LE COMTE, MADAME FLAMBART
MADAME FLAMBART, sortant du pavillon et suivant des yeux la sortie de Jo-
celin.
Ah ! mon Dieu, il s’en va... il s’ensuivra quelque malheur... si au moins Flambarl avait l’esprit de le calmer!
LE COMTB.
Ah! vous voilà, Madame 1 ?... Eh bien, notre chère malade?
MADAME FLAMBART
Elle repose encore... dès qu’elle se réveillera, Lisbeth viendra m’avertir... mais diles-moi, Monsieur, quand elle m’interrogera, comme à l'ordinaire, en ouvrant les yeux, sur le pauvre petit innocent que j’ai reçu dans mes bras, avant votre départ, et que vous avez dû lui retirer, que répondrai-je?
LE COMTE
Que je l’ai confié à M. Verdier, ce me'decin si zélé, qui lui a trouvé une nourrice auprès de Vannes, une bonne paysanne qui l’élèvera sans lui faire connaître le secret de sa naissance; car ce secret, c’est la réputation, c’est la vie d’une femme adorée! sur votre àme. Madame, jamais une parole qui puisse mettre sur les traces de ce mystère !
MADAME FLAMBART
Que me dites-vous là, mon cher Monsieur? Je serais bien ingrate; car, Dieu merci, vous m’avez payée de mes soins assez généreusement! Non, non, je ne suis ni une bavarde, ni une indiscrète. (A demi voix.) Ce n’est pas ma faute, si un nécessaire de voyage, en se brisant, in’a laissé lire le nom de mademoiselle de Kérouël.
LE COMTE
Chut!... sachez donc aussi, Madame, ce qui peut la justifier; elle n’avait que seize ans, quand je l’aimai, et de quel amour! mes vœux étaient purs comme elle, je porte un beau nom, je suis riche, et mon alliance n’est pas de celles qu’on rejette : mais son père était absent, son père de qui seul elle dépendait, car elle n’avait plus de mère... il était allé dans les colonies, recueillir une succession qui devait rétablir sa fortune détruite par le jeu... nous l’attendons depuis deux ans... Ah ! le ciel m'en est témoin, quand ma passion, qu’elle partageait enfin, triompha de sa résistance, je me croyais à la veille de devenir son époux; à présent, rien ne doit plus retarder ce mariage; j’arrive de Rennes, où j’ai mis ordre à mes affaires ; libre de ce côté, je partirai, j’irai chercher aux colonies le père de celle qui est ma femme devant Dieu; on le
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