‹ Job, ou, Les pastoureaux, 1251Chapitre 5 sur 15 · CHRONIQUE DE GUILLAUME DE NANGIS · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE GUILLAUME DE NANGIS

ATSINÉE 1231.

(Traduction du latin précédent.)

11 arriva, dans le royaume de France, un événement prodigieux, une chose nouvelle et inouie. Quelques chefs de voleurs, pour séduire les gens simples et prêcher la croisade parmi le peuple, déclaraient par de fausses inventions qu'ils avaient vu des anges, que la sainte vierge Marie leur avait apparu, qu'elle leur avait ordonné de prendre la croix et de faire une armée de patres et de gens com-

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muns que le Seigneur avait choisis pour secourir la Terre-Saiiile et le roi de France, qui s'y trouvait. Ils représentaient toute la teneur de cette vision avec des images peintes sur les bannières qu'ils faisaient porter devant eux. Passant d'abord par la Flandre et la Picardie, par des exhortations trompeuses, ils attiraient à eux, comme l'aimant attire le fer, les pâtres et les pauvres d'esprit à travers les fermes et les champs. Lorsqu'ils vinrent en France, leur nombre s'était accru à un tel point que, rangés par milliers et centaines , ils marchaient comme une armée. Quand ils passaient dans les pâturages auprès des bergeries et des troupeaux de brebis , les pâtres , poussés par je ne sais quel délire, abandonaaient

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leurs troupeaux sans consulter leurs parens, et s'enveloppaient avec eux dans le crime. Pendant que les bergers et les gens simples en agissaient de cette manière, sinon selon la science ^ du moins avec , de bonnes intentions , il y avait parmi eux un grand nombre de voleurs et d'assassins, coupables de crimes secrets , et qui servaient de chefs à ces phalanges. A leur-passage dans les villages et dans les villes, les Pastoureaux levaient en l'air leurs massues, leurs haches et autres armes, et se rendaient, par là, si terribles aux populations que, parmi les gens de justice, il iie se trouvait personne qui ne redoutât de les contredire. Ils étaient tombés dans une si grande erreur, qu'ils

faisaient des mariages, donnaient des

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croix (attachaient des croix sur l'habit des croisés), et tacme, à ce qu'on dit, confé-raient , du moins pour la forme, l'absolution des péchés. Ce qu'il y avait de pire^ c'est qu'ils avaient enveloppé le peuple dans l'erreur au point qu'un grand nombre affirmait et que d'autres croyaient que les mets elles vins qui leur étaient servis, loin de disparaître par suite de leur consommation, semblaient plutôt recevoir de l'augmentation. Le clergé, en apprenant quele'peuple était tombé dans un si grand égarement, fut dans le deuil; et comme il voulut s'y opposer, il devint odieux aux Pastoureaux et au peuple, qui conçurent pour les gens d'église une haine lelle, qu'ils en tuèrent un grand nombre qu'ils trouvèrent dans les champs, et en

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firent des mai tyr s, à ce que nous croyons, La reine Blanche, qui administrait seule alors le royaume de France avec une merveilleuse sagesse, tolérait leur marche, non qu'elle fût dans l'erreur à leur égard, mais parce qu'elle espérait qu'ils porteraient secours à son saint fils, le roi Louis et à la Terre-Sainte. Lorsqu'ils eurent passé à travers la ville de Paris, ils se crurent à l'abri de tous les dangers, se vantaient d'être des gens de bonnes mœurs et en donnaient pour preuve, qu'ayant été à Paris, où est la fontaine de toute sagesse, on ne les y avait contredits en rien. C'est alors que leurs erreurs prirent un nouvel accroissement, et qu'ils s'abandonnèrent avec plus d'ardeur au vol et au pillage. Lors-

Ixviij PRÉFACE.

qu'ils arrivèrent à Orléans, ils engagèrent des combats avec les clercs de TUniversité, exi tuèrent plusieurs et eurent pareillement un grand nombre des leurs de tués. Leur chef, qu'ils appelaient le Maître de Hongrie, s'étant porté avec eux d'Orléans à Bourges, entra dans les synagogues des Juifs, détruisit leurs livres et les dépouilla indûment de tous leurs biens; mais, après s'être retiré de la ville avec sa multitude, il fut poursuivi parles habitans de Bourges en armes, et tué avec un grand nombre de ses adhérens. Après cette catastrophe, d'autres dispersés en plusieurs lieux , furent mis à mort ou pendus à cause de leurs crimes, et le reste se dissipa comme la fumée.

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