‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 63 sur 100 · SERVIÈRES, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SERVIÈRES, LA COMTESSE

SERVIÉRES, entrant le premier et regardant autour de lui.

Personne!... ils sont partis... venez, madame la comtesse. (La comtesse entre, elle est pâle et agitée.) RaSSUreZ-VOUS, Madame... personne ne vous a vue... Combien je suis heureux de cette visite... Veuillez donc vous asseoir... vous paraissez bien émue...

LA. COMTESSE

Il est vrai, (ns s’asseyent.)

SERVIÈRES, d’un ton doucereux.

Je vous demande mille excuses du dérangement que je vous cause... mais j’avais absolument besoin de vous parler seul... Vous avez compris l’impatience de mes vœux, encouragés d’ailleurs par M. de Saint-Renan... Je n’ai pu voir les giâces de mademoiselle Clotilde , sans me sentir épris de la plus vive passion.

LA COMTESSE

Eh! Monsieur!

SERVIÈRES , de même.

Et comme c’est vous, vous seule, qui disposez de son sort, et que, par malheur, je n’ai pas tout à fait obtenu votre agrément, j’ai recours à tous les moyens possibles de désarmer vos préventions contre moi.

LA COMTESSE

Monsieur le chevalier, veuillez m’écouter... Depuis hier seulement, j’ai l’honneur de vous connaître... vos manières sont celles d’un homme du monde... votre langage annonce un cœur loyal et généreux... Vous êtes tel que vous paraissez être... je ne puis pas, je ne veux pas en douter ; je veux croire aussi que vous éprouvez pour ma nièce les sentiments qui sont dans votre bouche... Mais, Monsieur, cette chère enfant est orpheline ; elle n’a que moi dans le monde ; je

réponds de son bonheur, à Dieu, et à la mémoire de sa mère.

Eh bien ! Madame, nous sommes d’accord ; chère enfant, c’est aussi son bonheur qui est l’objet de tous mes vœux.

LA. COMTESSE

Je le veux bien ; mais, soyez juste, Monsieur, cette enfant, qui vous connaît à peine, celte enfant peut-elle vous aimer ?

Je ne lui demande pas son amour, Madame.

LA COMTESSE

Comment? que voulez- vous donc?

Son consentement... le vôtre... Ma tendresse, plus tard, saura vaincre sa froideur... C’est à vous peut-être de m’y aider, Madame, à moins que vous ne réserviez votre protection pour quelque prétendant plus heureux...

LA COMTESSE , d’un ton suppliant.

Eh bien! Monsieur, s’il était vrai !... pourriez-vous m’en faire uncrime? ce matin encore, j’ignorais même votre nom... mon mari ne m’avait prévenu de rien... je me croyais libre de disposer de ma nièce, et de choisir celui qui pouvait assurer son bonheur...

SERVIÈRES , changeant de ton, et se levant.

Ah! parbleu! nous jouons cartes sur table, à ce qu’il paraît? A la bonne heure, j’accepte la partie. Aussi bien, je m'ennuyais de ce ton doucereux.

LA COMTESSE , qui s’est levée.

Mon Dieu! Monsieur, que voulez-vous dire?

. Que vous m’avez parfaitement compris ce matin, que mon récit a réveillé vos souvenirs, et que cette femme dont j’ai parlé... celte héroïne d’une aventure mystérieuse... c’était vous, Madame, oui, vous.

LA COMTESSE

Monsieur!

Vous ne démentirez, je l’espère, ni cette ressemblance, ni ce trouble qui vous a trahie, ni ce nom d’Amélie dont vous avez signé vos lettres.

LA COMTESSE

Mes lettres...

Oui, celles que vous lui avez écrites... à lui...

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