ACTE I
FLAMBART
Ah ! vous ne savez pas, vous autres? un trait superbe! Apres ça, ce n’est pas étonnant, un marin !
LE BRIGADIER
Qu’est-ce que vous dites donc, père Flambart? les gardescôtes sont des soldats.
FLAMBART
Non pas; c’est marin...; ça va sur l’eau au besoin...
LE RRIGADIER.
C’est militaire, je vous dis... ; ça fait la charge en douze temps.
FLAMBART, se levant.
Eh bien, c’est amphibie, là!., je m’y connais, à ce qu’il me semble... moi qui suis l’ami du veau marin!... (Au matelot.) ce n’est pas pour toi que je dis ça. . Or donc, il y a deux mois, une chaise de poste descendait au grand galop la montagne que vous voyez là-bas... Il y avait dedans un jeune homme et une jeune dame, toute encapuchonnée; tout à coup, il prend un vertigo à l’attelage, voilà mes animaux qui s’enlèvent, et au lieu de remorquer à bâbord, ils tirent à tribord , et l’équipage s’en va à la dérive tout droit sur un précipice, prêt à culbuter et à se briser en mille pièces... Jocelin qui était là... tenez, où vous êtes, n’en fait ni une ni deux... Il grimpe sur le rocher... se jette au devant des chevaux... renfonce le mors dans la bouche de l’un, coupe une jambe à l’autre avec son sabre, et maintient le bâtiment juste au moment où il allait sombrer... Après ça, et pendant que le jeune homme s’occupait de la dame évanouie, il se sauve sans attendre seulement qu’on le remercie... Ce n’est qu’en arrivant chez lui gu’il s’aperçoit qu’il a l’épaule cassée; alors on le transporte à l’hôpital de Rennes, où il est encore... et voilà !
LE BRIGADIER
C’est un fameux gaillard que ce sergent-là !
FLAMBART
Ah! je crois bien !.. et de l’honneur!., ah ! dame! faut pas le regarder de travers, celui-là !.. (Tapant sur l’épaule de Gaspard.) N’est-ce pas, fillot, que tu seras heureux et fier de t’intituler son beau-frère? Car c’est la sœur de Jocelin qu’il épouse, la petite Yvonne... Est-ce pour dimanche, dis, avant que je reparte ?.. et en avant les bombances et les rigodons !.. branlebas général, quoi... (Il se met A danser et veut entraîner Gaspard qui résiste. ) Tra ! la ! la !
GASPARD
Doucement, père Flambart, doucement.
FLAMBART
• Ah çà. mais, dis donc, je te trouve un air tout interloqué... une vraie mine d’enterrement, au moment d’une noce...
GASPARD
Eh bien, non, mon parrain, puisqu’il faut vous le dire, pendant que M. Jocelin n’est pas là, non, sapristi ! il n’y a plus de noce.
flambart.
Hein? quoi? comment? je suis sourd, j’ai mal entendu ; tu dis?
GASPARD
Je dis... je dis que si ça vous amuse, vous êtes libre de danser tout seul, mais que mademoiselle Yvonne ne sera jamais ma femme... (Rumeur.)
FLAMBART
Ah! ah! v’ià du nouveau ! le vent a tourné, à ce qu’il paraît; plus que ça de parole, mon petit?
GASPARD
Dame! mon parrain, j’ai des raisons, à moi...
FLAMBART
Des raisons, à toi?.. Attends, attends; j’vas t’en donner, des raisons à moi... laissez-moi l’étrangler !.. (n se jette sur Gaspard.)
GASPARD
A l’aide! au secours!