‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 54 sur 100 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

VAN BROUST, ÉDOUARD.'

ÉDOUARD

Mon père!..

VAN BROUST.

Oui, ton père, qui aborde là, bien mal à propos, n’est-ce v pas?

ÉDOUARD

Ah ! gardez-vous de croire...

VAN BROUST.

Parbleu! je crois ce que je vois... Je n’ai pas besoin de longue vue pour signaler la petite corvette qui vient de filer, vent en poupe, et quant au pavillon, vrai Dieu! si je l’ai bien reconnu , c’est mal à toi, garçon, c’est très-mal.

Que dites-vous?

VAN BROUST.

Eh oui, morbleu ! la nièce de mon amiral ! Halte-là , c’est sacré, ça, il faut s’en souvenir! et si j'avais vu tout autre que toi abuser de la confiance de son bienfaiteur, dans sa propre maison, pour essayer de séduire...

ÉDOUARD

Arrêtez, mon père! quelle idée avez-vous de moi? Il est •vrai , j’aime mademoiselle Clotilde de toutes les forces de mon âme... Mais cet amour est aussi pur que le cœur de celle qui me l’inspire! Dieu m’en est témoin, et madame la comtesse elle-môme.

VAN BROUST.

La comtesse, dis-tu? elle sait ton amour...

ÉDOUARD

Et elle ne l’a pas condamné ! Mais M. de Saint-Renan l’ignore, lui; et fut-il instruit, tous mes efforts se briseraient contre sa volonté de fer.

VAN BROUST.

C’est probable ; car il n’est pas commode à gouverner, mon amiral; on ne lui fait faire que tout juste ce qu’il veut; cependant, après tout, garçon, tu n’es déjà pas tant à dédaigner... S’il fait trop le dégoûté, il a tort; tu n’es rien pour le quart d’heure, c’est vrai, mais tu peux devenir quelque chose ; d’abord tu es trois fois plus savant que lui, dans ta partie , c’est mon amiral lui-même qui me l’a dit ; avec ça tu as du courage et de la patience.

ÉDODAilD.

Et de l’ambition! Oui, j’en aurai, pour elle! Ainsi, mon père, laissez-moi tenter la fortune, laissez-moi partir avec vous.

VAN BROüST.

Partir ! toi? comment ?

ÉDOUARD

Comme simple matelot, s’il le faut.

VAN BROÜST.

Allons donc, tu es fou ! est -ce qu’il y a en loi l’étoffe d’un marin?

ÉDOUARD

Oh! tu l’as dit, père, je parviendrai, ou je mourrai à la tâche...

VAN BROÜST.

Mourir! Eh bien! il ne me manquait plus que ça, voyezvous cet ingrat! Après tout le mal qu’on s’est donné pour lui... s’exposer de gaieté de cœur aux tempêtes et aux boulets de canon !

ÉDOÜARD.

Mais ces dangers-là, père, tu les a bravés toute ta vie...

Oh! moi, c’est bien différent!., les rafales et les bombes, ça méconnaît, moi; ça respecte mon âge et mes états de service, tandis que toi, pauvre enfant... Tiens, ne parlons plus de ça; rien que l’idée de le savoir en danger, vois-tu, ça me* rendrait plus faible et plus poltron que le dernier des passagers.

ÉDOUARD. '

Oh! père, je t’en supplie !

VAN BROüST.

Et moi, je t’ordonne de ne plus penser à ça... J’ai une autre idée... après tout, quand on s’est attaqué aux ennemis les plus respectables, quand on a bombardé des corsaires et harponné des baleines, on peut bien essayer de jeter le grappin sur... je ne te dis que ça... embrasse-moi; du courage et pas de bêtises ; ton père est de quart, file ton nœud, et laissele faire ; à revoir, garçon.

ÉDOUARD

A revoir. (Ils se séparent.)

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