TOUS
O ciel!
JOCELIN , à Flambart qni est au fond.
Viennent-ils ?
FLAMBART
Nous ne voyons personne... Ils auront perdu la trace... C’est égal , les enfants , allons à la découverte, et si nous les rencontrons , nous tâcherons de les dépister, (iis s’éloignent. —
Madame Flambart va et vient pour faire le guet.)
LE COMTE
Jocelin , mon ami , expliquez-vous : de grâce que s’est-il passé ?
JOCELIN.
Je suis allé trouver ma sœur...; en me voyant, elle s’est mise à pleurer... Yvonne, lui dis-je , on t’accuse... ton fiancé lui-même; ce brave Gaspard... Est-ce lui qui a menti? réponds; aurais- tu écouté un làchq séducteur?.. es- tu coupable enfin? alors, se cachant le visage... elle est tombée à mes genoux... Je ne sais quelle rage aveugle m’a saisi... j’ai levé le bras sur elle...
LE COMTE
Jocelin!...
JOCELIN.
Mais alors une autre pensée m'a retenu... Malheureuse! me suis-je écrié, tu es assez punie... c’est sur un autre que je dois me venger... et j’ai couru chez l’officier, qui, me disaiton, allait monter à cheval pour partir.
LE COMTE
Eh bien ?
JOCELIN.
Prévenu sans doute de mon arrivée , il avait fait défendre sa porte, mais moi-., j’ai forcé la consigne... En me voyant, il a pâli... je ne sais ce qu’il a dit à ses valets... de me chasser, je crois... et lorsque contenant à peine ma colère, je lui ai parlé de ma sœur... d’une enfant subornée... j’ai vu tout à coup sa cravache levée contre moi... Je me suis senti frappé au visage... une pareille insulte ne se lave qu’avec du sang. Défends ta vie , lui ai-je crié en dégainant! lui aussi a tiré son sabre et s’est élancé sur moi , j’ai paré le coup, il est tombé... Le sang ruisselait... Je ne sais plus pe qui s’est passé... J’ai fui au hasard... et de loin, j’entendais... le capitaine est mort... arrêtez... mais dans la confusion... je suis pourtant arrivé jusqu’ici. (Il tombe assis pn's de la table à gauche.)
LE COMTE
Ah ! Jocelin , quel affreux malheur !
JOCELIN.
Suis-je coupable ? ah! c’est à vous de me le dire... j’ai l’esprit si troublé.
LE COMTE
Non, Jocelin , tu as fait ce que l’honneur le commandait, ce que j'aurais fait peut-être à ta place. Aussi je te jure de faire tout au monde pour te sauver ! mais sais-tu bien quels dangers tu cours? c’est un officier que tu as frappé, toi, simple sergent !
JOCELIN.
Oui, un capitaine.
LE COMTE
Un gentilhomme peut-être , d’un grand nom?
JOCELIN, se levant.
Oui, d’un grand nom ; le vicomte d’Esgrigny.
LE COMTE, reculant.
Mon frère ! 1
JOCELIN.
Ah ! mon Dieu ! celui que j’ai frappé , c’était votre frère, à vous, qui êtes si noble, si généreux!... malheureux que je suisl... ah! vous devez me détester... eh bien, tenez, vengezvous, livrez-moi , je ne résisterai pas.
LE COMTE
Non... ce coup imprévu est bien cruel sans doute... car en ce moment j’oublie les torts de mon frère pour ne me rappeler que les jours où nous nous aimions tous deux... Cependant je ne serai point injuste... il avait mérité son sort... c’est