‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 6 sur 100 · LA SERVANTE · texte numérisé non relu

LA SERVANTE

Mais, monsieur Flambart...

FLAMBART

Va-t’en au diable avec elle !

madame flambart, paraissant au haut de l’escalier.

Qu’est-ce que c’est?

flambart.

Oh ! ma femme ! (Il lâche Gaspard et se retire d’un air penaud.)

GASPARD

Ouf!

MADAME FLAMBART*

Quel tapage fait-on ici? C’est donc toi, Flambart, ivrogne que tu es, qui cries plus fort que tousles autres, quand je t’ai ordonné de te taire...

FLAMBART

Ah! ordonné...

MADAME FLAMBART

Oui, ordonné ; qu’est-ce que tu as à répondre à ça?

FLAMBART

■ Mais, ma femme, j’ai à répondre...

MADAME FLAMBART

Rien; je veux que tu te taises.

FLAMBART

Mais je ne dis pas le contraire.

MADAME FLAMBART

Alors, tais-toi.

FLAMBART, tout bas.

Oui... seulement je demande pourquoi il faut me taire... on peut bien demander pourquoi?

MADAME FLAMBART

Parce que la personne a qui j’ai loué ce pavillon a besoin de repos et de tranquillité.

FLAMBART

A la bonne heure, voilà une raison I Chut! vous autres!.. Ah çà, elle est donc toujours malade, la petite dame ?

MADAME FLAMBABT.

Sans doute.

FLAMBART

Dis donc, ma femme, je suis sûr qu’il y a du micmac làdessous.

MADAME FLAMBART

Et pourquoi y aurait-il du micmac ?

* Gaspard, Madame Flambart, Flambart.

FLAMBART

Parce que depuis deux mois qu’elle est ici, depuis l’accident de la voiture, tu ne m’as pas encore fait participer au plaisir de sa société.

MADAME FLAMBART

Excusez; pauvre dame! Est-ce que tu crois que j’ai envie de lui faire une révolution en lui montrant une frimousse comme la tienne?

FLAMBART

Madame Flambart, il y a de par le monde, et particulièrement dans le Nord, des princesses un peu bien ficelées qui n’ont pas eu peur des révolutions.

MADAME FLAMBART

Tu me parles de celles qui sont habituées à voir des ours.

FLAMBART

Hein?

MADAME FLAMBART

Suffit. A présent, peut-on savoir pourquoi tu maltraites ce garçon-là?

FLAMBART

Pourquoi? parce qu’il ne veut plus épouser la sœur de Jocelin.

MADAME FLAMBART

Bah! est-ce possible?

GASPARD

Dame! excusez, mère Flambart; ce n’est pas ma faute, voyez-vous ; je l’aimais bien, cette jeunesse, et je crois tout de même qu’elle m’aimait aussi un brin... Mais vlà que pendant un malheureux voyage que j’ai été faire à Nantes pour mon commerce, mademoiselle Yvonne, qui était restée à Lorient toute seule avec sa vieille grand’mère, a rencontré là un beau-fils, un capitaine du régiment de la Reine, un gentilhomme, quoi?... Ça vous a de belles manières, ces gens-là; ça en conte aux tilles, ça les flatte, ça leur monte la tête, et, finalement, qu’est-ce qui en arrive? c’est qu’on jase sur elles, et aussi sur leurs futurs.. Merci, ça ne me va pas... J’ai dit son fait à la petite, et, comme apres cet esclandre-là, je ne peux plus rester dans le pays, je viens trouver le parrain Flambart, avant que Jocelin revienne, pour qu’il m’emmène avec lui à la pêche de la baleine.

FLAMBART

Excusez ; il n’est pas mal ambitieux, le petit.

MADAME FLAMBART

Jésus, mon Dieu ! est-ce possible ce qu’il nous a conté là ?

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