ACTE
dit violent, emporté, terrible; eh bien, avant qu’il revoie sa fille, je lui dirai mon amour, mes projets, et s’il faut tout lui avouer, soit, j’affronterai sa colère ; mais je reviendrai, je le jure, avec un consentement qui rendra un fils aux caresses de sa mère, et qui donnera un nom à notre enfant.
MADAME FLAMBART
Ah ! Monsieur, c’est bien, ce que vous allez faire là... mais, pendant votre absence, cette jeune dame
LE COMTE
Elle ne restera pas chez vous; avant de m’embarquer, si toutefois l’avis du docteur Verdier est favorable à ce projet, je la reconduirai dans son pays, chez sa parente; ainsi préparez tout, Madame, pour que ce voyage s’accomplisse avec le même mystère qui a entouré notre arrivée.
MADAME FLAMBART
Soyez tranquille, Monsieur, j’y veillerai... vous pouvez compter sur moi; je me sens capable pour elle d’un dévouement à tout épreuve.
LE COMTE
Maintenantautre chose. Je viens de Rennes, comme je vous le disais, où j’ai réalisé ma fortune de 200,000 livres en valeurs... je les ai là sur moi.
MADAME FLAMBART
Pourquoi cela ! bon Dieu !
LE COMTE
Cette somme est destinée à mon enfant. Je n’ai d’aulre parent dans le monde qu’un frère, dont les excès de tout genre ont fait mourir de chagrin notre pauvre père... plusieurs fois, car je l’aimais, j’ai voulu lui venir en aide, mais je n’ai fait qu’encourager ses dissipations... on dit que son régiment est cantonné dans les environs? J’aurais désiré le voir, mais le temps me manque. Je compte déposer demain chez le notaire de Vannes, ces 200,000 livres, avec cette condition, que s’il m’arrivait malheur, pendant mon voyage hors de France, celte somme serait remise à mon fils.
MADAME FLAMBART
Ab ! c’est une bonne pensée.
LE COMTE
Auparavant, je veux aller dès ce soir trouver moi-même la paysanne, la femme de Toby le pécheur, pour embrasser mon enfant, car je compte partir dans deux jours.
MADAME FLAMBART
Dans deux jours! mais ne craignez-vous pas que la malade ne puisse supporter le voyage?
LE COMTE
Je vais consulter le docteur Verdier, et lui soumettre tous mes projets, il connaît le pays ; il me servira de guide. Surtout pas un mot à ma chère Amélie... le soin que je prends pour l’avenir, lui inspirerait des inquiétudes sur les dangers que je courrai loin d’elle , et dans l’état de faiblesse où elle est en core, la moindre émotion pourrait lui devenir funeste.
MADAME FLAMBART
Soyez tranquille, et fiez-vous à moi. (LeComle rentre dans le pavillon.)