ACTE I
ne sais quels tristes pressentiments m’ont poursuivi pendant toute la route... entrons. (Il se dirige versle pavillon et rencontre madame Flambort.)
MADAME FLAMBART
Ali! c’est vous, mon cher Monsieur? Quel bonheur! on vous attend avec impatience... oh! comme on va être content par là!
LE COMTE
Oh! Madame, que vos paroles me rendent heureux! je dois donc penser que tout va bien ici !
MADAME FLAMBART
Très-bien, Monsieur, de mieux en mieux...
LE COMTE
Ah ! je respire... Tenez, pendant ce voyage que j’ai été forcé de faire à Rennes, et qui pourtant n’a duré que trois jours, vous ne sauriez croire tout ce que ma pauvre tête s’est imaginé.
MAMAMB FLAMBART.
Ah dame!... une tête d’amoureux, ça travaille toujours.
LE COMTE
Chut ! nous ne sommes pas seuls...
MADAME FLAMBART
C’est mon mari, et puis une autre personne que vous connaissez bien... Restez là un moment, je vais préparer la jeune dame à votre visite. (Elle monte au pavillon.)
LE COMTE, regardant Jocelin, qui est à la table de droite.
Une personne que je connais... Eh mais!... je ne me trompe pas... c’est lui... lui-même...
JOCELIN.
Monsieur...
LE COMTE
Vous ne me reconnaissez pas, mon ami, moi, que vous avez sauvé...
JOCELIN, se levant. —
Ah ! tiens, c’est vous. Monsieur!... Enchanté de vous revoir... Ça va bien?
LE COMTE
Ah ! mon ami, que je suis heureux de vous retrouver! venez, venez dans mes bras! car ce n’esL pas moi seul qui vous dois la vie, une autre personne qui m’est plus chère que moi-même a été arrachée par vous au plus affreux danger.
JOCELIN.
Ah! bah! ce n’est rien... un petit coup de main... il n’y a
pas do quoi se van 1er, au reste ; un plus adroit que moi aurait arrêté l’attelage sans se fracasser l’épaule.
‘ LE COMTE
Ah! croyez-moi, Jocelin, votre accident m’a vivement ému, inquiété !... retenu ici près de la personne que j’accompagnais, c’est hier seulement que j’ai pu aller vous voir à l’hôpital de Rennes; vous veniez d’en sortir; mais déjà, dès les premiers jours, je m’étais informé de vous, de votre situation ; je vous ai envoyé mon médecih, un homme qui possède toute ma confiance.
JOCELIN.
Ah! oui... monsieur Maurice Verdier... celui-là n’aurait pas la mienne.
LE COMTE
Comment?
JOCELIN.
Excusez, mais son air ne me plaisait pas... d’ailleurs nous avions là bas un excellent chirurgien... et naturellement j’ai refusé le vôtre.
LE COMTE
Ainsi que les offres dont il était porteur?
JOCELIN.
Eh bien! oui, et c’est peut-être pour cela que je l’ai pris en grippe... tenez, Monsieur, je vous pardonne, parce que vous ne me connaissez pas... de l’argent à Jocelin, parce qu’il a fait ce que tout homme de cœur aurait fait à sa place! Non, Monsieur, le sergent Jocelin ne vend pas ses services... Eh! s'il avait eu le malheur de perdre son bras, croyez-moi, tout riche que vous êtes, sacrédié, vous n’auriez pas pu le payer.
LE COMTE
Pardonnez-moi, mon brave; loin de moi l’idée de vous offenser! mais, mon Dieu! comment voulez-vous donc que je vous témoigne ma reconnaissance?
JOCELIN.
Eh parbleu ! comme vous l’avez déjà fait... en m’appelant votre ami... ça me suffit, ça...
LE COMTE, lui serrant la main.
Noble cœur ! c’est entre nous à la vio et à la mort.
JOCELIN.
Bien volontiers; seulement... permettez... une question!.., votre ami, oui, je le suis, et je. sens quelque chose là qui m’attire vers vous... Mais enfin, ami de qui?... Car je ne sais pas encore votre nom!
LE COMTE
Jocelin, il me répugnerait d’avoir des secrets pour vous; si