ACTE III
LA COMTESSE
Ciel !...
Je les ai toutes...
LA COMTESSE
Vous?
Moi. On a bien raison de tout garder.
LA COMTESSE
Oh ! ce n’est pas possible !... ces lettres n’existent plus
SERVIÈRES , les montrant.
Les voici.
LA COMTESSE
Dieu !... Mais comment vous les êtes-vous procurées?
Comment?
LA COMTESSE
Oui, Monsieur, oui, comment?
L’infortuné... dont j’étais devenu l’ami... me les avait remises en dépôt, avant d’entreprendre ce voyage que sa mort a prévenu.
LA COMTESSE
Hélas!
Maintenant, ce sont des armes terribles... ce sont les preuves d’une faute...
LA COMTESSE
Ah ! Monsieur ! j’étais libre quand je les ai écrites.
C’est vrai, Madame ; mais le mystère que vous avez fait en vous mariant...
LA COMTESSE
Ah ! Monsieur, j’ai failli mourir de honte et de désespoir! Vingt fois j’ai été prête à m’enfuir ou à parler ; je me suis traînée aux pieds de mon père, qui, pour cacher mon déshonneur et m’assurer un riche mariage, n’a pas craint d’employer la torce. oui, Monsieur, la force ; et quand, malgré cette violence, il m’a vue le jour même prêle à, tout avouer, il a saisi une arme, et devant moi, oui, devant sa fille, il a menacé de se donner la mort si ne je jurais d’ensevelir ce secret dans mon sein. Eh bien ! Monsieur, malgré cet affreux serment, j’aurais déclaré toute la vérité à mon mari... Mais, en pressentant sa fureur, j’ai manqué de courage... Cet aveu, c’était mon arrêt de mort.
Et ce le serait encore, Madame.
la COMTESSE.
Au nom du ciel, Monsieur, ces lettres qui, en tombant sous les yeux de mon mari, détruiraient le bonheur de l’homme que vous appelez votre ami, ces lettres, il faut les anéantir, ou me les rendre.
Vous les rendre?... Comment donc!... c’est bien mon intention, Madame.
LA COMTESSE
Ah ! Monsieur, vous ôtes généreux, je le savais bien ; vous avez pitié dq tout ce que j’ai souffert, merci, merci...
Oui, Madame, ayez confiance dans votre affectionné neveu.
LA COMTESSE
Comment ? que dites-vous?
Que toutes ces lettres seront à votre disposition le jour de mon mariage.
LA COMTESSE
Ah ! Monsieur, vous seriez capable d’abuser?...
L’amour rend capable de tout.
L’amour !
LA COMTESSE
SERVIÈRES, d’un ton insinuant.
Mon Dieu, comparez donc le peu qu’on vous demande avec tout ce que l’on vous offre... si vous vous perdez... et il suffit pour cela de trois lignes montrées au farouche Saint-Kenan, comment protégerez-vous votre nièce? si au contraire vous écoutez la raison , vous annoncez à mademoiselle Clolilde que ce mariage est irrévocablement décidé. Elle pleure d’abord, puis elle se résigne; vous éloignez un rival que je ne veux pas connaître, et en fin de compte, vous donnez à la jeune fille un mari qui en vaut bien un autre ; de mon côté, en signant le contrat, je remets à ma bonne tante un dépôt qui paraissait l’inquiéter; plus de chagrin pour elle, plus de désespoir pour moi ; tous les souvenirs sont effacés, le passé n’existe plus, et nous vivons ensemble les meilleurs amis du monde... Eh bien, êtes-vous enfin persuadée?
LA COMTESSE, suppliante.
Monsieur!...