LA SERVANTE
Mais, monsieur Flambart...
FLAMBART
Va-t’en au diable avec elle !
madame flambart, paraissant au haut de l’escalier.
Qu’est-ce que c’est?
flambart.
Oh ! ma femme ! (Il lâche Gaspard et se retire d’un air penaud.)
GASPARD
Ouf!
MADAME FLAMBART*
Quel tapage fait-on ici? C’est donc toi, Flambart, ivrogne que tu es, qui cries plus fort que tousles autres, quand je t’ai ordonné de te taire...
FLAMBART
Ah! ordonné...
MADAME FLAMBART
Oui, ordonné ; qu’est-ce que tu as à répondre à ça?
FLAMBART
■ Mais, ma femme, j’ai à répondre...
MADAME FLAMBART
Rien; je veux que tu te taises.
FLAMBART
Mais je ne dis pas le contraire.
MADAME FLAMBART
Alors, tais-toi.
FLAMBART, tout bas.
Oui... seulement je demande pourquoi il faut me taire... on peut bien demander pourquoi?
MADAME FLAMBART
Parce que la personne a qui j’ai loué ce pavillon a besoin de repos et de tranquillité.
FLAMBART
A la bonne heure, voilà une raison I Chut! vous autres!.. Ah çà, elle est donc toujours malade, la petite dame ?
MADAME FLAMBABT.
Sans doute.
FLAMBART
Dis donc, ma femme, je suis sûr qu’il y a du micmac làdessous.
MADAME FLAMBART
Et pourquoi y aurait-il du micmac ?
* Gaspard, Madame Flambart, Flambart.
FLAMBART
Parce que depuis deux mois qu’elle est ici, depuis l’accident de la voiture, tu ne m’as pas encore fait participer au plaisir de sa société.
MADAME FLAMBART
Excusez; pauvre dame! Est-ce que tu crois que j’ai envie de lui faire une révolution en lui montrant une frimousse comme la tienne?
FLAMBART
Madame Flambart, il y a de par le monde, et particulièrement dans le Nord, des princesses un peu bien ficelées qui n’ont pas eu peur des révolutions.
MADAME FLAMBART
Tu me parles de celles qui sont habituées à voir des ours.
FLAMBART
Hein?
MADAME FLAMBART
Suffit. A présent, peut-on savoir pourquoi tu maltraites ce garçon-là?
FLAMBART
Pourquoi? parce qu’il ne veut plus épouser la sœur de Jocelin.
MADAME FLAMBART
Bah! est-ce possible?
GASPARD
Dame! excusez, mère Flambart; ce n’est pas ma faute, voyez-vous ; je l’aimais bien, cette jeunesse, et je crois tout de même qu’elle m’aimait aussi un brin... Mais vlà que pendant un malheureux voyage que j’ai été faire à Nantes pour mon commerce, mademoiselle Yvonne, qui était restée à Lorient toute seule avec sa vieille grand’mère, a rencontré là un beau-fils, un capitaine du régiment de la Reine, un gentilhomme, quoi?... Ça vous a de belles manières, ces gens-là; ça en conte aux tilles, ça les flatte, ça leur monte la tête, et, finalement, qu’est-ce qui en arrive? c’est qu’on jase sur elles, et aussi sur leurs futurs.. Merci, ça ne me va pas... J’ai dit son fait à la petite, et, comme apres cet esclandre-là, je ne peux plus rester dans le pays, je viens trouver le parrain Flambart, avant que Jocelin revienne, pour qu’il m’emmène avec lui à la pêche de la baleine.
FLAMBART
Excusez ; il n’est pas mal ambitieux, le petit.
MADAME FLAMBART
Jésus, mon Dieu ! est-ce possible ce qu’il nous a conté là ?