‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 33 sur 100 · ÉDOUARD, VAN BROUST, L’AMIRAL · texte numérisé non relu

ÉDOUARD, VAN BROUST, L’AMIRAL

L’AMIRAL , entrant par la droite.

Eh oui, ma foi, c’est mon brave Van Broust.

Moi-même, mon amiral !...

l’amiral.

Touche là.

VAN BROUST, n’osant.

Mon amiral...

l’amiral.

Touche là, te dis-je, mon vieux camarade... Ah çà , diable viens-tu ?

VAN BROUST.

Je viens de pêcher la baleine dans la mer du Nord.

l’amiral.

Et à présent?...

VAN BROUST.

Je vais pêcher le corail dans la mer du Sud.

l’amiral.

Tu vas repartir?

VAN BROUST.

Dès demain.

d’où

ÉDOUARD

Quoi? déjà?

VAN BROUST.

Voilà comme je suis, moi, je ne peux jeter l’ancre nulle part... le temps d’embrasser l’enfant, et en route! C’est un accident de ma vie, un coup du sort qui m’a jeté autrefois sur l’océan...

l’amiral.

Il y a vingt ans... je me le rappelle... je n’étais alors que capitaine de frégate... tu es venu me trouver avec une lettre du commandant de Lorient, un brave et digne homme; il me recommandait vivement le matelot Van Broust, que des malheurs de famille décidaient à s’expatrier. Van Broust! un nom hollandais, tu es Français pourtant, et bon Français, je l’ai vu... ma foi, je ne l’ai rien demandé; garde tes Secrets, t’ai-je dit; je me fie à l’homme qui t’envoie, et encore plus à la physionomie ; et j’ai eu raison ; car ni l’un ni l’autre n’ont menti... tu étais fait, morbleu, pour la vie de marin.

VAN BROUST.

Ma foi, sans mon fils, et sans vous, mon amiral, je ne voudrais voir la terre qu’avec une lunette d’approche.

l’amiral.

Parbleu! je me reconnais bien là... depuis qu’on m’a tiré à sec sur le rivage, je me débats comme un. phoque aux abois... Gouverneur de la Martinique ! certainement c’est une belle retraite, mais ça ne vaut pas la vie active !... Aussi, je pensais à toi, mon vieux loup de mer... Tiens, ta vue me rappelle nos expéditions lointaines , nos campagnes, nos combats... C’est que tu as place dans mes mémoires, demande à ton fils qui les écrit... Tu y figures à la place d’honneur...

VAN BROUST.

Oui, dans notre guerre d’Amérique... quand nous avons fait sauter ce trois-ponts anglais I

l'amiral.

Et cet éclat de bombe qui t’a fracassé l’épaule !

VAN BROUST,

Et ce sabre d’abordage qui vous a labouré les côtes !

C’était le bon temps!

Oh oui !

van broust.

l’amiral.

Au lieu qu’à présent, plus rien...

VAN BROUST.

Que le cabotage.

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