‹ Joachim Du Bellay ..: documents nouveaux et ine?ditsChapitre 3 sur 8 · LE PETIT URÉ. — AKCEVINS ET BRETONS DE LA LOIRE · texte numérisé non relu

LE PETIT URÉ. — AKCEVINS ET BRETONS DE LA LOIRE

El je peouïi m»! ce que pensait Uljtie,

Qu'il n'esloit rien plus doux que voir eiicor' un jour

Fumer u cheminée etaprtiloag tfiaur

Se Tel ranger ta sein de m len« nourrice.

{Lei RegTctt, lonnet LX'.t

Tous les biographes de Joachim du Bellay s'accordent, sur la foi de ses vers, à le faire naître à Lire', mais aucun d'eux ne semble s'Stre rendu compte de la position géographique de ce petit bourg d'Anjou. On va en pèlerinage aux Charmettes, à la fontaine de Vauduse, k Ferney, mais on dédaigne le petit village de Joachim du Bellay.

Pourquoi? peut-être parce qu'il a plu un jour à Sainte-Beure d'écrire dans son Tableau de la poésie prançaise au XVI*> siècle, « qu'il n'y avait pas de restes authentiques de l'ancien manoir du poète, et que tout ce que l'on savait de lui, à Lire, c'est qu'un grand homme y avait vécu jadis (i) ». C'est pourtant ainsi que se font les légendes. Je me demande où Sainte- Beuve avait puisé ces renseignements. M. Becq de Fouquières, qui, évidemment, s'en est rapporté au critique des LundiSy place Lire aux environs d'Angers (2). Pourquoi pas aux environs de Nantes ? Lire est à douze lieues d'Angers, comme le fait remarquer Sainte-Beuve et après lui M. Marty-Laveaux dans sa belle édition des œuvres françaises du poète angevin (3), tandis qu'il n'est qu'à dix heures de Nantes.

Il me semble que Sainte-Beuve, d'ordinaire si précis dans les plus petits détails, aurait pu trouver entre Angers et Nantes, s'il s'était donné la peine de consulter la carte de la Loire, une ville assez importante et assez voisine de Lire pour y rattacher ce petit bourg.

Ancenis était désignée d'avance, puisqu'elle n'est qu'à un demi-kilomètre de Lire et que les du Bellay, seigneurs de Lire, partageaient autrefois le droit de péage et de pontonnage sur la Loire avec les barons d' Ancenis.

M. Marty-Laveaux et les autres biographes de Joachim du Bellay diront peut-être que le poète n'a jamais parlé d' Ancenis dans ses vers, et que sans cesse

(r) Edition Charpentier, 1869, page 353.

(3) Œuvres choisies de Joachim da Bellay, Charptntier, éditeur.

(3) La pléiade f collection Lemerre.

au contraire, le nom d'Angers lui vient à la bouche. Cela est vrai, mais s'est-on demandé pourquoi ? La vie du poète reflète souvent la vie d'un peuple aussi fidèlement que le fleuve reflète Tombre de ses bords. Quand on a vécu sur les rives de la Loire et que Ton connaît rhistoire d'Ancenis, on s'explique sans peine l'oubli — volontaire ou non — du poète angevin. La Bretagne et l'Anjou ont toujours été plutôt rivales qu'amies. Même pendant la guerre de Vendée où cependant elles soutenaient une cause qui leur était également chère, elles ne purent faire taire tout à fait leurs ressentiments , et c'est une des raisons qui précipitèrent la fin d^astreuse de leur campagne contre la République.

Séparées entre Ancenis et Lire par les eaux de la Loire, elles eurent le malheur de servir trop tard des intérêts politiques adverses. L'homme élargit en quelque sorte le fossé de la nature. L'Anjou était depuis longtemps déjà réunie à la France que la Bretagne et tout particulièrement Ancenis qui en était la clé se débattaient encore sous le joug de l'étranger. On comprend donc que du Bellay ait omis, en parlant de son petit Lire et de son Loyre gaulois de prononcer le nom d'une terre qui n'était française que d'hier et dont les ducs et les barons avaient guerroyé si longtemps contre la maison ducale d'Anjou. Et d'ailleurs le poète était de ceux qui mettent la France au-dessus des querelles et des jalousies de clocher; l'amour du pays natal ne lui sufiBsait pas ; il avait besoin, pour satis&ire son âme ardente, de cette chose indéfinissable et sublime à laquelle il avait le premier donné le nom de patrie ! Aussi, quand il écrit de Rome à Ronstfrd, à

VOUS met la tête si près du bonnet, mais on ne chante pas les mêmes chansons.

Les deux pays ne se distinguent guère, d'ailleurs, que par [la coiffure des femmes. Les filles d'Anceni portent le serre- tête et celles de Lire le bergot. Lebergot est long et quelque peu pointu, à la façon des coiffes normandes. Le serre-tête est un petit bonnet de deux sous qui, posé sur la nuque, donne à la figure encadrée de bandeaux un petit air coquet que le bergot n'a pas ; mais les filles d'Âncenis deviennent chaque jpur plus infidèles à leur coiffure si gentille. ElUes ont commencé par l'enguirlander de marguerites et de rubans tressés, et puis, trouvant sans doute que les fleurs ne leur allaient pas mal, elles ont planté là peu à peu leurs mignons serre-tête, les unes pour adopter cet affreux bonnet de linge qui papillotte sur toutes les têtes des bonnes de Paris, les autres pour coiffer cet horrible chapeau bourgeois qui varie entre la capote et le parapluie chinois, et a cet avantage d'être toujours à la mode de l'année dernière. Seules, les femmes du peuple, les mères de famille ont gardé la dormeuse héréditaire. C'est tout ce qui restera demain de la coiffore du temps passé.

Comme caractère, il y a peu de ressemblance entre les deux rjves. Les allures sont paisibles et nonchalantes sur la rive droite, mais, comme on dit, il ne faut pas se fier à l'eau qui dort. Les Bretons d'Ancenis ont plutôt « l'air marin que la doulceur angevine, » et, sous leur enveloppe lourde, ils cachent une grande agilité. L'œil rumine le plus souvent, mais un rien l'allume; ils sont sensibles jusqu'à l'excès, et, quand on les

blesse, ils frappent dur et dru, les femmes de la langue les hommes du poing. Du reste, ils n'ont pas de rancune et secourent volontiers leur prochain.

Les Angevins sont plus mielleux et sentent plus la culture. Ils sont plus fins, mais moins francs peut-être. Chez eux le regard est plus mobile et plus doux; ils causent davantage et sont plus hospitaliers ou du moins plus affables. Leur huche est ouverte à tout venant. Cela vient sans doute de ce qu'ils ont plus d'aisance. Les Angevins sont un peuple de vignerons, les Bretons sont un peuple d'ouvriers. Les uns possèdent ce qu'ils cultivent, les autres travaillent à la semaine pour le compte d'autrui. — Diffe'rence de vie et de mœurs. — Ce qu'ils ont de commun c'est la superstition. Pas de danger que des deux côtés du fleuve on entame jamais un pain sans lui faire une croix sur le dos, ou qu*on le couche sur le ventre ; vous ne verrez jamais sur une table la fourchette et la cuiller posées en croix ; malheur à qui renverse la poivrière 1 malheur à qui fait la lessive le Vendredi-Saint 1 tout drap de lit blanchi ce jour-là devient un suaire dans le courant de Tannée. Le travail commencé le samedi ne vaut rien; un jour entre deux fêtes n'enrichit ni compagnon ni maître. Ils sont buttés là-dessus comme sur une vérité de l'Evangile, et il ne faudrait pas les en plaisanter.

Voilà pour les mœurs. Il y a encore une petite différence de prononciation. Les Bretons accentuent davantage leurs mots et font sonner le t final, c'est ainsi qu'ils disent : un pott^ du laitt^ un sabott, pour un pô^ du /^, un sabâ ; ils traînent leurs phrases comme leurs

lO NOTICE SUR JOÀCHIM DU BBLLAY

personnes et chantonnent en parlant. Dans les mots où deux voyelles se rencontrent, ils mouillent généralement la première ; ils diront par exemple Leillon pour Léon ; Liards pour Léards (petit port de Lire).

Les Angevins ont bien un peu de ces défauts, mais c'est moins apparent. Chose curieuse, des deux côtés de la Loire on semble affectionner certains mots qu'on trouve surtout au XVI« siècle dans Joachim du Bellay.

On dira d'un toit qui croule, qu'il c/rei//; d'une chose qu'on va chercher, qu'on va la qu'rir ; qu'un homme est mal en poînct pour laisser entendre qu'il est en mauvaise santé; qu'on remasche une histoire, pour dire qu'on la repasse en son esprit ; qu'on espère quelqu'un, pour signifier qu'on V attend (i).

Il en est des langues comme des champs de blé : on a beau trier le bon grain, il s'y mêle toujours des herbes parasites.

(i) Voir plus loin les termes et locutions du XVI* siècle en nstge sur les bords de la Loire.

LE CHATEAU DE LA TURMEUÈRE. — ORIGINES DE LA FAMILLE DU BELLAY. — GÉNÉALOGIE DE LA FAMILLE. — LES RUINES DU MANOIR DU POÈTE.

Cela dit, je me hâte de vous conduire c au plaisant séjour » de Joachim du Bellay.

Jadis on y arrivait par un dédale de petits chemins de traverse, bordés de mûriers sauvages et de pruneliers, que les vignerons avaient dessinés en zigzag le long de leurs clos de vignes ; aujourd'hui le poète des Regrets pourrait s*y rendre en voiture par la route départementale. Cette route traverse dans toute sa longueur le bourg de Lire, — joli petit bourg qui se précipite du haut en bas de la colline où il est étage jusqu'au port des Léards où s'abîmèrent sous les boulets de Westermann les débris de Tarmée vendéenne, — et, le bourg passé, elle se divise en plusieurs bras. Là, vous tournez bride à droite et vous arrivez, au bout d'une demiheure, devant le château de la Turmelière, ancien manoir de Joachim du Bellay; car, quoi qu'en aitdit Sainte-* Beuve, il y en a des ruines authentiques, et si personne ne se souvient d'un grand homme qui y vécut jadis ^ il

la Noncx

n'en est pas moins certain que Joachim du Bellay est né au manoir de la Turmelière.

La famille du Bellay tire son nom comme son origine de la terre seigneuriale et du château du Bellay, situés commune d'Âllonnes - sous - Montsoreau (Maine - et - Loire). Déjà considérable au xiii« siècle, elle devint célèbre au xvi« par le cardinal du Bellay et surtout par notre poète. Joachim du Bellay était le fils cadet de Jehan du Bellay, seigneur de Gonnor, qui devint seigneur de Lire et de la Turmelière par son mariage avec Renée Chabot, dame des dits lieux.

Le fief de Lire, seigneurie de paroisse, avait été, avant la naissance de Joachim, réuni au fief de la Turmelière qui était devenu le château seigneurial. C'est donc dans ce château qu'est né notre poète, et, comme il est situé dans la paroisse de Lire et que le nom de cette seigneurie était toujours joint à celui de la Turmelière en le précédant, on a pu dire en toute vérité qu'il était né à Lire, puisqu'il avait vu le jour au nouveau chef-lieu du fief de Lire.

Du reste, les archives conservées au château de la Turmelière donnent la suite, sans la moindre lacune, des anciens propriétaires et seigneurs de ces deux grands fiefs, ainsi que le mode de leur transmission.

Jusqu'au milieu du xv« siècle, ils appartiennent à la famille d'Avoir.

En 1435, Perceval-Chabot en hérite par alliance.

En 146a, ils passent aux mains de Jehan Chabot.

En iSai, Jehan du Bellay, père de Joachim du Bellay, en devient le seigneur et maître, par suite de son

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mariage avec Renée Chabot, dame de Lire et de la Turroelière.

A la mort de Joachim du Bellay, ce domaine seigneurial revient à Catherine du Bellay, la nièce du poète, qui épouse, en iSgo, Christophe du Breil, qui, lui-même, a deux fils, Claude et Georges du Breil. Ce dernier devint propriétaire des deux fiefs en 1634.

En 1664, Jehan de la Bourdonnaie, chevalier, seigneur de Braz, épouse Marie du Breil, nièce de Georges du Breil, qui lui apporte en dot les biens de Lire et de la Turmelière.

En 1792, nous les trouvons aux mains de François de la Bourdonnaie.

Enfin le 25 janvier 1772, Charles Bertrand de la Bourdonnaie, chevalier, ancien officier de gendarmerie, les cède à Pierre Thoinnet, écuyer, conseiller, secrétaire du roy au parlement de Bretagne, bisaïeul de M. Charles Thoinnet de la Turmelière, député, ancien chambellan de Napoléon III, lequel en est propriétaire aujourd'hui.

Comme on vient de le voir par Tenchaînement des successions et la généalogie des familles, il n'est pas douteux que la château de la Turmelière ait appartenu à Joachim du Bellay et qu'il y soit né.

Ce château construit à deux cents mètres de la route, se dérobe aux regards derrière un magnifique rideau de verdure, et, n* était le calvaire rustique qui s'élève à l'entrée du parc, il passerait inaperçu. De ce calvaire, simple croix de bois dressée sur un autel de pierres, le coup d'oeil est véritablement magique. La colline dont il occupe la crête, s'incline doucement, amoureusement

jusqu'à la Loire et permet au regard d'embrasser la vallée dans toute son étendue et de fouiller les plus petits accidents du terrain. Plus de forêts, comme autrefois,

Qui leurs chevelures vives Haussent autour de ses rives (i).

Le fleuve n'a qu'une légère bordure de saules et de peupliers, peu d'ombre par conséquent. Çà et là, quelque flèche d'église émerge d'un bouquet d'arbres, ou, sur un mamelon découvert, quelque moulin à vent fait tourner ses grands bras dans le ciel.

Âncenis occupe le centre de ce vaste paysage qu'elle ^aie avec la mosaïque de ses toits, mosaïque de trois couleurs dans laquelle le bleu de « l'ardoise fine » se marie au rouge de la brique et à la neige aveuglante de la chaux. C'est la seule tache éclatante que la main des hommes ait répandue sur le tapis vert de ce riant vallon. Ancenis ressemble à une bacchante qui, fatiguée de la vendange, viendrait se laver les pieds dans le fleuve ; c'est dans le lac que je devrais dire, car les eaux de la Loire sont tellement calmes en cet endroit qu'elles paraissent dormir ; c'est à peine si le courant peut emporter la toue légère du pêcheur, et, le soir venu, les étoiles doivent se demander quel est cet autre ciel qui leur sourit au fond de l'eau.

Il va sans dire que ce tableau n'est pas le portrait du fleuve, hors de son lit. Alors il est méconnaissable. Ce n'est plus le miroir tranquille, encadré de verdure ; c'est une mer furieuse, couleur de lessive, qui se préci-

(i) Let louanget WAt^ou.

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pite avec la rapidité et le bruit des torrents. Ce qu'il caressait hier, il l'arrache aujourd'hui. Les jetées et les digues, rien ne l'arrête; il monte, il monte comme le déluge, avec une telle vitesse que les riverains ont à peine le temps de se sauver. Il déracine les arbres, emporte les maisons, rompt les digues, éventre les jetées, dévalise les campagnes et sème la désolation partout où il passe. Tel est le fleuve en colère, le fleuve des mauvais jours; encore une fois, je ne peins ici que la Loire au repos.

Joachim du Bellay a dû, plus d'une fois, reposer ses yeux sur cette toile enchanteresse à laquelle il ne manque que l'azur du ciel d'Italie pour ressembler au lac de Corne. Quel autre paysage aurait pu lui inspirer les jolis vers qu'il a consacrés à l'Anjou ?

Le manoir t basty par ses aïeux » offre encore des ruines importantes, et il est probable qu'il serait demeuré debout s'il n'avait été incendié en 1793. Il en reste aujourd'hui trois tours ébréchées, reliées entre elles par une courtine aux mâchicoulis conservés.

Ces tours le défendaient avec de larges douves du côté oïl il était dominé ; aujourd'hui, les éperviers et les corbeaux ont élu domicile dans les cheminées et les meurtrières et font une horrible chasse aux petits oiseaux, mésanges et pinsons, qui viennent, chaque printemps, nicher dans le lierre et les giroflées sauvages.

De l'autre côté, les remparts dominent une délicieuse coulée où les arbres et les plantes sauvages s'enchevêtrent et se marient comme dans une forêt vierge. A mi-côte, se dresse un magnifique amphithéâtre de marronniers qui doivent être plusieurs fois

séculaires. J'en ai rarement vu d'aussi beaux. Entre chaque rangée d'arbres s'étend d'étage en étage une large terrasse qui sert de promenoir et d'où la vue embrasse toute ia profondeur de la coulée. C*est là que le poète de la Défense de la langue française venait s'asseoir et répandre son âme dans ses chants mélancoliques. On le cherche malgré soi dans chaque retraite ombrageuse, au fond des mystérieux bosquets. Tout semble nous parler de lui dans cette riante et fraîche nature, depuis le gazouillement des oiseaux jusqu'au clapotement de cette petite source qui coule au bas de la coulée. Ce ruisseau vous fait involontairement pensera ces vers qui terminent les Louanges d'Anjou :

O mon fleuve paternel, Quand le dormir éternel Fera tomber à l'envers Celuy qui chante ces vers, Et que par les bras amis Mon corps bien près sera mis De quelque fontaine vive Non guère loin de ta rive ; Au moins sur ma froide cendre Fay quelques larmes descendre Et sonne mon bruit fameux A ton rivage écumeux !

Pauvre poète, ses amis ont fait peu de cas de son cher désir ! Qui sait seulement où sont ses cendres ! Les poètes du xix« siècle ont été plus heureux que ne semblent l'avoir été ceux du xvi*. Musset a son saule au cimetière ; Brizeux repose dans sa terre de granit à l'ombre du chêne qu'il avait désigné ; Lamartine dort

à Saint- Point; Chateaubriand en pleine mer. Tous sont couchés dans le lit qu'ils s'étaient fait de leur vivant. Pourquoi n'a-t-on pas rempli la volonté de Joachim du Bellay ? Pourquoi n'avoir pas creusé sa tombe au bord de la fontaine vive qui coule dans son ancien manoir ? Voilà ce qu'on ne saura probablement jamais et ce qu'aurait bien fait de nous apprendre Sainte- Beuve qui, malgré l'inexactitude de ses renseignements biographiques, a contribué plus que personne à mettre Joachim du Bellay en honneur parmi nous. En attendant, si j'étais propriétaire de Tancien manoir du poète angevin, je demanderais ses os à tous les échos de la France, et je les déposerais Ih, non loin de ce « Loyre gaulois • qu'il aimait tant, au bord de la petite source qui semble pleurer l'immortel absent.

Ce n*est pas que M. Thoinnet de la Turmelière soit indifférent ù la mémoire de Joachim du Bellay ; il est au contraire un de ceux qui gardent religieusement le culte du chant de ÏOlive. Il a dans sa bibliothèque un censif fort curieux de la famille du poète, qui date de 1 576 et qu'il tient enfermé comme une précieuse relique. Ce gros volume in-folio, indépendamment d'un titre calligraphié dans le goût de la Renaissance, présente grossièrement, mais exactement dessinées par l'intendant qui le tenait, les armes des du Bellay qui sont d'argent à la bande fuselée de gueules^ accompa-

gnée de six fleurs de lys d'aptr rangées en orle^ trois en chef et trois en pointe.

On peut voir en outre dans le salon du château moderne récemment restauré un magnifique médaillon en marbre blanc sur lequel est gravé en lettres rouges

l8 NOTICE SUR JOACHOI DU BELLAY

rimmortel sonnet du « petit Lyre », le roi des sonnets, dit Sainte-Beuve :

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage Ou comme cestuy-là qui conquit la toison.

Et puis est retourné, plein d*usage et de raison. Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand revoira y- je, hélas ! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Revoiray-je le clos de ma pauvre maison.

Qui m'est une province, et beaucoup d'avantage r

Plus me plaist le séjour qu'ont basty mes ayeux. Que des palais Romains le front audacieux.

Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise une ;

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tibre Latin.

Plus mon petit Lyre, que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la doulceur angevine i i).

Ne dirait-on pas un sonnet J'outre-tombe ? Qu'il y a de mélancolie et d'émotion douce dans cette stance :

Quand revoiray-je héîas! de mon petit village Fumer la cheminée î

On croirait entendre ie soupir d'une de ces ombras, qui, &ute d'avoir eu de quoi payer le farouche passeur du Styx, erraient pendant cent ans sur la rive désolée du fleuve des enfers.

Qu on s'assure donc au plus vite du lieu de sépulture de Joachim du Bellay, et, s'il est vrai qu'il ait été enterre dans une chapelle de Notre-Dac:ie. qu'on hrtse le « marbne dur > qui rétoudfe pour le rendre «au sein de sa terre nourrice » d'où vv^ilà trois cents ans qu'il est exilé.

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