‹ Jocelin le gardecote drame en cinq actesChapitre 82 sur 100 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

ÉDOUARD

Eli bien, père, jure-moi de ne jamais trahir ni le secret, ni le dépôt que je vais te confier...

Hein ! qu’est-ce que tu me demandes là?...

ÉDOUARD

Tu hésites?...

VAN BROUST.

C’est que... jurer... comme ça, d’avance, sans savoir?...

ÉDOUARD

Tu veux donc que je garde mon secret? alors je le quitte.

VAN BROUST.

Non... dis-moi tout... et je te jure, par tous les saints du calendrier, par tous les patrons du marin, que ça sera comme si je ne savais rien.

ÉDOUARD

Merci, père... merci... toi seul, tu sauras la vérité... Cet homme, le chevalier de Servières, mon rival, celui qui est venu pour épouser mademoiselle Clotilde, avait en sa possession des lettres écrites par... une noble et généreuse femme, et il l’avait menacée de s’en servir pour la perdre.

VAN BROUST.

Mais c’est un flibustier que ce coquin-là!

ÉDOUARD

J’ai voulu les avoir, ces lettres, et il me les a remises, mais le portefeuille qui les contenait, renfermait aussi trente mille livres de valeurs...

VAN BROUST.

Et, tu ne t’en doutais pas? et pourtant le misérable t’a dénoncé comme voleur?.. Voilà le mol de la chose... Quel bonheur! te voilà sauvé, garçon... il ne s’agit plus que d’aller dire ça à tout le monde et'de le crier bien haut... partout, et quand je devrais prendre mon porte-voix...

ÉDOUARD

Mon père!...

VAN BROUST.

Que je suis bête! je n’ai pas besoin de m’en mêler, ça ira tout seul... les magistrats ont les pièces entre les mains?

ÉDOUARD

Non, mon père, ces lettres, je les ai là...

VAN BROUST.

Comment?

ÉDOUARD

Une fois saisie des valeurs qu’elle cherchait, la justice n’a

pas supposé que je pusse atoit d’autres papiers, mais d’un instant à l’autre on peut m’emmeher en prison, et les recherches alors seront plus rigoureuses... Voici ces lettres... (il tire un paquetde su poche.) garde-les-moi, père, je t’en prie, jusqu’à ce que je puisse les rendre à celle à qui elles appartiennent; surtout ne les montre à personne* et plutôt que de t’en dessaisir, détruis-les, s’il le laut.

VAN BROUST, tenant le paquet entre ses mains.

Les garder?..i les détruire ?... sans les montrer... sans expliquer...

ÉDOUARD

Mon père, tu as juré...

VAN BROUST.

J’ai juré! j’ai juré !... c’est vrai... mais que diable, un moment... je ne savais pas... écoute, garçon, tout ça est bel et bon ; mais si là-bas, devant les juges, le gredin maintient son dire, comment prouveras-tu qu’il a menti?

ÉDOUARD

Forcé de prêter serment devant la justice, il h’bsèra pas, ëii ma présence...

VAN BROUST.

Il se gênera !... un serment pour ces gens-là, ce n’est pas sacré comme...

ÉDOUARD

Comme pour toi, père.

VAN BROUST.

Oui... j’ai... diable de serment ! mais il s’agit de ton honneur, garçon, et çâ vaut bien la peine qu’on le défende.

ÉDOUAtlD.

Non pas au prix de l’honneur d’iine autre, et de ses jours peut-être.

VÀN BROUST.

Ah çà, tu l’aimes donc bien,;cette femme ?

Je l’aime... et l’honore au point de lui sacrifier ma vie... oui, vois-tu, plutôt que de la perdre, s’il n’y avait pas d’autre moyen d’ëViter Une explication, je me tuerais, oui, père, je me tuerais... Cm! c’est que je tiens de toi, j’ai Une parole aussi... vois maintenant si je pëux te rendre la tienne.

VAN ÈROUST.

Soit.. . je ne t’en parlerai plus. ..Heureusement il me vient un autre projet; sois tranquille.

Édouard.

Je le suis. Adieu, père.

ÀtîE IV; 87

VÀÏÎ BÙduST.

Tu me quittes déjà?

ÉDOUARD

L’amiral peut \*nir, et je ne vdudrais pas me trouver avec lui ; je ne saurais que répondre aux questions qu’il ne manquera pas de m’adresser... ainsi au revoir, père... et bon espoir !

VAN BROUST.

Oui, garçon ; car la vie d’ici-bas, vois-tu, c’est souvent Comme une tempête... démâté, roulé par les vagues, en est tout près de couler bas... Eh bien, On lutte encore, On fait sa prière, une étoile se lève, et l’On est sauvé! Adieu, (lis s’embrassent. —

Édouard sort.)

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