SCÈNE IX
SERVIÈRES, puis ÉDOUARD.
SERVIÈRES, serrant les lettres dans le portefeuille.
Quelle sainte colère! mais patience !... quand le danger sera près d’elle et qu’elle se verra à ma merci, seule..., sans appui..., sans protection...
ÉDOUARD, venant se placer devant lui*
Monsieur, vous êtes un lâche !
SERVIÈRES, reculant.
Monsieur le secrétaire !
ÉDOUARD
Le sort a fait tomber entre vos mains une correspondance qui peut perdre la comtesse, et vous vous en servez comme d’une menace...
Et quand il serait vrai, Monsieur!... où voulez-vous en venir?...
ÉDOUARD
A vous faire renoncer à ce honteux projet...
Ainsi qu’au mariage, n’est-ce pas? je comprends votre vertueuse indignation... Bien joué, jeune homme ; vous n’ètes pus maladroit... Chacun pour soi, dans ce monde.
ÉDOUARD
Que voulez-vous dire?
On disait bien que vous étiefc pressé de parvenir... vous êtes le protégé de la tante et de la nièce... La dot est assez ronde et...
ÉDOUARD, avec force.
Misérable !
Doucement, jeune homme, ne nous emportons pas...
ÉDOUARD, se maîtrisant.
Soit!... mais lâchez de me comprendre; ce n’est pas un rival qui vous parle en ce moment, c’est le soutien, le vengeur d’une généreuse femme... le seul secours qu’elle puisse attendre.
Et vous venez en son nom me menacer d’un duel... par malheur, monsieur le secrétaire, je ne me laisse pas intimider... je ne me bals pas.
ÉDOUARD
Plaît-il ?
La partie n’est pas égale... je suis riche, vous êtes pauvre; vous n’avez pas de nom, je suis gentilhomme... je ne me bats pas avec vous.
ÉDOUARD
Oh ! je vous disais bien que vous étiez un lâche.
Des injures!... sortez.
ÉDOUARD
Pas encore, (il va fermer la porte du fond.)
Mais que voulez-vous donc?
ÉDOUARD
Vous allez le savoir... j’étais venu ici pour faire un appel à votre honneur... c’était bien ridicule, n’est-cc pas?., et dans le cas où vous m’auriez repoussé, je voulais en effet vous proposer un duel... mais depuis que je vous ai entendu, je suis ravi que vous le refusiez; car je trouve en effet que la partie n’est pas égale, et qu’un infâme tel que vous n’est pas digne d’un combat loyal.
Mais alors, que venez-vous donc faire?