SCÈNE VII
VAN BROUST, L’AMIRAL.
VAN BROUST.
Ah çà, mon amiral, à présent que nous sommes seuls, excusez ma question... Quelle diantre de gamme chantiez-vous tout à l’heure à propos des femmes?.. Je suppose que ça ne concerne pas madame la comtesse... la meilleure, la plus digne des femmes...
l’amiral.
Oh oui, c’est ça, une sainte! voilà ce qu’ils disent tous... et moi, on ne me plaint pas !
VAN BROtiSf .
Vous?... pourquoi donc ça?
l’amiral.
Eh parbleu!... parce que j’enrage à la (journée.
VAN BROUST.
Par rapport à madame la comtesse ?
l’amiral.
Sans doute !
VAN BROUST.
Comment! est-ce que sa conduite envers vous...
l’amiral.
Oh! parfaite !... elle me prodigue mille soins, mille prévenances, c’est un modèle de douceur et de soumission.
VAN BKOUST.
C’est ça qui vous fait enrager?
l'amiral.
Eh oui, parce qu’en même temps, elle est triste, elle pleure souvent, sans vouloir dire pourquoi.
VAN BROUST.
Parbleu, c’est bien difficile à deviner!... c’est que vous la rendez malheureuse.
l’amiral.
Moi?
VAN BROUST.
Oui, vous!... autrefois déjà, à bord, quand vous parliez d’elle, c’était avec une jalousie!
l’amiral.
Jaloux, moi?... ce n’est pas vrai.
VAN BROUST.
Pardon, amiral, c’est positif.
l’amiral.
Je te dis que non.
1 VAN BROUST.
Je vous dis que si... Puisque vous juriez par tous les mille diables que vous la tueriez... si...
L'AMIRAL, avec énergie.
Pour ça, oui, morbleu, je le ferais.
VAN BROUST.
Vous voyez bien.
l’amiral.
Ahçà mais, toi, vieil entêté, je voudrais bien savoir ce que tu pensais là-dessus, quand lu étais marié?
VAN BROUST, avec embarras.
Hein? quand j’étais marié ?
l’amiral.
Oui... tu as eu une femme que tu as perdue le jour même où elle t’a donné un fils... N’est-ce pas là ce que tu m'as dit?
VAN BROUST.
Oui... oui... certainement... après ça, elle ne m’a jamais causé d’inquiétude... et... mais mon fils, mon Edouard, qu’est-ce que vous en dites de lui, mon amiral?
l’amiral.
Je dis... je dis d’abord qu’il y a une chose qui m’étonne.
VAN BROUST.
Quoi donc ?
A cru II. 57
l’amiral.
C’est que tu aies un fils comme celui-là.
VAN BROUST,
Bon ! quelle idée !
l’amiral.
D’abord il ne te ressemble pas du tout ; lu es rude, sans façon, et lui...
VAN BROUST.
Eh bien, c’est un monsieur, quoi? je l’ai voulu comme ça... je lui ai fait donner une éducation soignée, à Vannes... et je me flatte qu’il en a profité.
l’amiral.
Oui, oui, c’est un excellent sujet, qui ne manque pas d’envie de parvenir et qui parviendra, morbleu l