
Les substances qui servent à préparer le serpent de pha-