ACTE III
GO
ÉDODÀRD.
Reprendre ces lettres de gré ou de force.
Je suis curieux de savoir comment vous vous y prendrez.
ÉDOUARD, tirant un pistolet de sa poche.
Si vous nç me les remettez à l’instant, je vous brûle la cervelle!
SERVIÈRES, reculant.
Malheureux !
ÉDOUARD
Ah ! vous croyez qu’on peut impunément attaquer l’honneur d’une femme, briser l’existence d’une autre et qu’on en sera quitte pour dire ensuite à leur défenseur : Je ne me bats pas!... non, non, Monsieur, la perfidie, la trahison, ce sont vos armes... voici les miennes... et ne croyez pas qu’il s’agisse d’une vaine menace ; je ne tiens à rien dans le monde, moi, et je ne crains que pour ceux que j’aime ; ainsi ne bougez pas, et ne cherchez pas à fuir ; car, au moindre mouvement, je vous tue.
Doucement!... Comment donc, jeune homme?... c’est trèsbien... recevez mon compliment... en fait d’intimidation, vous êtes mon maître.
ÉDOUARD
Ne raillez pas, Monsieur ; j’ai la conscience de ce que je fais là... l’action que je commets, quelque noble qu’en soit le but, est odieuse et révoltante, je le sais... mais j’ai juré de sauver, n’importe à quel prix, l’honneur et la vie de la noble femme que vous voulez perdre ; si donc il faut que j’en vienne à cette affreuse extrémité de vous tuer pour vous reprendre ces lettres, je ine tuerai après ; c'est à vous, Monsieur, de m’épargner deux crimes.
SERVIÈRES, à part.
Diable! c’est sérieux!... personne ici près pour me venir en aide. Si je pouvais...
ÉDOUARD
Finissons-en, Monsieur; ces lettres... remettez-les-moi surle-champ ; car, sur Dieu et mon âme , je vous les demande pour la dernière fois.
Un moment. (A part.) C’est un fou; il le ferait comme il le dit : Allons, résignons-nous... et puis, il me reste un espoir. (Haut.) Vous jouez trop serré, jeune homme, pour que j’essaie de lutter contre vous... (Prenant le portefeuille et le présentant îi
Édouard.) Voici ces redoutables lettres... rendez-les à la comtesse de Saint-Renan... La main de sa nièce sera le prix de cette courageuse conduite.
ÉDOUARD, prenant le portefeuille.
Vous vous trompez,. Monsieur, Dieu m’est témoin que ce n’est pas pour moi-même que j’en suis venu là! et si jamais j’obtenais ce bonheur, que j’ose à peine espérer, c’est par mon amour seul que je l’aurais mérité. Adieu, Monsieur.
Non, non; restez, monsieur Édouard... Comment donc? c’est à moi de vous céder la place... Ce pavillon, que vous occupiez avant moi, je vous le rends... comme je vous rends tous les autres droits que j’étais venu vous disputer.
' ÉDOUARD
Comment?
Quand je suis battu , j’ai pour principe de m’exécuter de bonne grâce... on est homme du monde ou on ne l’est pas, que diable !... Je comprends ma position dans la famille... elle ne devient pas commode... aussi je recevrai demain une lettre pressante qui me rappellera à la Havane, et tout naturellement vous vous trouverez débarrassé de ma rivalité.
ÉDOUARD
Quoi, Monsieur?,..
Ma première démarche sera de suspendre l’emménagement (S’éloignant.) Soyez heureux, jeune homme... (Se tournant vers Edouard étonné.) Soyez heureux. (11 sort.)