‹ Jeux et miracles pour le peuple fidèleChapitre 36 sur 38 · LE VRAI SAINT NICOLAS · texte numérisé non relu

LE VRAI SAINT NICOLAS

Nos deux bandits vont s'amuser. {Au faux.) Habillez-moi. La chasuble. (// s'en revêt.) La mitre. (L'autre Ven coiffe.) La crosse. (// la prend. L'autre fait

un geste pour donner sa barbe.) Je n'ai pas besoin de la barbe. La mienne me suffit. — Mais retirez-la. {Le faux saint Nicolas retire sa barbe en se détournant.) Et regardez-nous, maintenant ! (// se montre.)

M. DUPOISON

C'était moi... J'ai voulu m'amuser... Mais je ne suis pas présentable.

SAINT NICOLAS

Ces Messieurs auxquels je vais vous remettre auront de quoi vous habiller.

M. DUPOISON, tombant à genoux

Pitié! pitié! grand saint!... Ayez pitié d'un mécréant qui commence à croire...

SAINT NICOLAS

Oh! si cela est, M. Dupoison, ce mauvais tour ne vous a pas mal réussi. Vous abjurez ?

M. DUPOISON

J'abjure le démon... j'abjure le triangle... j'abjure Robespierre et Etienne Dolet...

SAINT NICOLAS Et Isidore Balanchard...?

M. DUPOISON

Il n'aura pas un sou de moi pour sa statue. Je retire les cent sous que j'avais souscrits.

SAINT NICOLAS Vous n'êtes pas large pour vos saints.

M. DUPOISON

Je le serai davantage pour vous... Mais que les brigands se retirent !

Alors que ferez-vous pour moi ?

M. DUPOISON

Je promets de vous respecter... de vous aimer... de vous prier...

SAINT NICOLAS

De suivre ma statue en portant un cierge, le jour de la procession...

M. DUPOISON

En portant un cierge... deux cierges... un dans chaque main... entendu ! Mais que les brigands se retirent !

SAINT NICOLAS

On ne vous en demande pas tant. (Le relevant.) Je vous bénis, mon fils. Allez maintenant présenter vos

excuses à M. Verdanchet dont vous n'avez pas eu pitié. Il vous pardonne. (// obéit.)

M. DUPOISON

Mon bon M. Verdanchet, que je vous embrasse !... Je suis confus... confus...

M. VERDANCHET, qui s est levé Je n'ai pas de rancune, voisin.

M. DUPOISON, s efforçant de rire

Ah ! ah ! ah ! Entre nous... ce n'était pas ma! imité?...

Oh ! très mal, M. Dupoison; et il fallait un simple comme moi pour s'y laisser prendre. D'ailleurs, vous pouvez comparer. Pour imiter les saints dans leurs manières, je crois qu'il faut d'abord imiter leurs vertus.

SAINT NICOLAS, aux bandits

Quant à vous, bandits, je vous tiens quitte. (Les bandits veulent ressortir par la fenêtre.) Non ! poussez les volets, refermez la fenêtre et sortez, comme tout le monde, par la porte. Vous viendrez poser un carreau demain et vous tâcherez d'être convenables avec Monsieur. (Les bandits obéissent.) Laissez vos couteaux, je vous prie. Allez ! et n'y revenez plus ! (Ils sortent.)

M. DUPOISON Ah ! je respire ! — Je puis monter me rhabiller.

SAINT NICOLAS Ce sera plus décent.

M. DUPOISON

A tout à l'heure donc. (// remonte /'esca/ier et disparaît.)

SAINT NICOLAS Voilà une belle séamce !

M. VERDANCHET O grand saint!... O grand saint!

SAINT f ::oLAS

Je vous rends vos affaires. Vous y tenez... et je n'aime pas porter du faux. (// se dépouille, aidé par M. Verdanchet.) Merci. (// reprend son chapeau, son sac et son bâton.)

M. VERDANCHET Vous restez encore un moment.

SAINT NICOLAS Rien ne me presse.

M. VERDANCHET

J'ai besoin de vous voir en paix... après toute cette mascarade... Asseyez-vous, grand saint.

SAINT NICOLAS Volontiers. (// s assied.)

M. VERDANCHET, 5e plaçant en face de lui Comment vont mes garçons ?

SAINT NICOLAS

Le mieux du monde. Dans le ciel de Dieu, il n'y a pas de maladies. Ils contemplent, ils aiment, ils louent... On vient de les mettre dans le même chœur.

M. VERDANCHET Ils chantaient déjà bien...

SAINT NICOLAS

Ils chantent beaucoup mieux encore... Quand je rentre de mes tournées, je reconnais de loin, entre mille, dix mille, cent mille, leurs trois voix mariées, mais distinctes entre elles, comme elles sont distinctes des autres... Car si l'Eglise triomphante est une, chaque homme s'y retrouve avec ses traits particuliers.

Et quand, le matin et le soir, la prière du vieil homme monte, elle s'accorde parfaitement avec celle de ses enfants.

M. VERDANCHET

Continuez, continuez, saint archevêque I Est-ce donc qu'ils prient pour moi ?

SAINT NICOLAS

Sans cesse. Et selon vos besoins; car ils sont avertis de tout. Ce sont eux qui m'ont prévenu les premiers de ce qui se tramait en secret ici...

M. VERDANCHET Pas possible, grand saint!

SAINT NICOLAS Alors...

M. VERDANCHET Alors ?

SAINT NICOLAS Mon Dieu... j'ai fait le nécessaire.

Orsa}), 25 février 1922.

La fête de saint Nicolas, archevêque de Myre, est célébrée le 6 décembre.

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