ÉDOUARD, LA COMTESSE, CL0T1LDE
LA COMTESSE
Monsieur Édouard, que signifie?...
ÉDOUARD
Vous savez mon secret, Madame.
Votre secret ?
CLOTILDE
Ah!
LA COMTESSE
Quoi, Monsieur, c’est le hasard qui me le découvre, et vous m’aviez caché...
ÉDOUARD
Ce que je me cachais à moi-même; mon Dieu , Madame, j’ignorais mes propres sentiments... mon bonheur, c’était de vivre ici, en famille, près de vous, près d’elle, et je ne pensais pas que cela dût finir...; quant à ce portrait, si j’ai osé le faire, ah ! c’est presque sans le vouloir...
LA COMTESSE
Je consens à vous croire, Édouard.,, mais Clotilde aurait dû se montrer plus réservée.
CLOTILDE
Oh! ma bonne tante, savez vous ce qui a tout changé ? c’est ce malheureux projet de mariage... oh! je l’avoue, c’est un coup qui a porté là, et il m’a semblé que tout mon bonheur s’en allait.
ÉDOUARD , h Clotilde, avec élan.
Ah 1 que dites-vous?
LA COMTESSE, l’arrêtant.
Édouard !
C’est bien... j’excuse le passé... le tort esta moi seule qui n’ai pas assez veillé peut-être pour vous préserver d’un penchant qui fait trop souvent le malheur de la vie !...
ÉDOUARD
Le malheur!
LA COMTESSE , se reprenant.
Rentrez en vous-même, Édouard , mesurez bien l’intervalle qui vous sépare de Clotilde...
ÉDOUARD
Ah! Madame...
LA COMTESSE
Pas à mes yeux, ni aux siens peut-être...
CLOTILDE, vivement.
Oh non, ma tante !
LA COMTESSE
Mais comment aspirer à sa main? vous n’avez ni rang , ni fortune»
Ah! j’aurai l’un et l’autre , madame ; c’est pour elle que je suis ambitieux, c’est pour elle que je veux acquérir des titres, des richesses.
CLOTILDE
Oui, ma tante ; il réussira ; c’est moi qui vous le dis.
LA COMTESSE
Dieu le veuille, mon enfant ! mais jusque-là...
CLOTILDE
Jusque-là, ma tante? ah! je vous en supplie, empêchez que je n’épouse cet étranger qui me fait peur.
LA COMTESSE
Rassure-toi; nous aurons le temps d’y songer...
CLOTILDB.
Oh! ma tante!
LA COHTBSSB.
Oh ! je ne promets rien ; va, rentre mon enfant...
CLOTILDB.
Oui, ma tante... non, pas ma tante , ma mère, ma bonne mère , je me fie à vous , car vous ne me défendez pas d’espérer... d’abord on ne peut pas empêcher ça... adieu, monsieur Édouard. (Eue s’en va et revient.) Tenez, ma mère, embrassez-moi. (Elle embrasse la càtutesse et sort.)
*• s LA COMTESSE , à Edouard.
Et vous , Édouard , j’attends de votre loyauté que vous évitiez la présence de Clotilde... prenez garde d’exciter dans le cœur de cette enfant une affection dangereuse pour son repos... et plus tard... eh bien , nous verrons.