SCÈNE IV
LES MÊMES, CLOTILDE, tenant un panier h ouvrage.
CLOTILDE, à part.
Ma bonne tante n’est pas encore levée... pourtant cela lui ferait du bien de respirer l’air pur du matin... (Apercevant Édouard ) Mais je ne suis pas seule! monsieur Édouard!
ÉDOUARD
Mademoiselle, si ma présence vous gêne....
CLOTILDE
Oh ! pas du tout; je venais travailler sous ce berceau... et vous?... vous êtes venu sans doute pour achever l’esquisso de ce beau paysage?
ÉDOUARD
Précisément, Mademoiselle. Mais si, à mon tour, je vous dérange...
CLOTILDE
Nullement... restez donc; chacun à son ouvrage... comme hier malin... vous ici, moi là.
ÉDOUARD
A merveille ! (Elle s’assied sous les arbres, et Édouard devant la table. — Moment de silence.)”
* Clotilde, Kercadec couché au fond, Edouard.
ÉDOUARD, à part, tenant son crayon cl contemplant Clolilde.
Charmante figure ! pourrai-je jamais saisir... (Haut.) Mademoiselle ?
CLOTILDE
Monsieur Édouard.
ÉDOUARD
Auriez-vous la bonté de vous tourner un peu de mon côté?
CLOTILDE
Bien volontiers... Pourquoi?
ÉDOUARD
' C’est que... vous me cachiez une échappée de vue délicieuse...
CLOTILDE
Ah! si j’avais su !... Suis-je bien ainsi?
ÉDOUARD
Très-bien. (Pendant te dialogue suivant, il fait le portrait de Clotilde.)
Ali! voici pour moi, je l’avoue, le meilleur moment de la journée.
CLOTILDE, naïvement.
Et pour moi aussi.
ÉDOUARD
Ah?
CLOTII.DE.
Dans l’après-midi, on ne s’appartient plus... les promenades... les visites... Ah! vous le savez, je n’ai jamais aimé le monde.
Vous, Mademoiselle, qui êtes faite pour y briller!
CLOTILDE
Parce que je suis une riche héritière? Mais, mon Dieu, je suis orpheline aussi, et les plaisirs me touchent peu... Vous comprenez cela, monsieur Édouard, vous que le Ciel a frappé du môme coup.
ÉDOUARD
Hélas ! oui... je n’ai jamais connu ma mère : elle est morte en me donnant le jour... Mais ai-je bien le droit de me plaindre? madame de Saint-Renan, votre tante, daigne me temQigner un intérêt...
CLOTILDE
Elle est si bonne ! Ah ! j’en veux à mon oncle de lui montrer quelquefois tant de rudesse... et cela parce qu’elle est triste...
Mais vraiment elle a sujet de l’être et vous-même, monsieur,
vous n’êtes pas toujours à l’abri de la colère de l’amiral.
ÉDOUARD
Moi?