SCÈNE XVII
ÉDOUARD, puis CLOTILDE.
ÉDOUARD, le suivant des yeux.
C’est donc là ce chevalier de Servières, ce rival qui vient me ravir ce que j’ai de plus cher au monde ! Ah ! sa vue seule excite ,en moi des mouvements de haine que j’ai peine à cacher.
CLOTU.DE, sortant de la chambre de sa tante.
Ah! monsieur Édouard, que s’est-il donc passé? Ma tante est rentrée chez elle, pâle, toute en larmes...
ÉDOUARD
Mon Dieu, je ne sais, j’arrive à l’instant.
CLOTILDE
En la voyant si désolée, j’ai voulu me jeter dans ses bras ; mais elle m’a repoussée en s’écriant avec désespoir : ne suisje donc au monde que pour souffrir? Puis quelques mots sans suite m’ont fait pressentir la perte de nos espérances.
ÉDOUARD
Ah! je devais m’y attendre!.. En effet, que suis-je, moi, pour oser lever les yeux si haut, et pour entrer en lutte avec le chevalier de Servières? Si le fils d’un matelot a trouvé grâce à vos yeux, chère Clotilde, l’amiral oubliera-t-il la distance qui nous sépare, et votre tante elle-même...
CLOTILDE
Édouard, douteriez-vous de ma tante... Oh ! c’est le chagrin, n’est-ce pas, qui vous fait parler ainsi...
ÉDOUARD
Oui, c’est mal, je suis un ingrat ! méconnaître son cœur, moi, oh ! que le ciel m’en préserve ! je donnerais ma vie pour lui épargner une larme, et c’est pour cela même, chère Clotilde, que mon devoir m’ordonne...
CLOTILDE
De ne rien faire qui puisse lui causer du chagrin... ni à elle, ni à moi, Edouard... (Elle lui tend la main, Edouard la porte à ses lèvres.)
VAN BROUST, entrant.
Hein? une voile à l’horizon.
CLOTILDE
Ah! (Elle s’enfuit.)